L'école en libertéLoi sur les séparatismes : avec l’école (La Croix)

21 janvier 20210
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Revenir sur une liberté fondamentale vieille de plusieurs siècles méritait un grand débat démocratique. Mais non, déplore cet article qui présage des conséquences d'une telle mesure, si elle devait entrer en vigueur.

“Laurence Cossé termine cette série de chroniques sur l’école alors que le projet de loi sur le séparatisme relance certains débats.

La suppression d’une liberté qui a eu cours pendant cent quarante ans ne va pas de soi et mériterait, au moins, un débat approfondi. Or le projet gouvernemental de la loi d’abord appelée loi contre les séparatismes puis officiellement intitulée « loi confortant le respect des principes de la République » menace une liberté qui ne faisait pas jusqu’ici trembler la communauté républicaine, celle d’éduquer ses enfants hors du système scolaire. Et cela ne semble pas troubler grand monde.

Ce projet, actuellement discuté en commission spéciale à l’Assemblée nationale, est une réaction à la montée en France de croyances et d’idées islamistes évidemment contraires aux valeurs et aux pratiques républicaines, et dont on a vu la violence ravageuse. Il entend juguler ces forces centrifuges chez les personnes et dans les associations : pas de mariages forcés, pas de certificats de virginité, pas d’associations subversives sous divers déguisements. Fort bien. Comment ne pas être d’accord avec ce programme ?

En ce qui concerne l’enseignement, l’objectif est de protéger des enfants de familles musulmanes d’une éducation parallèle, obéissant aux préceptes de l’intégrisme islamiste. Car, depuis quelques années, le nombre de ces enfants s’est accru, et serait aujourd’hui de 5 000. Cette dérive fait froid dans le dos, elle aussi. Pour toute réponse, l’article 21 de la loi en discussion prévoit de restreindre fortement la possibilité de ne pas scolariser les enfants et de contrôler de près les écoles privées hors contrat. Faute de place, je n’aborderai ici que la question de l’Instruction en famille.

L’IEF était de droit jusqu’ici, et depuis 1882. Les parents déclaraient leur choix d’élever leurs enfants hors du système scolaire ; ils s’engageaient à leur apporter un « socle d’instruction » devenu récemment très précis et à se prêter à des contrôles. Si le projet de loi est adopté en l’état, tous les petits Français devront être scolarisés, à partir de 3 ans, sauf cas exceptionnels ayant fait l’objet d’une autorisation. Ce qui était de droit deviendrait dérogatoire. Les dérogations prévues sont strictement limitées : problème de santé, handicap, activité sportive ou artistique de haut niveau, famille itinérante, éloignement géographique. Exit la préférence pour des pédagogies non scolaires. En outre, pour instruire des enfants à domicile, il faudra présenter la capacité de le faire.

Sur les 62 000 enfants actuellement élevés à la maison, 5 000 environ, donc, sont menacés par une emprise sectaire ou intégriste. Il va de soi que ce problème est réel. Mais c’est ne faire aucun cas des 57 000 autres que les jeter avec l’eau du bain.

Depuis plus d’un siècle, l’IEF a été un laboratoire de pédagogies alternatives. On ne fera croire à personne que les pratiques scolaires dispensées dans l’éducation nationale sont sans défauts. Des milliers d’enfants ont souffert et souffrent par l’école « classique ». Il faut aller lire les plaidoyers pour la liberté pédagogique publiés en ligne par les défenseurs de l’IEF, notamment celui du Collect’IEF. Ils relativisent le lien entre radicalisation islamiste et IEF. Ils revendiquent comme une liberté fondamentale le choix par les parents du mode d’éducation de leurs enfants. Ils font valoir tout l’intérêt d’un enseignement diversifié. Ils contestent qu’il y ait toujours dans l’IEF une intention de « séparatisme social ». Ils redoutent l’arbitraire administratif, tant dans les autorisations préalables que dans les contrôles a posteriori.

Dans le communiqué du Collect’IEF, le plus intéressant tient à ce que l’on perdrait à la réforme. « Plutôt que de mobiliser et d’associer tous les acteurs de l’éducation, plutôt que de favoriser le débat démocratique, valoriser les partages d’expériences et la pluralité éducative, le gouvernement a fait le choix de la restriction des libertés, de l’autoritarisme, de l’unilatéralité. Il se prive ainsi de la contribution d’une partie de la société civile. (…) »

Au lieu d’un alourdissement de la normativité et d’une répression des expériences novatrices, au lieu d’un régime d’autorisations dérogatoires et de contrôles, beaucoup des tenants de l’IEF aimeraient un soutien de leurs pratiques par l’éducation nationale. Ils voudraient être épaulés, et non suspectés et bridés. Ils verraient bien des enseignants affectés au suivi de leur engagement, et des moyens financiers les aider, eux qui ne coûtent rien à l’État. Ils sont prêts à être évalués mais, au lieu d’inspections, ils souhaitent une coopération entre les enseignants en titre et les enseignants expérimentateurs. Ils pensent que la collectivité s’en trouverait enrichie, la diversité valant mieux que l’uniformité.”


Source : lacroix-com, “Loi sur les séparatismes : avec l’école”, par Laurence Cossé. Publié le 20/1/21. https ://www.la-croix.com/Debats/Loi-separatismes-lecole-2021-01-20-1201135975

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