L'école, après« On ne peut plus demander aux élèves de rester assis face à un professeur 7 heures par jour »

8 janvier 20210
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Décryptage d'une expérience de mise en place de la pédagogie active au sein d'un établissement. Merci à la fidèle lectrice qui nous l'a signalée !

“Depuis 5 ans, l’Institution Notre-Dame Saint-Jean de Besançon* a entrepris un projet d’envergure visant à établir une pédagogie active et dynamique. Une démarche qui vient transformer progressivement la posture de l’enseignant. Les explications de Frédéric Stenger, chef d’établissement coordonnateur de l’Institution.”

Classe de demain : Vous avez initié un projet global d’innovation pédagogique. Quels ont été les déclencheurs ?

Frédéric Stenger : Cette démarche est née d’un échange créé il y a 5 ans environ avec l’établissement québécois de Saint-Anne à Montréal. Son chef d’établissement, Ugo Cavenaghi, est l’un des artisans de ce qu’on appelle la « pédagogie active ». Tout part d’un constat assez simple : en 200 ans, le monde a énormément évolué, mais dans le même temps la salle de classe est restée identique. La pédagogie n’est plus adaptée : ni aux enjeux modernes du monde du travail, ni aux élèves qui sont tous connectés et très actifs. On ne peut pas leur demander de rester assis face à un enseignant 7 heures par jour, alors que nous-mêmes, adultes et enseignants, ne sommes plus capables de tenir assis deux heures en réunion sans regarder notre portable toutes les dix minutes, et faire deux ou trois choses en même temps ! C’est d’autant plus vrai que la France n’a de cesse de chuter au classement PISA (23e sur 79 pays en 2019). Tout cela nous oblige donc en tant que professionnels de l’Education à interroger nos modèles et nos habitudes. Cela implique de modifier en profondeur la posture de l’enseignant pour développer des pratiques nouvelles, plus mobiles, plus flexibles.

CDD : En quoi le changement de posture de l’enseignant est central ?

FS : La notion même de pédagogue, ou de transmetteur, a complètement changé. A partir du moment où les élèves sont connectés, ils sont souvent en mesure d’obtenir rapidement des réponses à leurs questions. En revanche, ils doivent encore apprendre à analyser les choses, à prendre du recul, et à faire le tri entre toutes les informations qui leur parviennent. S’il nous semble nécessaire de conserver la culture générale et le sens de l’analyse à la française, le professeur ne peut plus enseigner de la même manière qu’il y a 30 ans. Il faut donc reconstruire complètement les séquences pédagogiques en imaginant par exemple 15 minutes de cours magistral suivi de travaux menés en îlots ou d’apprentissages en autonomie.  Cela demande de revoir ses consignes, d’apprendre à interagir autrement avec les élèves mais aussi ses collègues enseignants, sur un modèle plus collaboratif.

CDD : Comment accompagnez-vous les enseignants dans cette démarche ?

FS : Nous avons mis en place des actions de formation chapeautées par une équipe de conseillers techniques en pédagogie numérique (CTPN) et un directeur-adjoint en charge de l’innovation. Tous étaient déjà professeurs au sein de l’Institution et ont accepté de suivre des formations et de s’auto-former sur les outils numériques et les nouvelles pédagogies. Ainsi chaque semaine, ils proposent des ateliers à leur collègues à tour de rôle afin qu’ils en tirent des éléments pour innover dans leurs pratiques en classe. De plus, environ deux fois par an, les CTPN organisent des forums pédagogiques : une journée obligatoire pour tous les enseignants de l’établissement au cours de laquelle ils sont plongés dans l’innovation pédagogique. Le dernier en date, en juin, avait un format particulier. Elèves et enseignants, encadrés par les CTPN ont mis au point et organisé une quarantaine de micro-formations d’environ 15 minutes autour de la prise en main d’outils de pédagogie active sur tablette. Les élèves ont donc pu mettre en avant leur maîtrise de certains logiciels. Globalement ces temps forts viennent inciter les enseignants à se mettre en mouvement. Ils en sortent inspirés pour innover.

CDD : Sur quelles autres solutions vous appuyez-vous pour instaurer une pédagogie active et dynamique ? L’aménagement est-il important ?

FS : Faire en sorte qu’élèves et enseignants soient plus actifs demande d’avoir des salles de classe et des établissements plus modulables. L’aménagement est donc clé. Résultat : nous avons équipé toutes les salles de télévision et de vidéoprojecteurs. Et progressivement nous les dotons de sols plus souples pour absorber le bruit, de tableaux blancs sur tous les murs, de tables rectangulaires et chaises à roulettes. Ce qui permet de placer les tables en cercle par exemple, mais aussi d’offrir une vraie table d’examen. Quant aux enseignants, ils disposent d’une table haute roulante de 1 mètre sur 1m. Et nous nous appuyons évidemment sur les outils numériques. Ils ne viennent pas remplacer les manuels ou les livres, mais ils facilitent la transmission, l’immédiateté et habituent tous les élèves à des supports qu’ils seront conduits à utiliser une fois arrivés sur le marché du travail. Ainsi quelques classes de primaire et tous les élèves du collège ont équipés de tablettes. Les élèves du lycée disposent eux d’un ordinateur portable.

CDD : Quels conseils donneriez-vous à des établissements intéressés par la démarche ?

FS : Il ne faut pas être impatient. Et il faut faire des choix au risque d’être un laboratoire permanent. Face à nous, nous avons des élèves qui doivent aussi préparer des examens, il est donc essentiel de rester cohérent.”

*L’Institution aujourd’hui c’est deux écoles, un collège, un lycée et de l’enseignement supérieur. 2 800 élèves et étudiants y sont accueillis et on compte environ 170 professeurs et formateurs.


Source : classe-de-demain.fr, “« On ne peut plus demander aux élèves de rester assis face à un professeur 7 heures par jour »”, publié le 4/1/21. https ://www.classe-de-demain.fr/accueil/education/on-ne-peut-plus-demander-aux-eleves-de-rester-assis-face-a-un-professeur-7-heures-par-jour

 

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