Tribunes libresTribune libre : Lettre ouverte au Président de la République française pour exiger le respect de l’Instruction en Famille

10 novembre 20200
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Sans souscrire à l'intégralité des propos tenus dans cette lettre ouverte, nous avons choisi de la publier : elle rappelle quelques faits historiques majeurs, brandis comme arguments par ailleurs anachroniques et malhonnêtes, par les adversaires de la liberté d'enseignement.

“Monsieur le Président,

Vous avez décidé de manière brutale et unilatérale de supprimer l’« instruction en famille » que tant de familles françaises apprécient parce qu’elle correspond à leur choix éclairé, à leur liberté, au bien-être de leur enfant.
De la part d’un président de la République, cette mesure m’apparaît comme une ignorance profonde non seulement de ce que vivent avec bonheur des milliers de familles, mais également du cœur des Français. Mais j’y vois aussi – pardonnez mon manque de naïveté, pourtant bien loin de tout engagement militant – la marque évidente de calculs politiques et d’une certaine forme de lâcheté.

IGNORANCE DU TERRAIN ?

Monsieur le Président, savez-vous que les parents qui choisissent l’« instruction en famille » (IEF) sont soumis à un contrôle annuel de l’Éducation nationale à leur domicile, pour vérifier le non- endoctrinement, la réalité des acquisitions et la progression réelle de leur enfant ? En ce qui nous concerne, l’inspecteur de l’Éducation nationale et la conseillère pédagogique qui ont effectué cette vérification deux années consécutives, ont constaté que notre enfant bénéficiait d’une instruction de qualité et n’était pas « endoctriné » par sa famille. Nous avons entamé avec joie notre troisième année d’IEF.

Monsieur le Président, savez-vous qu’une enquête est réalisée tous les deux ans, par la mairie, au domicile des parents qui choisissent l’IEF. En ce qui nous concerne, nous avons reçu cette visite – ironie du sort – le jour même de votre annonce, le 2 octobre 2020, de supprimer l’IEF. Un agent municipal (en uniforme), accompagné de la première adjointe de la mairie, sont venus vérifier que nous n’étions pas une secte, pas des religieux fanatiques, que nous ne faisions pas étudier nos enfants sous un pont, quels livres nous utilisions (nous leur avons décrit les subversifs manuels validés par l’Éducation nationale que nous utilisons, les dangereux supports pédagogiques de la médiathèque que nous empruntons régulièrement, les douteuses sorties en forêt ou dans les musées que nous faisons régulièrement, etc.).

Puisque vous prétendez lutter contre l’islamisme, Monsieur le Président, avez-vous vérifié que ces mêmes contrôles étaient réellement appliqués sur tout le territoire de la République ? Un inspecteur de l’Éducation nationale et un conseiller pédagogique se rendent-ils réellement une fois par an dans tous les quartiers alors que les pompiers et la gendarmerie peinent à s’y rendre eux-mêmes ?! La mairie envoie-t-elle tous les deux ans un agent municipal et une première adjointe dans tous les territoires de la République pour vérifier que les enfants ne sont pas embrigadés alors que, aux dires mêmes du précédent Président de la République, certains quartiers ont déjà fait sécession ?!

DÉMAGOGIE PURE ?

Nous ferez-vous croire, Monsieur le Président, que c’est en imposant l’école comme lieu d’instruction obligatoire que, du jour au lendemain, les méchants séparatistes enverront leur progéniture à l’école républicaine pour y apprendre les préceptes de politesse, de respect et de courtoisie sur lesquels ils crachent eux-mêmes, en insultant la France et les Français ?!

Prétendre lutter contre l’islamisme en supprimant l’« instruction en famille » est en réalité une mesure idéologique qui n’est absolument pas dirigée contre l’islamisme.

Votre gouvernement a déjà mis en place l’instruction obligatoire dès l’âge de trois ans depuis septembre 2019 ; vous ne faites que poursuivre un plan visiblement bien échafaudé selon le principe – inouï, en vérité, mais qui ne choque aucunement la masse anesthésiée des Français – que les enfants sont « les enfants de la République » ! Ainsi, selon vous, les enfants appartiendraient à la République, l’école devrait « inculquer les valeurs de la République » et l’objectif ultime dans la vie serait d’accéder « à la civilité républicaine et donc à devenir pleinement citoyens et citoyennes. »

Or, cette idéologie fait frémir. Elle rappelle un passé proche où pour conserver son poste, aller à l’école, travailler, etc., il fallait prêter serment d’allégeance au système en place. Cette fameuse « charte républicaine » que vous souhaitez voir partout ratifiée et que les plus extrêmes veulent même imposer aux entreprises, au nom de la liberté – il faut se pincer pour le croire ! – est une véritable broyeuse des libertés, dont la suppression de l’IEF, au fond, n’est qu’un aspect.

Contrairement à ce que vous souhaitez, Monsieur le Président, au nom de la République : l’enfant appartient à sa famille, non à l’État. C’est à la famille qu’il appartient de donner des bases solides d’éducation et d’instruction à ses enfants pour que toute la société bénéficie ensuite de leur vocationspécifique. Si ces mêmes enfants apprennent à reconnaître et à faire grandir celle-ci, alors oui, peut-être qu’il y aura davantage de politesse, de respect et d’amour mutuel dans la vie en société. On ne s’ouvre jamais aussi bien aux autres et à leur culture que lorsque l’on connaît la sienne propre et qu’on a a appris à le faire, avec amour, pendant des années au sein de sa famille : je veux parler de l’amour de la France, de la langue française et de la civilisation française.

LÂCHETÉ ?

Certes, ceux qui choisissent de mettre leur enfant à l’école et de confier son instruction à l’État sont largement majoritaires. C’est pourquoi l’obligation d’instruction dès les trois ans de l’enfant est-elle passée, si je puis dire, comme une lettre à la poste, dans l’indifférence la plus totale. Exactement comme les lois transgressives, infanticides, eugéniques et démiurgiques récemment adoptées en matière de loi « bioéthique » ou d’« IVG » par la classe politique : tout le monde s’en fout – pardonnez ma trivialité, qui est à la hauteur de ces scandales répétés à l’encontre de la dignité et du respect de toute vie humaine – parce que les Français sont hypnotisés par le matraquage médiatique sur la contagion du moment.

Alors, s’attaquer à l’IEF qui est le choix de plusieurs milliers de familles en France vous apparaît-il sans doute, Monsieur le Président, comme une mesure peu risquée politiquement, qui ne fera bouger personne et donnera l’illusion, comme d’habitude, que vous êtes fort, courageux et même radical, en vous en prenant à une minorité qui choisit, souvent pour des raisons de souffrance scolaire de leur enfant, de transmettre elle-même l’accès au savoir et à la culture en respectant l’ordre social républicain, la politesse, les bonnes mœurs, et bien entendu, l’amour de la France et de la culture française.

L’ABRASION DES DIFFÉRENCES ?

Au nom du « vivre ensemble », de la prétendue « socialisation » dès le plus jeune âge, il faudrait que l’État éduque nos enfants ?! Mais, Monsieur le Président, savez-vous que mon fils de huit ans a une vie personnelle, familiale, amicale et associative à tout le moins aussi riche que celle offerte par l’école ? Et dont le but principal est de faire connaître la République, mais surtout d’aimer la France. Nous avons fait le choix de l’IEF parce qu’il était en souffrance à l’école, n’y étant pas libre de suivre son propre rythme dans les actes d’apprentissage, et ce, après deux années de scolarisation – et il pourra d’ailleurs retourner à l’école s’il en exprime le désir.

Au contraire, avec l’IEF :

  • Il passe son temps à lire, lire et lire encore sur tous les sujets, à découvrir la culture française mais également les cultures étrangères (notamment européennes, nord- africaines, québécoise…) ; parce qu’il possède déjà un haut niveau de maîtrise de la langue française, il s’intéresse à tout ; il s’intéresse aux autres cultures parce qu’il connaît la sienne propre de mieux en mieux !
  • Il rencontre plusieurs fois par semaine ses copains du catéchisme (la laïcité ne l’a pas encore interdit), du scoutisme (encore autorisé), de l’athlétisme et du théâtre ;
  • Il fabrique lui-même des déguisements avec une amie couturière à son domicile ;
  • Il apprend à travailler le bois et à faire la cuisine avec ses parents ;
  • Il cultive son imaginaire, ses rêves, et vit en respectant son rythme propre (ce qui n’est d’ailleurs pas toujours évident, il faut le reconnaître ; il serait si simple qu’il fût obéissant, bien dressé à faire ce que les adultes veulent de lui à tout instant) ;
  • Il fait de nombreuses escapades culturelles avec ses grands-parents qui en profitent pour enrichir son instruction de poésie, de créations artistiques, de musique :
  • Il voit régulièrement ses copains du village d’à côté ;
  • Il voit aussi souvent ses nombreux cousins et cousines, dans différents endroits en France (il voyage beaucoup, ce qui lui permet de découvrir nos belles régions) ;
  • Mais bon, c’est vrai, malheureusement, nous n’avons pas la télévision et notre fils doit donc se contenter de suivre, par internet, les nombreux épisodes subversifs de l’émission « C’est pas sorcier! » (toutefois recommandée par l’Éducation nationale pour sa valeur pédagogique), d’écouter de nombreux documentaires audios sur l’histoire, la géographie, les animaux… Il n’a pas de consoles de jeux, pas de téléphone portatif, pas de tablette et donc pas d’accès aux réseaux sociaux : nous sommes vraiment désolés qu’il doive se contenter d’une vie platement réelle, et non virtuelle.
    Excusez-nous, Monsieur le Président, de n’être que des catholiques et de ne pas prier tous les matins que la « fée 5G » rejoigne notre foyer. Je précise d’ailleurs à l’usage de tous ceux qui ne savent pas ce qu’est un catholique – et dont vous faites peut-être partie, Monsieur le Président – que ce n’est pas la même chose qu’un « amish » : ce dernier vit aux Etats-Unis, alors que les catholiques se rencontrent encore en France ; ils étaient même les fils premiers-nés de l’Église, du temps où ils obéissaient au Pape et non à la République.

ET APRES ?

Après toujours plus de mesures liberticides au nom de la sacro-sainte « égalité », de la « laïcité », de toutes ces belles « valeurs républicaines », que ferez-vous ensuite, Monsieur le Président ? Qu’il me soit permis d’extrapoler – à peine – ce que vous pourriez inventer, et qu’il serait terriblement tentant « d’expérimenter, avant de le généraliser à tous », de manière obligatoire et, bien entendu, démocratique :

 

  • Obligerez-vous tous les écoliers, les collégiens et les lycéens à suivre les enseignements républicains sur des tablettes électroniques, et ce, dès l’âge de trois ans ? Après tout, ils ont déjà un « livret de compétences » dès la petite section. Le stylo et le papier sont tellement ringards et inutiles pour réfléchir : la tablette offre tellement plus d’avantages pour capter l’attention ; c’est tellement plus « touchy » et « fun » !
  • Obligerez-vous demain les enfants à donner des gages d’« adhésion à l’universel républicain » en prêtant serment sur le drapeau et les « valeurs républicaines », puisque vous prétendez que c’est à la République de « donner un avenir » et qu’elle « peut permettre à chacun de construire sa vie » ?
  • Mettrez-vous en place un système de « crédit social » comme en Chine afin de renforcer l’adhésion « volontaire » des citoyens à l’État républicain ?
  • Interdirez-vous définitivement toute référence à l’histoire de France d’avant votre mandat au prétexte qu’il faut aller de l’avant et cesser d’être colonialiste, catholique, réactionnaire, traditionnel…, Français, puisque dans votre esprit tolérant et ouvert, tout cela est au fond la même chose ?

Plus sérieusement, Monsieur le Président, ne voyez-vous pas que votre idéologie de l’« égalité », du « vivre ensemble », de « l’absence de culture française » ne fait qu’entretenir et renforcer de jour en jour, non pas l’amour de la République mais le mépris, voire la haine de la France ? Les vrais islamistes ricanent.

Mais ceux qui ont choisi l’IEF, et parmi eux, certains catholiques qui aiment passionnément leur pays, payent les pots cassés et sont sacrifiés sur l’autel de la démagogie. Ces mêmes catholiques ne resteront pas toujours sans rien dire, ni sans rien faire, tandis qu’on leur demande en permanence d’approuver des lois qui vont contre la dignité de l’être humain, contre ses libertés, contre cette émancipation si chère que vous appelez de vos vœux, Monsieur le Président, tout en la foulant au pied dès que l’on pense différemment de vous et de vos principes, « lutte contre les discriminations » oblige : là se joue le drame de l’égalité qui tue la liberté.

« A BON ENTENDEUR, SALUT ! »

Si cette loi passe, croyez bien, Monsieur le Président, qu’il faudra venir chercher mon fils à notre domicile et qu’il n’en sortira « qu’à la force des baïonnettes » !
Comme, une fois encore, je n’ai pas la naïveté de croire que cette seule lettre vous fera changer d’avis et que je n’ai pas les moyens d’acheter des sondages pour vous faire fléchir, je peux néanmoins vous assurer que les milliers de familles qui pratiquent l’IEF avec joie ne se laisseront pas arracher leurs enfants si facilement, sans réagir bruyamment.

Pardonnez la longueur et le ton quelque peu ironique de cette lettre – ne nous avez-vous pas vous-même déjà tant habitués, depuis trois ans, à des flots de paroles et autres éléments de langage incompréhensibles ? – mais je voudrais en profiter pour faire, moi aussi, « de la pédagogie » : aussi surprenant que cela puisse paraître aux yeux d’un connecté en marche du XXIème siècle, la France n’est pas née en 1789 ; pour tout un chacun passionné d’histoire et de civilisation française, il est facile de vérifier qu’aucun roi de France n’aurait jamais voulu – ni pu – imposer des mesures aussi contraires aux libertés de ses sujets que celle que vous prétendez prendre, Monsieur le Président ; à l’époque, il n’y avait d’ailleurs pas de liberté, mais des libertés.

Par ailleurs, les rois de France souhaitaient le bonheur – vertical, transcendant – de leurs sujets, non leur asservissement à la technique, à la consommation, au mondialisme, bref à l’horizontalité la plus crasse. L’idéal révolutionnaire français a inventé le totalitarisme 1 – eh oui ! c’est une invention républicaine 2 – pour que tout ce qui pourrait ressembler de près ou de loin à la moindre petite étincelle spirituelle en l’âme de chacun, au plus petit sursaut de conscience individuelle, soit immédiatement étouffé. C’est ce que doivent également se dire les vrais croyants de l’Islam qui savent, eux, que la France est avant tout et d’abord, une terre chrétienne.

Vous prierai-je, Monsieur le Président, de bien vouloir accepter les salutations respectueuses d’un Français qui aime profondément la France, alors que vous n’avez de cesse de renier cette identité en cherchant opiniâtrement à la dissoudre dans la passagère identité républicaine et dans une prétendue « communauté nationale » ? Pourtant, et je vous en prie, au nom de l’idée que je me fais de la France et au nom de la grandeur d’âme dont elle a su faire preuve tout au long de son histoire – du moins celle antérieure à 1870 : veuillez croire, Monsieur le Président, en l’expression de mes courtoises et respectueuses salutations.

VIVENT LES LIBERTÉS ! VIVE LA FRANCE !”

Christophe Edouard Ménager FRANÇAIS

1 – « Dans l’institution publique […] la totalité de l’existence de l’enfant nous appartient ; la matière, si je peux m’exprimer ainsi, ne sort jamais du moule ». Plan d’éducation (de Le Peletier de Saint-Fargeau)

2 – lu par ROBESPIERRE à la Convention, le 13 juillet 1793 2 « Ce qui constitue une République, c’est la destruction totale de ce qui lui est opposé. » SAINT-JUST, Discours à la Convention du 26 février 1794

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