L'école en débatPourquoi l’école a tant de mal à se déconfiner

10 juin 20200
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Pourquoi élèves et professeurs manquent à l'appel... Que traduit ce si difficile retour à l'école ?

“Plus personne n’imagine que chaque enfant retournera au moins une fois à l’école avant les grandes vacances.

POLITIQUE – À la veille du déconfinement, Jean-Michel Blanquer annonçait pour objectif que chaque enfant retourne au moins une fois à l’école avant la fin du mois. Un mois plus tard, et à trois semaines et demie des vacances d’été, même l’idée que chaque élève retourne en classe seulement une fois ne semble pas réaliste.

Les derniers chiffres du ministère de l’Intérieur montrent que seulement 27 % des écoliers ont retrouvé le chemin des écoles. À tel point que, selon un article au vitriol de L’Opinion sur le désengagement des professeurs à l’occasion de ce déconfinement, le Premier ministre aurait revu l’objectif initial à la baisse. Matignon table désormais sur une reprise (physique) de l’activité scolaire pour la moitié des écoliers.

Selon les données de la rue de Grenelle, les professeurs manquent également à l’appel. Seulement un peu plus de la moitié d’entre eux aurait repris le chemin des salles de classe, 55 % précisément. De quoi faire naître le spectre de professeurs rechignant à se remettre à la tâche. Mais dans la réalité, cette lenteur dans le déconfinement s’explique par un croisement de plusieurs facteurs.

Les profs absentéistes ?

Des profs craintifs ? C’est une réalité. Au moins lors des premiers jours de déconfinement. Selon un sondage Harris Interactive publié le 11 mai dernier, 70 % des professeurs des écoles se disaient contre la réouverture des salles de classe. Un taux plus élevé de dix points à l’époque que le reste de la population française et des parents d’élèves. De quoi expliquer le chiffre du ministère sur les 45 % de professeurs travaillant encore de chez eux ?

Absolument pas, pour Norman Gourrier. Le secrétaire général du Syndicat national des collèges et des lycées pointe une explication “mathématique.” ″À partir du moment ou tous les lycées sont fermés, à partir du moment où le 3 juin vous dites que les lycées vont ouvrir pour accueillir un niveau, ça veut dire que les deux tiers des professeurs ne sont pas appelés à donner des cours en présentiel. Même chose pour les collèges. Quant aux instituteurs, ils font ce qu’on leur dit de faire. Certains directeurs, certains maires ne veulent pour rouvrir leurs écoles”, explique-t-il au HuffPost.

Sur les professeurs encore à la maison, l’Éducation nationale estime que 5 à 6 % d’entre eux ont décroché et ne suivent plus leurs élèves. “Les cours en présentiel sont incomplets par rapport aux cours généraux. Ils ne concernent parfois qu’une seule matière. Le reste doit et continue de se faire à distance. les professeurs continuent de le faire”, veut croire le syndicaliste en pointant la difficulté des enseignants du lycée, “ceux qui ont le plus travaillé” et qui doivent désormais assurer des cours physiques et à distance pour ne pas laisser certains élèves de côté.

“J’espère que l’on va rapidement alléger le protocole”

Une organisation aussi inédite que propre à chaque établissement qui s’explique en partie par un protocole très strict pour le retour des élèves en classe. Comme de nombreux élus -et même le patron du conseil scientifique– Daniel Barbe souhaiterait qu’il soit rapidement allégé. Et ce pour plusieurs raisons. Contacté par Le HuffPost, le maire de Blasimon -une petite commune rurale du sud-ouest de la France- explique ce difficile retour sur le chemin des bancs de l’école par des règles trop rigides qui peuvent, notamment, faire peur aux parents.

“Je trouve que les mesures devraient être beaucoup plus allégées, tout simplement parce que j’ai l’impression que lorsqu’on les applique à la lettre, on oublie de temps à autre la bienveillance pour les enfants. Et des familles prennent parfois la décision de ne pas mettre leurs enfants à l’école, car ils ne veulent pas leur faire subir ce trouble”, nous explique le maire de cette commune de 900 habitants.

Daniel Barbe ne nie pas une certaine réticence, au début du moins, chez les directeurs et autres édiles à ouvrir les grilles de leurs écoles, alors que le cadre juridique du déconfinement n’était pas très clair.

À Beaucaire, Bondy, Montreuil, Bobigny, Hautmon… nombreux sont les édiles à avoir rechigné dans un premier temps. Avant d’être invariablement rappelés à l’ordre par la justice qui ciblait une atteinte au droit à l’éducation.

“On est entré dans une société très américanisée. S’il y a un accident à cause d’un trou sur la chaussée, on va chercher le responsable. Les maires ont eu peur que ce soit la même chose avec la réouverture des écoles. Il y avait cette crainte-là, mais qui a été dissipée par les préfets ou les recteurs qui nous ont dit qu’on avait une obligation de moyen, mais pas de résultat”, explique-t-il.

Des décennies d’économies ?

Malgré tout, le maire de Blasimon décrit les difficultés rencontrées encore aujourd’hui dans certains villages.“Quand on n’a pas de personnel, notamment dans les petites communes rurales, on est obligé de faire des choix”, nous explique-t-il avant de prendre un exemple : ”nos cantinières vont devenir des professionnels des règles sanitaires, mais on ne peut plus assurer la partie cantine. Les enfants sont obligés de venir avec leur pique-nique.”

Des difficultés aussi à Paris. Selon l’Académie, 36,8 % des élèves sont actuellement accueillis dans les cours élémentaires. “Le nombre d’élèves maximum est à peu près atteint”, explique-t-elle, contredisant ainsi Jean-Michel Blanquer qui ne cesse d’appeler Anne Hidalgo à “faire mieux.”

Avec ce déconfinement difficile, l’Éducation nationale semble également payer les politiques menées depuis des années. Comme la restructuration de nombreux petits lycées et collèges de campagne en de grands établissements. Ou encore l’alourdissement progressif des effectifs dans les classes. Autant de données qui rendent le retour en cours plus complexe à organiser selon Norman Gourrier.

“Il y a eu un retard d’investissement public qui a fait que pour des raisons d’économies, on a privilégié les très grosses structures. Avant on avait trois collèges de campagne à 300 élèves, maintenant on en a un gros qui en accueille 1000. Et se retrouve plus fragile pour faire face à ces difficultés sanitaires”, tranche-t-il, prenant également l’exemple de la vétusté des établissements datant des années 1980.

Selon lui, de larges travaux y seraient nécessaires, ne serait-ce que pour agrandir les couloirs et respecter les allées et venues dans une distanciation sociale acceptable.”


Source : huffingtonpost.fr, “Pourquoi l’école a tant de mal à se déconfiner”, publié le 9/6/20 par Anthony Berthelier. https ://www.huffingtonpost.fr/entry/pourquoi-lecole-a-tant-de-mal-a-se-deconfiner_fr_5edf4543c5b6d09ac35f83ff

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