LES CHEMINS DE LA PENSEELibération – L’avenir est au cœur du village

4 février 20220
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La Fondation Kairos, partenaire d'EducFrance, a organisé un séminaire-action sur l'école rurale en janvier dernier. A cette occasion, l'école créée au coeur du village dont il est ici question a été mise à l'honneur.

“Il est temps de créer un nouveau contrat social et de repenser de fonds en comble notre politique d’aménagement du territoire. Les dynamiques locales peuvent être exceptionnelles.

Saint-Pierre-de-Frugie, petit village du Périgord, 384 habitants. Un village sans école, faute d’enfants à scolariser, et sans commerces. Un village où, en 2007, personne n’avait vraiment envie de devenir maire. Mais où l’on persuade tout de même Gilbert, ancien concessionnaire à la retraite, de reprendre le flambeau. Sa fille, végane, et son cantonnier Guillaume ont pas mal d’idées et le convainquent de tout miser sur le bio et la nature.

La mairie abandonne pesticides et herbicides, fait aménager des circuits de randonnée, restaure le petit patrimoine du village avec des matériaux écologiques, et ça marche ! Les curieux viennent s’y aventurer, un bistrot rouvre ses portes et une épicerie bio approvisionnée par les agriculteurs du coin voit le jour, attirant à plus de 30 kilomètres à la ronde. Signe qui ne trompe pas, de nouveaux habitants viennent s’installer et avec eux, leurs enfants.

Malgré cela, l’Education nationale refuse de rouvrir les classes. Qu’à cela ne tienne, le maire donne sa chance à une jeune institutrice qui souhaite monter une école Montessori. Le succès est au rendez-vous, et l’école double rapidement le nombre de ses élèves.

Une économie nouvelle à inventer

Une nouvelle dynamique est à l’œuvre dans les territoires ruraux. Elle n’est pas qu’exogène, portée par les seuls bobos encouragés par un télétravail démocratisé. Elle procède surtout de dynamiques collectives et individuelles locales, qui, à l’échelle d’un village ou d’une petite ville, cherchent à répondre aux problématiques auxquelles elles font face : retrait de l’Etat, disparition des commerces de proximité, fermeture des écoles, multiplication des déserts médicaux…

En vérité ces territoires sont à bien des égards l’avenir de notre pays. En matière de transition écologique, ils répondent au besoin d’espace des installations pourvoyeuses d’énergies propres. Et on ne nourrira pas l’humanité avec des toits potagers. Mais aussi en matière de démocratie locale, de mobilité, de santé : c’est à ce niveau que les alternatives s’élaborent. Les projets les plus emblématiques d’économie circulaire, d’énergie citoyenne ou de prévention santé sont souvent des initiatives locales et rurales.

Face au défi des inégalités qui se creusent et de l’urgence écologique, une économie nouvelle est à inventer, en lien avec des modes de vie qui évoluent vers la recherche d’une meilleure qualité de vie. Les territoires ruraux ont trop longtemps été négligés et sous-estimés au profit de métropoles toutes puissantes, vantées comme l’aboutissement ultime de l’humanité. Soutenues par les politiques publiques du «tout urbain», celles-ci ont capté investissements, emplois et richesses sans que le fameux «ruissellement» attendu ne profite aux campagnes. A la fracture sociale s’est ainsi ajoutée une fracture territoriale.

Monopole de l’innovation

Il est temps de créer un nouveau contrat social et repenser de fond en comble notre politique d’aménagement du territoire. La course à l’hyper métropolisation ne sert à rien. Il faut rééquilibrer les investissements et favoriser la complémentarité plutôt que l’opposition entre les villes et les campagnes.

A l’heure où le débat se concentre sur l’installation de la 5G dans les grandes villes et où l’on enjambe les territoires à grands coups de TGV, donnons les moyens aux campagnes de contribuer au futur de notre pays. Les villes n’ont pas le monopole de l’innovation ! Qu’ils soient maires comme Gilbert, entrepreneurs comme Virginie Hils qui, avec ses Comptoirs de campagne, redonne vie aux commerces de proximité, ou encore simples citoyens comme Zacharie qui, du haut de ses 11 ans, a cassé sa tirelire pour contribuer à la création d’un parc photovoltaïque pour son village de Luc-sur-Aude (Aude), tous inventent à leur manière la France de demain.

Il est urgent de soutenir massivement nos territoires ruraux avec des investissements de long terme, qui résorbent la fracture numérique, favorisent les mobilités, luttent contre les déserts médicaux, donnent un avenir à nos agriculteurs autre que le tout intensif. Des investissements qui seront rentables socialement, environnementalement et économiquement. Les dynamiques locales peuvent être exceptionnelles : appuyez habilement sur une touche du clavier territorial, et vous déclencherez un accord, une consonance, un cercle vertueux. Comme à Saint-Pierre-de-Frugie, où l’on vient du Japon pour visiter le premier village 100% bio de France.”


Source : liberation.fr, “L’avenir est au cœur du village”, par Nicolas Harzard. https://www.liberation.fr/plus/lavenir-est-au-coeur-du-village-20220202_KWK4QKFMGVDEBPT5EQAFFMYGB4/?outputType=amp

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