#TouchePasAmonIEFTourcoing – Roubaix : comment des enfants ont été remis sur le chemin de l’école (La Voix du Nord)

17 novembre 20200
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Puissance, ou impuissance publique en matière de gestion de l'école à la maison ? La question mérite d'être posée à la lecture de cet article, qui remonte à quelques semaines déjà.

“Il y a un an était signé le protocole contre l’évitement scolaire. Un dispositif inédit mis en place dans six communes du département dont Roubaix et Tourcoing. Quel bilan en tirer aujourd’hui alors que le gouvernement a annoncé que l’école à la maison serait réservée aux enfants malades ?

Pourquoi la mise en place de ces cellules ? « Les invisibles », c’est ainsi que le préfet à l’égalité des chances, Daniel Barnier, avait qualifié ces enfants qui sont déscolarisés. Afin de les identifier, des conventions ont été signées entre 220 communes (qui recensent les enfants inscrits dans les écoles) et la CAF (où sont déclarées les familles), afin de mettre en commun les données. « Nous avons un peu plus de 20 350 élèves en obligation scolaire. Chaque année, nous perdons des enfants de vue sans que l’on ait forcément des outils pour aller les rechercher. Il y avait urgence à croiser les fichiers pour mettre la main sur ces enfants », constate Esther Afane-Kimbaloula, adjointe aux écoles à Roubaix.

Et pour connaître les raisons de cette déscolarisation et apporter une réponse, six cellules contre l’évitement scolaire ont été mises en place dans le département, notamment à Roubaix et Tourcoing. « La mission de ces cellules est de lutter contre l’absence d’instruction totale, absentéisme scolaire volontaire et involontaire, mieux contrôler l’instruction dans la famille et dans les écoles hors contrat, et lutter contre les écoles de fait », explique Daniel Barnier. Ce dispositif est inédit en France et selon, le DASEN (Directeur académique des services de l’Éducation nationale), il porte ses fruits.

Comment ces cellules fonctionnent-elles ?

À Roubaix, l’Éducation nationale et la préfecture ont choisi de travailler uniquement sur une classe d’âge (les enfants scolarisés en CE1). « Nous nous sommes retrouvés avec 4 784 enfants que l’on ne recensait pas. C’était énorme ! », réagit Esther Afane-Kimbaloula. Mais les services affinent les recherches et constatent que nombre d’entre eux sont bien scolarisés. « À Tourcoing* comme à Roubaix, certains étaient scolarisés en Belgique. D’autres étaient en établissement spécialisé », constate Jean-Yves Bessol, le DASEN. On va dire que c’était une négligence et la vue de l’uniforme a permis de régler le problème. Et à Roubaix, ils font ça très bien. « On s’est aussi rendu compte de problèmes d’orthographe du nom et finalement nous sommes arrivés à 2 672. Sur ceux-là, il n’y avait que 67 cas problématiques. Ce chiffre m’a étonné ; je pensais qu’il y en avait beaucoup plus », reconnaît Esther Afane-Kimbaloula.

Quelles ont été les suites ?

L’Éducation nationale a envoyé une mise en demeure aux familles et certaines ont pu justifier de leur situation. La ville de Roubaix a elle mis en place une médiation avec une policière municipale. « Ce qui a permis pour un certain nombre d’enfants de revenir sans avoir besoin d’être plus fermes. On va dire que c’était une négligence et la vue de l’uniforme a permis de régler le problème. Et à Roubaix, ils font ça très bien », souligne Jean-Yves Bessol. Esther Afane-Kimbaloula constate que la précarité est l’un des facteurs de déscolarisation. « Nous avons des parents qui ne comprennent pas l’intérêt de l’école ; notamment parce qu’ils n’ont pas une situation sociale stable et sont sans domicile. On a affaire à des parents primo-arrivants qui ne maîtrisent pas toujours les codes et l’importance de l’école. » Aujourd’hui une vingtaine de situations ne sont pas réglées et les enfants ne sont pas revenus à l’école. Ces dossiers ont été signalés au procureur de la République. La municipalité de Tourcoing a estimé prématuré de faire un bilan du dispositif.

Une école à la maison réservée aux enfants malades

Les cellules contre l’évitement scolaire ont eu également pour mission de contrôler l’instruction à la maison. À Roubaix, 138 enfants (écoles et collèges) sont déclarés en école à la maison. L’an passé à Tourcoing, ils étaient une cinquantaine. Le président de la République a récemment annoncé que ce dispositif serait réservé aux enfants souffrant de pathologies. Pour Jean-Yves Bessol, DASEN, cela va faciliter le travail des cellules contre l’évitement scolaire. « Ces annonces vont me permettre d’avoir du poids et de faire revenir dans le milieu éducatif des enfants dont l’instruction à domicile n’est pas très efficiente. Cela va nous simplifier les choses. » Même sentiment pour l’adjointe à l’éducation de Roubaix. « C’est une avancée. Tous les enfants seront soumis aux mêmes règles à partir de 3 ans. D’autant que dans nos fichiers, je ne vois pas d’enfants avec des handicaps lourds ou des maladies qui les empêchent de venir à l’école. »

Peu de détection de situations de radicalisation

Lorsque les cellules d’évitement scolaire ont été mises en place, Gérald Darmanin, alors premier adjoint de Tourcoing, avait précisé qu’elles étaient un des outils pour lutter contre la radicalisation. Finalement, après un an de fonctionnement, le préfet Barnier assure que ce n’est pas la majorité des situations. « Ce phénomène existe, c’est certain. Cela correspond à un petit pourcentage. Il y a une méfiance vis-à-vis de la République. » Le préfet a notamment surveillé les associations de soutien scolaire qui peuvent dériver vers de l’école non déclarée. « Il y a un risque de voir une association de soutien scolaire se transformer sans le dire en école de fait. On a identifié quelques situations auxquelles on a mis fin. » Pour Esther Afane-Kimbaloula, adjointe à l’éducation à Roubaix, le sujet est complexe. « Les enfants touchés par la radicalisation ne sont pas eux perdus de vue. Les parents s’arrangent pour qu’ils soient recensés. Ils déposent en mairie une notification d’instruction à domicile. Ils font les choses de manière tout à fait légale, notamment lors des contrôles. Du coup on n’a pas grand-chose à leur reprocher. » Ce que confirme le directeur des services académiques. « Ce ne sont pas des dizaines de situations mais nous subodorons que cela existe sans que nous réussissions à caractériser les choses. Certaines familles savent très bien faire pour que nous ne nous en apercevions pas. »”


Source : lavoixdunord.fr, “Tourcoing – Roubaix : comment des enfants ont été remis sur le chemin de l’école”, publié le 24/10/20. Par Anne Courtel. https ://www.lavoixdunord.fr/883695/article/2020-10-24/tourcoing-roubaix-comment-des-enfants-ont-ete-remis-sur-le-chemin-de-l-ecole

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