École dehors, école des territoiresTÉMOIGNAGE. « C’est une aberration de priver un village de son école »

25 janvier 20200
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"Président des maires ruraux de la Sarthe, Dominique Dhumeaux alerte le gouvernement sur l’importance du maintien des écoles dans les campagnes. Pour lui, il est urgent de soutenir le nombre de postes d’enseignants et de ne pas recourir systématiquement aux regroupements pédagogiques concentrés.

Face à une baisse des effectifs, les élus sont parfois contraints de fermer les petites écoles de village, au profit de regroupements pédagogiques entre plusieurs communes.

En France, 362 écoles ont fermé à la rentrée 2019. « Avec l’accord du maire »,précise-t-on au ministère de l’Éducation nationale. 250 ont fait l’objet de regroupements pédagogiques ou de fusions ; 112 sont des fermetures « sèches » dont 63 en milieu rural. Mais « 111 ouvertures » ont aussi eu lieu, souligne le ministère.

Dominique Dhumeaux (candidat à un troisième mandat sur une liste unique) est maire de Fercé-sur-Sarthe, 610 habitants, à 20 km au sud-ouest du Mans, une école à trois classes avec cinquante élèves. Il préside l’association des maires ruraux de la Sartheet a été, à ce titre, l’un des cinq chargés de mission de l’Agenda rural entre avril et juillet 2019. Objectif : répondre au sentiment d’abandon des zones rurales où vit 30 % de la population française. Il témoigne.

TÉMOIGNAGE. « C’est une aberration de priver un village de son école »
Dominique Dhumeaux, maire de Fercé-sur-Sarthe Président des maires ruraux de la Sarthe Membre de la mission Agenda rural. | OUEST-FRANCE

« Nous préconisons des mesures pour les classes multiniveaux : une formation spécifique pour les enseignants et un effectif maximum. Avec trois ou quatre niveaux, difficile d’aller au-delà de quinze ou seize élèves pour gérer ceux qui ont des difficultés. On veut une égalité de traitement en ville et en campagne.

« Sentiment d’abandon »

Ces trois dernières années en Sarthe, un fort sentiment d’injustice est apparu dans les écoles rurales. En cause : le dédoublement des CP et CE1 en éducation prioritaire. Ces classes sont nombreuses et concentrées en ville. Or, la mesure, gourmande en postes, s’est faite sans moyens supplémentaires. Et comme la Sarthe perd près d’un millier d’élèves par an, elle perd aussi des postes d’enseignants. La directrice académique a dû en prendre ailleurs, même si elle a épargné les toutes petites écoles (de deux ou trois classes). On a eu quarante ouvertures de classe en Réseau d’éducation prioritaire et quarante-deux fermetures en rural. Quand l’enseignant est parti pour des classes de douze élèves au Mans, les parents se sont sentis abandonnés lorsque leurs enfants se retrouvaient à vingt-trois ou vingt-quatre avec plusieurs niveaux.

TÉMOIGNAGE. « C’est une aberration de priver un village de son école »
Dominique Dhumeaux : « Le sentiment de déclassement en zone rurale est assez ancré pour ne pas encore l’aggraver. » | OUEST-FRANCE

Il faut aussi un assouplissement des « contrats ruralité », qui permettent aux communes de regrouper leurs élèves face à la baisse démographique. Ce n’est déjà pas facile, parce qu’un maire tient à son école comme à la prunelle de ses yeux. Mais en plus, le ministère privilégie les RPC (regroupements pédagogiques concentrés), où tous les enfants vont dans une seule école qu’il faut parfois agrandir quand les autres… ferment.

C’est une aberration de priver un village de son école, ce rare endroit de création de lien social. Et d’emplois. Chez nous, il y a une agente territoriale spécialisée des écoles maternelles, une dame de la cantine, deux personnes pour le périscolaire. Le déjeuner des élèves est préparé par le restaurant de la commune voisine en attendant que le nôtre rouvre.

« Des gens modestes »

Le regroupement pédagogique intercommunal permet-il de réaliser des économies ? Pour l’État, sans doute. En mettant le maximum d’enfants dans une classe, pour économiser des postes d’enseignants, de directeurs d’école. Mais pas pour les collectivités, qui ont fait des investissements, doivent payer les déplacements en car… Ça coûte cher au citoyen. Et puis, est-ce normal de mettre des petits de 3 ans dans un bus dès 7 h et jusqu’à 18 h 30 ?

Les gens modestes vivent à la campagne car les terrains sont moins chers. Santé, école, mobilité sont les grands sujets qui ont amené la crise des Gilets jaunes. Le sentiment de déclassement en zone rurale est assez ancré pour ne pas encore l’aggraver. Régler la démographie médicale, ça prend du temps : il faut dix ans pour former un médecin. Pour l’école, ça peut aller vite. Ce n’est pas compliqué : il suffit d’arrêter l’hémorragie de postes. Protéger les écoles. Et ça, ça se voit. »

Recueilli par Laurence PICOLO.”


Source : ouest-france.fr, “TEMOIGNAGE : “C’est une aberration de priver un village de son école””, entretien avec Laurence Picolo. Publié le 25/1/20. https ://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/ferce-sur-sarthe-72430/temoignage-c-est-une-aberration-de-priver-un-village-de-son-ecole-6706561 ?connection=true

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