L'école en liberté“PORTRAIT. Florence Ibanez, directrice d’école à Plonéis sait « pourquoi je me lève le matin »”

8 mars 20200
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"Alors qu’elle prépare les portes ouvertes du 15 mars 2020, Florence Ibanez, directrice de l’école alternative La Clef des champs, à Plonéis (Finistère), revient sur deux années durant lesquelles elle a réalisé le projet d’une vie."

“Professeure de français pendant treize ans dans les quartiers nord de Marseille (Bouches-du-Rhône), Florence Ibanez ne s’imaginait pas devenir un jour la fondatrice d’une école maternelle et primaire hors contrat. Et pourtant, créée il y a deux ans à Plonéis (Finistère), la structure La Clef des champs a remporté un franc succès et s’apprête à ouvrir une deuxième classe à la rentrée, scolarisant ainsi une quarantaine d’enfants

Un projet complètement fou

À l’origine de ce projet fou, il y a un ras-le-bol et surtout un constat, celui de l’inégalité des chances.  J’ai fait le choix d’enseigner dans les banlieues de Marseille, car j’y ai grandi et j’ai pu y mettre en place des projets très motivants. Mais il y avait toujours des blocages.  Si elle souligne l’investissement du corps enseignant, c’est encore avec une vive émotion que Florence évoque la lourdeur du système :  Emploi du temps, surcharge des classes, hiérarchie… Il y avait toujours des freins .

Maman de deux enfants, elle s’installe ensuite dans le Finistère avec sa famille.  À Briec, le cadre de travail était beaucoup plus agréable, mais j’ai réalisé violemment les inégalités territoriales.  Elle n’a aujourd’hui plus peur de le dire :  Dans certaines villes, certains quartiers, par manque de volonté politique, on laisse sciemment dépérir des enfants et des familles .

Après avoir assisté à une conférence de Céline Alvarez, autrice des Lois naturelles de l’enfant , elle se documente sur les pédagogies actives. Cette  idée folle  de créer une école commence alors à germer.  J’ai créé un groupe de discussion sur ces pédagogies et en une semaine, je fédérais 200 personnes, juste pour parler d’éducation. 

Suivront une, puis plusieurs réunions publiques et la création de l’association Déployer ses ailes.  L’ouverture de l’école est le fruit d’un immense travail, mais aussi de beaucoup de chance.  La longère qui leur tient aujourd’hui de lieu d’école, leur est louée par un ancien éducateur sensible au projet. L’investissement d’un groupe d’utopistes fera le reste.  On est partis avec zéro euro. On a lancé une campagne de financement participatif pour la mise aux normes. On a passé un été en travaux, peinture, jardinage et organisation. 

Respecter le rythme de chaque enfant

Dans cette école d’un nouveau genre, le personnel est habilité.  La première année, deux enseignantes en disponibilité nous ont rejointes bénévolement. Et pour l’année prochaine, on cherche à recruter une nouvelle professeure des écoles. 

Florence Ibanez tient à préciser que les exigences en matière de niveau de l’Éducation nationale sont respectées.  On nous demande même davantage qu’aux écoles publiques. Nous avons déjà été inspectés trois fois en un an et demi.  Mais alors, quelle différence avec le système classique ? « Ici, le rythme d’apprentissage et de vie de chaque enfant est respecté. On construit en tenant compte de ses besoins pour l’aider à devenir un adulte autonome et respectueux des autres et de lui-même. 

Florence insiste sur la nécessité de prendre le temps de faire acquérir des fondements solides :  Être patient, persévérer, développer le contrôle inhibiteur, c’est-à-dire apprendre à ne pas être déconcentré par les autres . Autre différence :  On propose aux enfants des activités motivantes et le plus possible au contact de la nature. C’est fondamental .

De la méthode Montessori, la directrice de La Clef des champs retient surtout les bases saines qui permettent de développer ensuite des apprentissages plus formels. Quant à Célestin Freinet,  il a montré qu’on pouvait réaliser des projets extraordinaires basés sur la coopération et l’entraide .

À ceux qui s’imaginent que trop de liberté peut nuire aux apprentissages, Florence répond qu’au contraire,  on pose des règles, mais ce sont de bonnes règles. Elles sont construites avec les enfants, compréhensibles et non négociables. 

« Je ne verrai pas le changement de mon vivant »

Forte du succès de son école, la pédagogue persévère dans son combat quotidien : rassurer, expliquer et surtout trouver des financements.  Nous n’avons droit à aucune subvention et l’école coûte 250 € par mois aux familles.  Un budget lourd à assumer pour celle qui a renoncé à son salaire de professeur pour  800 € par mois .

Mais lorsqu’on l’interroge, elle n’hésite pas deux minutes :  Pour rien au monde, je ne reviendrai en arrière, car au moins, je sais pourquoi je me lève le matin. Toutes ces heures prennent du sens dans le sourire des enfants, dont on mesure les progrès chaque jour. Ma plus belle récompense, ce sont ceux qui reprennent confiance en eux en passant par notre structure. 

Son école, ouverte sur le monde, commence à attirer des professionnels.  Je reçois beaucoup d’étudiants en master qui cherchent à découvrir de nouvelles pratiques.  Florence Ibanez en est certaine : l’évolution du système est en marche, mais le chemin sera long.  Je ne verrai pas le changement de mon vivant, mais j’y aurai contribué », se réjouit-elle.”


Source : ouest-frande.fr, “PORTRAIT. Florence Ibanez, directrice d’école à Plonéis sait «  pourquoi je me lève le matin »”, publié le 8/3/20. https ://www.ouest-france.fr/bretagne/ploneis-29710/ploneis-je-sais-pourquoi-je-me-leve-le-matin-6770267 ?connection=true

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