#TouchePasAmonIEFPourrait-on parler de tous ces enfants qui rêvent d’aller à l’école et en sont privés ? (Libération)

13 décembre 20200
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100 000 enfants sont aujourd'hui privés d'école. Cet article de Libération pose deux questions essentielles : pourquoi le Gouvernement (et le Président) s'obstinent-ils à vouloir arracher certains enfants de l'instruction en famille, alors que des milliers d'enfants qui veulent aller à l'école sont laissés à l'abandon ? Pourquoi, aussi, vouloir légiférer en l'absence de chiffres fiables et rigoureusement établis ?... Plus les jours passent, plus les dispositions du projet de loi regardant l'IEF semblent déconnectés de la réalité de l'IEF aujourd'hui.

“L’instruction à domicile polarise actuellement les débats faisant oublier que près de 100 000 enfants pauvres n’ont pas accès à l’école, et que d’autres porteurs de handicaps n’y trouvent pas toujours leur place.

Décidément, ça s’agite partout au sein de l’exécutif sur cette histoire d’instruction à domicile et du régime des dérogations. Ces dernières 48 heures, trois «briefs» pour journalistes ont été organisés au sommet: l’Elysée, Matignon et rue de Grenelle… Les cabinets sont sur les dents car le Conseil d’Etat est venu rappeler que le libre choix de l’enseignement, et donc d’instruire son enfant à la maison, est une liberté fondamentale. Le gouvernement a été obligé de revoir son texte.

Serait-il possible d’avoir pareille mobilisation pour un autre droit, celui des enfants qui justement veulent eux aller à l’école et en sont empêchés ? Parce qu’en France, ils sont des milliers dans cette situation et dans l’indifférence générale. A commencer par les enfants pauvres.

Cela peut sembler difficile à croire mais c’est une réalité : en 2020, il existe encore des mairies, qui traînent des pieds et jouent la montre, pour ne pas inscrire dans leurs écoles des enfants sous prétexte qu’ils vivent dans un bidonville, un squat, ou sont hébergés dans un hôtel payé par le 115. Encore récemment, la justice a été obligée de tordre la main au maire de Stains, près de Paris, pour qu’il applique le droit. «On s’est battu pour obtenir la publication d’un décret en juin pour rappeler leurs obligations aux maires… Tout enfant, en âge d’aller à l’école, doit pouvoir y accéder. Malheureusement, ça n’a pas suffi, on continue d’avoir des cas de refus, un peu partout. Près de Nantes, dans le sud de la France… À chaque fois, il faut se battre. Ce qui demande du temps et donc des semaines (parfois des mois) d’école perdues pour ces enfants qui en ont besoin», se désole Anina Ciuciu, présidente du collectif Ecole pour tous. Ce collectif s’est créé il y a deux ans, regroupant des jeunes venus de la rue, des mineurs étrangers isolés bien que pris en charge par l’aide sociale à l’enfance, des enfants de Guyane ou Mayotte….

Hors des radars

Ces gamins-là, personne n’en parle. Ils ne sont dans aucune statistique du ministère. Hors des radars. Ils seraient 100 000, selon la défenseure des enfants, Geneviève Avenard. «Fourchette basse», selon Anina Ciuciu: avec la crise sanitaire, leur nombre explose.  Cela fait maintenant deux ans qu’une mission parlementaire est attendue pour rendre visible ces enfants, que des solutions soient mises en œuvre. Il en existe. A l’image de ce travail de fourmi mené dans la Seine-Saint-Denis et qui fait des merveilles : les quatre médiateurs scolaires de l’association Askola (ex Aset 93) vont à la rencontre de familles sur les terrains des bidonvilles pour les aider à faire valoir leurs droits. Ils ont réussi à en scolariser 117 depuis la rentrée, 67 dossiers sont en cours, ils pourraient en scolariser le double encore, s’ils avaient les moyens. Sur ce modèle, 31 médiateurs scolaires ont été nommés par l’Etat en septembre sur l’ensemble territoire. C’est un début, mais cela ne suffit pas.

Avec ce débat sur l’instruction à domicile, on pense aussi à tous ces autres enfants, assignés chez eux, et qui eux aussi rêvent d’école. Tous ces élèves porteurs de handicap, leurs familles à qui l’on tient de beaux discours sur l’école française inclusive et qui se bagarrent comme des lionnes. Et qui parfois à bout de souffle, finissent par opter pour l’instruction à domicile. Un non-dit, là aussi. Sur le papier ces enfants ont toute leur place à l’école, ils doivent être scolarisés à temps plein. Et ils sont comptabilisés ainsi dans les statistiques du ministère. Pour certains, l’inclusion se passe bien, mais pour d’autres, non.

Marion Aubry, de l’association Toupi, a des cahiers pleins d’exemples: «Quand l’école vous fait comprendre que ce serait bien pour le reste de la classe, que votre enfant ne vienne qu’une demi-heure chaque jour. Combien sont-ils ces enfants, de fait, privés d’école ?» Elle enrage en entendant les débats sur l’instruction à domicile. «Parce que maintenant, avec la loi qui se prépare, il va falloir en plus obtenir une dérogation pour que nos enfants restent à la maison alors que l’école ne veut pas d’eux ? Ce serait bien pour commencer de faire un vrai travail statistique: qu’on sache combien de familles optent pour l’instruction à domicile de façon subie.» Bonne idée, non ?”

Marie Piquemal


Source : liberation.fr, “Pourrait-on parler de tous ces enfants qui rêvent d’aller à l’école et en sont privés ?”, par Marie Piquemal. Publié le 8/12/20. https://www.liberation.fr/france/2020/12/08/pourrait-on-parler-de-tous-ces-enfants-qui-revent-d-aller-a-l-ecole-et-en-sont-prives_1808060

 

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