Tribunes libresLettre ouverte : Refus du baccalauréat en contrôle continu pour les élèves en établissement hors contrat ; exclusion des élèves en situation de handicap du système éducatif et diplômant français

25 avril 20214
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Joséphine est une jeune fille de 16 ans. Elle a écrit aux pouvoirs publics (au Président, au Ministre notamment) sans jamais obtenir la moindre réponse, ni même le moindre accusé réception. Autiste, elle dénonce l'injustice faite aux élèves des lycées hors contrat, sommés de passer des épreuves en présentiel, quand d'autres lycéens bénéficient du contrôle continu.

“En tant que jeune Lycéenne autiste, je me permets de vous écrire, afin de vous faire part de mon indignation devant vos décisions arbitraires qui confinent à l’inégalité et à l’iniquité dans une République dont les valeurs fondatrices devraient être la base de tous choix politiques.

En effet, je fais partie des élèves en situation de handicap qui n’ont pas eu d’autres choix, que d’étudier dans une école privée hors contrat. Cette solution par défaut, fait souvent suite à des traumatismes générés par les établissements sous contrat (par exemple un de mes camarades avait été dans le public attaché par sa maitresse à sa chaise à l’aide d’une corde pour l’empêcher de bouger … vous comprendrez aisément le choix parental d’avoir sorti leur enfant de cette institution…). De nos jours, le système éducatif public ne nous prends pas en charge, soit parce qu’il ne possède pas les ressources nécessaires à notre accompagnement, soit parce qu’il refuse de le faire, ou nous oblige à partir. Comme vous le savez peut-être, la majorité des personnes autistes n’atteignent jamais le bac. Pour ma part, ce sont des écoles privées hors contrat qui m’ont recueillie et amenée jusqu’au passage d’un bac qui me permettra de faire des études et d’être indépendante plus tard. Le hors contrat n’est pas un choix, c’est une obligation et même un sacrifice financier de nos parents, pour nous garantir un avenir. Je ne doute pas que le système public avancera et sera en mesure de nous accueillir plus tard.

Cependant, nous, génération précédente et négligée, nous nous retrouvons encore aujourd’hui face à une nouvelle discrimination. Après un premier rejet douloureux des établissements d’éducation publique, voici le que l’injustice ne cesse d’évoluer. En effet, suite à la pandémie du COVID19, nos camarades venant des écoles publiques et privées sous contrat, se sont vues accorder la dispense du passage des épreuves du baccalauréat, remplacées par le contrôle continu. Nous avons encore une fois été oubliés.

Pourquoi l’an dernier tous les lycéens de France ont eu droit aux mêmes mesures et cette année faire une différence en fonction de la provenance des élèves ? L’année a été certainement tout aussi compliquée que l’an dernier. Pour ma part, j’ai déjà passé plus de 3 mois complets en visioconférence cette année. Je n’ai pas eu le moindre cours du sport sur lequel je dois normalement être évaluée dans quelques semaines, les consignes sanitaires les ayant empêchés (je vais être évaluée sur du ping-pong alors que je n’ai jamais tenu de raquette ; un comble). La situation, si elle n’était plus inconnue, a été tout aussi anxiogène : mesures sanitaires changeant régulièrement, anxiété permanente dans l’attente des « annonces du jeudi », crainte d’attraper ou de transmettre le virus, problématique de la cantine (nous ne pouvions plus prendre nos repas que dehors dans la rue …). Nombre de mes amis ont été hospitalisés en psychiatrie pendant cette année éprouvante, et pour ma part, je ne suis pas passée loin.

Mon Handicap diminue de manière drastique mes capacités d’adaptation aux situations changeantes… cette « année COVID » a été dévastatrice. Vos décisions concernant le baccalauréat sont une véritable épreuve psychologique difficile à surmonter : « on maintient… on annule les épreuves… on les remet… on les décale … » et cerise sur le gâteau : « seul les hors contrat passeront toutes les épreuves en présentiel » mais quand et comment ? aujourd’hui 19 avril, toujours pas de réponses, ni de convocation. Mon handicap nécessite des adaptations qui mobilisent des professionnels qu’il faut réserver pour m’accompagner. Vu les rebondissements, je suis dans l’incapacité d’organiser les adaptions qui me sont indispensables. Est-ce normal ?

Nous ne sommes pas des pions, hors contrat ou pas. Vos décisions ont des conséquences parfois dramatiques sur nos vies ! Etant déjà fragilisée par mon handicap, je suis particulièrement choquée par le mépris affiché par les dirigeants politiques et l’administration à l’égard de minorités comme la mienne. Je me suis toujours sentie invisible. Les thérapeutes m’accompagnent à me sentir visible. Mais l’injustice que je subie une nouvelle fois ne peut que me conforter dans ce que je ressens : je n’existe manifestement pas pour vous.

Je suis pourtant une enfant de la République et je revendique le droit d’avoir accès aux mêmes chances que mes pairs dans la vie. Ainsi, je me tiens à votre disposition pour vous rencontrer ou échanger avec vous afin que vous perceviez quelles sont les personnes que vous êtes en train d’exclure de la société.

Je m’appelle Joséphine, la semaine prochaine j’aurai 16 ans, ma vie est un calvaire depuis que je suis née car je suis différente. Mais je lutte pour trouver ma place dans la société depuis toujours, car elle se doit d’exister. J’ai un avenir et tant de choses à réaliser. Mon autisme et le rejet que j’ai toujours dû gérer et que vous renforcez aujourd’hui, m’a appris à me soucier des autres, et à me battre contre l’injustice.

Je m’appelle Joséphine, je n’ai même pas 16 ans, et pourtant, je peux vous certifier que vos choix ne sont pas les bons et que vous devez au plus vite rétablir l’égalité, dans le pays des droits de l’Homme.

Je m’appelle Joséphine, je serai un jour adulte, et je ne veux pas un beau matin me réveiller sans aucune confiance dans le système français, en redoutant de nouvelles exclusions.

Je m’appelle Joséphine, je suis autiste, je suis blessée par vos décisions injustes et vous demande de les changer.

Joséphine.”

 

4 commentaires

  • FJJ

    26 avril 2021 à 10 h 25 min

    Mille Mercis Joséphine ! Je confirme que parmi les élèves du hors contrat il y a des élèves comme Joséphine, des élèves en situation de handicap qui ont dû faire d autres choix que ceux de l Education Nationale pour pouvoir poursuivre leur scolarité.Quelle injustice !

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  • Tb Nguyen

    26 avril 2021 à 14 h 25 min

    Joséphine je te soutiens complètement
    Je suis sur cependant pour t’avoir un peu côtoyé et connaissant les qualités de tes parents que ce passage du bac quelqu’en soit les modalités sera simple pour toi et la question est plutôt quelle mention tu vas obtenir
    Quant à ta place dans la société, je suis persuadé que tu la trouveras, en t entourant des bonnes personnes
    Courage confiance et persévérance

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  • Maury

    28 avril 2021 à 3 h 26 min

    Belle lettre Joséphine !

    Mon fils est aussi en hors contrat du fait de sa différence (Il fait partie d’une autre minorité). Il n’a pas eu le choix non plus d’être en hors contrat.

    Depuis un an, archi stressé. Des nuits sans sommeil. Vivre avec la peur pour ses proches. Vivre le confinement, la privation de contacts. Subir les multiples revirements du ministère pendant l’année du bac. Apprendre que le programme des épreuves portera sur les années de 1ere et de terminale (?!???!!!!!) puis que c’est annulé. Stress. Se préparer pour une épreuve d’athlétisme ; supprimée. Encore stress. Pandémie. Morts. Une grande difficulté à se concentrer pour suivre les cours en distanciel, pour travailler.

    Profondément stressé, il vient de me dire qu’il n’est pas préparé pour le bac (évidemment !!!). Il y va comme à l’abattoir. Il a réussi ses oraux pour l’école d’informatique dont il rêve mais comme le stress l’a rendu malade cette année, il risque bien de rater ce bac alors qu’une école lui a dit qu’il était au dessus des prérequis pour y accéder.

    Le ministère veut-il provoquer des suicides supplémentaires chez les jeunes ?
    Ces élèves fragiles qui sont dans les hors contrats sont à protéger et non pas à massacrer. Pas de signe d’humanité au ministère ?

    Ces jeunes ont vécu cette horrible année comme les autres ; comme les autres, ils doivent être aidés.

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  • Adele Cara

    28 avril 2021 à 22 h 29 min

    L’inégalité dont sont victimes les élèves des lycées hors contrat est innommable ! Et ce qui est malheureux c’est que tout le monde s’en fiche car ça ne concerne qu’une petite minorité. Cela en dit long sur l’état de notre démocratie … vous avez dit liberté ? Apparemment pas… en tous cas pas celle d’étudier où l’on souhaite. Vous avez dit égalité ? Le Conseil d’état vous répond qu’à situation différente le gouvernement peut appliquer des règles différentes … au point d’annuler les épreuves pour 750 000 lycéens pour des raisons sanitaires et les maintenir « quoi qu’il en coûte » pour 4000 autres. Vous avez dit fraternité ? Laissez moi rire !… ce mot a disparu de notre dictionnaire.

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