L'écosystème« UNE ÉCOLE AMBITIEUSE, MEILLEUR ANTIDOTE CONTRE LE SÉPARATISME ? » (L’Incorrect, Jeanne Leclerc)

19 octobre 20200
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Jeanne Leclerc a synthétisé les échanges du premier colloque de la Fondation Kairos-Institut de France pour L'Incorrect. Une journée riche de débats, qui dresse le constat de l'impuissance actuelle de l'école publique face au séparatisme. Pour se réinventer, définir et assumer ses ambitions, pour faire Nation, l'école doit s'inspirer d'initiatives bien souvent portés par les établissements libres, et par les éducateurs qui ont éclairé les discussions de cette journée.

“La question du séparatisme islamique à l’école prend une ampleur d’une gravité sans précédent. Deux jours avant l’assassinat de Samuel Paty, mercredi 14 octobre, la Fondation Kairos organisait son premier colloque intitulé « Une école ambitieuse, meilleur antidote contre le séparatisme ? » État des lieux de la déconstruction de l’école publique.

La Fondation Kairos pour l’innovation éducative est née en mai dernier de l’initiative d’Anne Coffinier (aussi présidente de Créer son école). Elle est présidée par le chancelier de l’Institut et ancien ministre de l’Éducation, Xavier Darcos. Son objectif est de promouvoir et de défendre l’enseignement libre, notamment en soutenant les projets éducatifs innovants, et par le financement de bourses aux élèves défavorisés.

Les différentes interventions de ce colloque ont mis en évidence la faillite de l’École en tant qu’institution sous les coups de boutoir de la « déconstruction ».  L’école publique est devenue depuis une trentaine d’années une fabrique de l’échec. Les théories bourdieusiennes selon lesquelles l’école par la transmission d’un certain savoir ne ferait que perpétuer les privilèges d’une élite endogame ont conduit à l’égalitarisme et à la baisse du niveau. Quant au pédagogisme soixante-huitard, il a anéanti le principe d’autorité. L’instituteur a été remplacé par l’enseignant, à qui l’on demande désormais de jouer le rôle d’éducateur spécialisé, l’institution familiale étant elle aussi en faillite.

Pour Chantal Delsol, administratrice de la fondation, l’exigence et la méritocratie de l’école avaient permis aux enfants de paysans et d’ouvriers, puis aux enfants d’immigrés, de s’élever socialement. Ces valeurs ont été remplacées à partir des années 1980 par l’égalitarisme et le relâchement de l’autorité, l’école devenant ainsi une machine à produire de l’inégalité. Une élite de plus en plus restreinte fait désormais appel au privé ou simplement à la transmission du savoir en famille pour pallier les manques de l’institution publique. Et évidemment, les enfants de familles ne disposant ni de ressources financières suffisantes, ni du socle culturel adéquat sont exclus d’office de cette transmission du savoir et de l’ascension sociale. Un modèle semblable à celui de l’Ancien régime avec une élite de plus en plus restreinte, et une masse illettrée exclue des sphères d’influence.

 

Si nos sociétés n’ont à offrir face à cette offensive qu’un universel désincarné, qui au nom des droits de l’homme pousse à la déconstruction des mœurs et des cultures nationales, […] alors nous serons terriblement désarmés. 

 

Selon Mathieu Bock-Coté, le rapport à l’école comme transmetteur du patrimoine civilisationnel a changé dès les années 60, avant l’avènement du multiculturalisme et du « régime diversitaire ». Le patrimoine serait injuste et reproduirait des rapports de domination. L’école doit donc cesser de transmettre. Et dans la continuité de cette déconstruction civilisationnelle, arrive le discours décolonial : où le mâle blanc hétérosexuel est le nouveau mal à abattre et où les œuvres ayant fondé notre civilisation perpétueraient une domination systémique des blancs sur les minorités. Or, une civilisation qui « n’accepte d’exister que par le rôle du salaud » et qui se déconstruit sciemment, est proprement incapable d’assimiler une quelconque population immigrée, surtout lorsqu’il s’agit comme aujourd’hui d’une immigration massive. Concernant le séparatisme islamique, « si nos sociétés n’ont à offrir face à cette offensive qu’un universel désincarné, qui au nom des droits de l’homme pousse à la déconstruction des mœurs et des cultures nationales, […] alors nous serons terriblement désarmés ». Vu les circonstances, il est donc essentiel de préserver les écoles libres, « ces oasis culturelles ou de civilisation, qui à l’abri des grandes institutions publiques continuent de transmettre et sauvent le patrimoine civilisationnel ».

L’abandon de la transmission est donc le principal renoncement de l’école publique. En plus de cet abandon global, se joue l’uniformité des programmes enseignés sur l’ensemble du territoire. D’un point de vue pratique, là où l’islamisme prolifère les programmes scolaires déjà largement vidés de leur substance ne peuvent plus être enseignés. Les professeurs sont obligés de laisser de côté tous les chapitres susceptibles de « heurter » les élèves musulmans. Impossible d’enseigner l’histoire de la Shoah, les croisades ou le conflit israélo-palestinien ; impossible de faire respecter les minutes de silence pour les attentats ; impossible d’enseigner la biologie du corps humain et la théorie de l’évolution ; impossible d’enseigner l’égalité hommes femmes et l’éducation sexuelle, etc. Ceux qui s’y risquent s’exposent non seulement aux menaces et au harcèlement par les parents d’élèves, mais également aux sanctions par leur hiérarchie. Les professeurs se retrouvent littéralement entre le marteau et l’enclume.

Avec son projet de loi contre le séparatisme, déjà rebaptisé « projet de loi renforçant la laïcité et les principes républicains », Emmanuel Macron compte priver les parents de leur liberté fondamentale d’instruire eux-mêmes leurs enfants. Il entend également resserrer le contrôle des établissements hors-contrat. Cela au prétexte qu’il serait trop difficile d’obtenir la fermeture définitive d’un établissement, et que certaines familles profiteraient de l’école à la maison pour priver leurs enfants des enseignements qu’elles jugent contraires à l’islam.

Or pour Anne Coffinier, ce resserrement de la surveillance des établissements hors-contrats, déjà lourdement empêchés par la loi Gatel, aura l’effet inverse de celui escompté, à savoir la multiplication des écoles clandestines. Plutôt que d’utiliser dans sa pleine mesure l’arsenal administratif et judiciaire préexistant à l’encontre des établissements islamistes déjà connus des services de renseignements, l’exécutif prend des mesures générales inutiles et qui nuiront à d’innombrables familles.

 

Comment l’État peut-il prétendre ramener de force des enfants à l’école publique, quand il est incapable d’y assurer leur sécurité et celle de leurs professeurs ?

 

Toujours selon Anne Coffinier, à cause de la carte scolaire, de nombreux parents font le choix de l’école à la maison, la plupart du temps faute de moyens. Cette mesure présentée sous le signe de la « mixité sociale» vous condamne en réalité selon votre lieu d’habitation à la réussite ou à l’échec. Outre la médiocrité des enseignements dispensés, c’est surtout l’insécurité qui pousse les parents à choisir l’instruction en famille. Qui voudrait que son enfant soit exposé chaque jour à la violence, au trafic de drogue et à l’islamisme ? Sans parler de l’émigration interne des familles juives fuyant les banlieues.

Comment l’État peut-il prétendre ramener de force des enfants à l’école publique, quand il est incapable d’y assurer leur sécurité et celle de leurs professeurs ? D’autant que les familles déterminées à priver leurs enfants d’instruction, parviendront de toute façon à obtenir des certificats médicaux de complaisance ou se tourneront vers des écoles clandestines.

L’école publique par égalitarisme a abandonné sa mission d’instruire et son rôle de transmission du patrimoine civilisationnel, qui forgeait le socle commun de chaque Français. Ses renoncements couplés à la politique migratoire des quarante dernières années, font désormais d’elle le nouveau cheval de bataille du séparatisme islamique. Il est donc vital de préserver ces îlots de sauvegarde civilisationnelle que sont les établissements hors-contrat et les familles. Et c’est par le développement d’initiatives comme celle de la Fondation Kairos, que de plus en plus d’enfants pourront être sauvés, en attendant de pouvoir réinstaurer à l’école publique : méritocratie, exigence et autorité.”

Jeanne Leclerc


Source : incorrect.fr, “« UNE ÉCOLE AMBITIEUSE, MEILLEUR ANTIDOTE CONTRE LE SÉPARATISME ? »”, par Jeanne Leclerc. Publié le 19/10/20. https ://lincorrect.org/une-ecole-ambitieuse-meilleur-antidote-contre-le-separatisme/

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