L’Education nationaleParcoursup 2021 : le « projet de formation motivé » nécessaire, mais si peu lu (Le Monde)

20 janvier 20210
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Le projet de formation motivé : une lettre de motivation qui a pour but d'éclairer la personnalité du candidat. Utile ? Ou pas ?

“Si toutes les formations ne lisent pas les lettres de motivation des candidats, l’exercice, exigé dans le cadre de Parcoursup, reste intéressant pour réfléchir sur son orientation.

Certains le peaufinent à la virgule près, d’autres se contentent de copier-coller. Le « projet de formation motivé » suscite bien des questions chez les futurs bacheliers. Cette lettre de motivation, demandée dans le cadre de la procédure Parcoursup pour chaque vœu, est-elle vraiment lue ? Le rapport du comité de suivi de la loi ORE (orientation et réussite des étudiants), présenté le 22 juillet 2020 à l’Assemblée nationale, est sans appel sur l’utilité de l’exercice : « Les commissions d’examen des vœux en font généralement peu de cas, et son influence sur le classement des candidats est négligeable, voire nulle », et ce tant pour les licences que pour les classes préparatoires aux grandes écoles, qu’elles soient en « tension » ou pas.

Une observation qui n’étonne pas Roman Stadnicki, maître de conférences en géographie à l’université de Tours : « Evidemment qu’on ne les lit pas ! » Inutile, car sa licence, comme beaucoup d’autres, est « non sélective », argue l’enseignant. D’ailleurs, les candidats ne sont pas davantage classés en fonction de leurs notes au lycée. « En géographie, nous pouvons accueillir tous les candidats, donc on classe les dossiers par ordre alphabétique ou en attribuant la même note à toutes les candidatures », explique-t-il.

Exercice de construction

Dans les filières où la capacité d’accueil est insuffisante, comme en droit à Tours, les dossiers jouent dans le classement, mais les lettres de motivation ne sont pas examinées, assure-t-il. « Nos collègues reçoivent trop de dossiers pour avoir le temps de les lire », observe l’enseignant-chercheur. Selon lui, les futurs étudiants ne sont pas dupes : « Certains envoient la même lettre en maths et en géo, d’autres une chanson paillarde… Ce qui ne les empêche pas d’être pris. »

Dans les classes préparatoires très convoitées, les lettres des candidats ne sont pas davantage lues par les commissions, comme celles du lycée du Parc, à Lyon. Impossible et inefficace. « On reçoit 20 000 candidatures pour nos sept filières, toujours avec les mêmes arguments », justifie son proviseur, Pascal Charpentier.

En revanche, il arrive que les projets de formation motivés soient examinés par des formations sélectives, comme les BTS… à condition que les candidats aient déjà passé l’étape du pré-tri des dossiers, basé sur les notes, selon une enseignante habituée aux commissions de ces filières. Le document peut alors être décisif pour convoquer ou non le candidat à un entretien oral.

« La lettre est un bon moyen d’approfondir les raisons qui poussent l’élève vers cette formation ». Sylvie Amici, psychologue de l’éducation nationale.

Dans tous les cas, même si cette lettre ne sera peut-être jamais lue, elle reste indispensable. Sans projet de formation motivé, le dossier est considéré comme incomplet et donc non classé par la formation… même si elle n’en tient pas compte par la suite.

« C’est un peu désespérant pour le candidat de savoir que son texte ne sera peut-être pas lu. Mais, du point de vue de la psychologie, c’est un bon moyen de donner forme à son vœu, d’approfondir les raisons qui poussent l’élève vers cette formation. Il faut le prendre comme un exercice de construction de sa pensée et de sa motivation », analyse Sylvie Amici, présidente de l’APsyEN (Association des psychologues et de psychologie dans l’éducation nationale), là où le rapport du comité de suivi parle de « cristalliser la réflexion des lycéens ».

Un exercice qui présente un revers : plus on s’investit en travaillant sérieusement son projet de formation motivé, plus on a envie d’obtenir ce vœu… et plus la peur d’échouer grandit. « Cette lettre de motivation est un support intéressant, mais aussi un générateur d’espoir déçu », confirme la psychologue.

Sincérité et personnalisation

Alors, que faut-il y mettre ? A l’unanimité, les acteurs de l’enseignement supérieur valorisent avant tout la sincérité du projet. « On voit bien si un projet est sincère en recoupant ce qui est dit avec les appréciations des professeurs sur les bulletins », pointe Pascal Charpentier.

Premier écueil à éviter : recopier la lettre type de Parcoursup. « On l’a lue mille fois !, soupire une professeure en BTS analyses de biologie médicale, qui a souhaité rester anonyme. Le jeune doit “se mouiller” et écrire quelque chose de personnel. » Sa recommandation : avoir une trame générale qui sert de base et s’appuie sur la personnalité de l’élève, et une partie « formation » variable pour chaque vœu.

Pour cette dernière, il faut montrer que l’on s’est bien informé sur l’école ou la filière avec le matériel à disposition : sa fiche Parcoursup, son site Internet, la prise de contact avec l’étudiant ambassadeur, ou encore la participation aux journées portes ouvertes – en ligne, cette année –, démarche appréciée des commissions. L’enseignante se veut rassurante : « On ne demande pas au candidat d’être passionné par la formation, mais au moins d’aller regarder ce qu’elle enseigne, et de montrer le lien avec ses envies et projets. »

« De plus en plus de formations proposent des MOOC en ligne, accessibles via la plate-forme FUN. C’est utile de les suivre et de l’indiquer dans le projet de formation motivé », ajoute Sylvie Amici. Autre conseil : que le candidat écrive d’abord spontanément, avant de reformuler, raccourcir ou rallonger, corriger les fautes d’orthographe… en se faisant aider si nécessaire.

Profil moins stéréotypé

Selon le rapport du comité de suivi de Parcoursup, pour la session 2019, « 86 % des professeurs principaux avaient aidé les élèves à rédiger leur projet de formation motivé ». Certains CIO (centres d’information et d’orientation) proposent également des ateliers pendant les vacances de février. « Les élèves peuvent aussi solliciter les professeurs documentalistes ou les psychologues de l’éducation nationale », complète la présidente de l’APsyEN.

« La lettre éclaire la candidature, en particulier si l’élève a choisi une spécialité inhabituelle pour postuler en classe préparatoire ». Pascal Charpentier, proviseur du lycée du Parc (Lyon)

La réforme du bac va peut-être accroître l’intérêt porté au projet de formation motivé. La constitution de « triplettes » à la carte (les trois spécialités à choisir à l’entrée en 1re) par les futurs bacheliers génère des candidatures atypiques, qui n’imitent pas les anciens bacs généraux S, ES et L.« Cette année, on va s’intéresser aux lettres, qui seront peut-être moins stéréotypées, confirme Pascal Charpentier. Cela éclaire la candidature, en particulier si l’élève a choisi une spécialité inhabituelle pour postuler en CPGE [classes préparatoires aux grandes écoles]. » Le lycée du Parc examinera par exemple les candidatures d’élèves « autodidactes en informatique » pour la nouvelle prépa MPI (mathématiques, physique et informatique).

Mais le système crée des inégalités. Quand les enfants de CSP+ ont davantage fait des choix « de raison », les élèves des milieux modestes, moins conseillés, ont pu faire des choix « de cœur » moins cohérents avec un projet professionnel, et par conséquent plus difficiles à défendre dans une lettre.

« Le projet de formation motivé pourra-t-il servir à repêcher ces élèves qui se sont trompés dans leurs choix de spécialités ?, s’interroge Sylvie Amici. Je pense à un lycéen qui a gardé en terminale les spécialités sciences de l’ingénieur et arts plastiques. Comment ce type de profil va-t-il être accueilli par les filières ? Vont-elles lire les lettres de motivation ? » Des questions en suspens, car si les formations affirment vouloir s’ouvrir à des profils différents, reste à voir si cela ne restera pas un vœu pieux.”


Source : lemonde.fr, “Parcoursup 2021 : le « projet de formation motivé » nécessaire, mais si peu lu”, publié le 20/1/21 par Natacha Lefauconnier. https ://www.lemonde.fr/campus/article/2021/01/20/parcoursup-2021-le-projet-de-formation-motive-necessaire-mais-si-peu-lu_6066891_4401467.html

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