ENTREPRENDREL’État se met à croire aux écoles de production (La Croix)

10 mai 20210
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Il existe 35 écoles de production à l'heure actuelle, qui combinent des logiques d'entreprise et d'apprentissage. Le Gouvernement veut en doubler le nombre d'ici 2023.

“Ce modèle original de formation a trouvé sa place, entre les lycées professionnels et les centres de formation d’apprentis. Le gouvernement a annoncé jeudi 6 mai le doublement de leur nombre d’ici à 2023.

Les écoles de production montent en puissance. Longtemps à la marge du système éducatif, ce type d’établissement est de plus en plus valorisé par le gouvernement. La visite de celle de Sénart (Seine-et-Marne) par la ministre déléguée à l’industrie, Agnès Pannier-Runacher, jeudi 6 mai, a été l’occasion d’annoncer le projet de doubler le nombre d’écoles de ce type, d’ici à 2023. Dès l’automne prochain, neuf établissements s’ajouteront aux trente-cinq que compte actuellement le réseau.

Une « voie hybride »

Les écoles de production accueillent les jeunes à partir de l’âge de quinze ans. Ni lycée professionnel, ni centre de formation d’apprentis (CFA), elles forment une « voie hybride », selon Patrick Carret, directeur général de la fédération nationale des écoles de production (Fnep) : « Elles gardent du lycée l’unité du lieu. Les clients de l’école sont à l’extérieur de l’école mais la production se passe à l’intérieur. Du CFA, elles s’inspirent de l’alternance : deux tiers des trente-cinq heures de travail hebdomadaire sont consacrées à la production, un tiers se vit en salle de cours. »

Ce côté hybride continue de dérouter. « On nous demande souvent si nous sommes une entreprise ou une association. Nous sommes les deux, sourit Vincent Boucry. Mais nous commençons tout de même à être reconnus. » Ingénieur dans un grand groupe, il a fondé l’association La Cordée-Nouvelle-Aquitaine, base d’une école de production ouverte il y a deux ans, à Limoges.

Sur la première promotion des onze élèves préparant un CAP électricité, aucun n’a décroché, malgré les difficultés engendrées par la crise sanitaire. Mieux, l’association s’apprête à ouvrir une seconde filière métiers, en chaudronnerie/soudage, et s’est mise en quête d’un maître professionnel, pièce essentielle de l’école.

Le maître professionnel, clé de voûte du dispositif pédagogique

C’est à lui que reviendra d’apprendre le métier à des jeunes – le plus souvent des garçons, même si toutes les filières sont ouvertes aux deux sexes – pas toujours « faciles » : « le maître professionnel est « aux côtés de l’élève » pour l’aider et l’accompagner dans ses gestes et non pas en face pour lui dicter ce qu’il doit faire » souligne Patrick Carret. Cela requiert sens de la pédagogie, de l’accompagnement, une juste dose de fermeté dans l’exercice professionnel mais aussi la manière de vivre en groupe (ponctualité, etc.).

Une exigence toute professionnelle est requise pour des entreprises clientes. « Nous vendons notre production, à la différence d’un lycée professionnel », souligne Dominique Hiesse, président de la Fnep. Les élèves sont recrutés à partir du ressenti éprouvé par eux au cours d’une semaine inaugurale de stage. Les formations durent entre deux et quatre ans et sont diplômantes (CAP, BEP, Bac Pro) : la plupart des écoles comptent environ trente à quarante élèves, même si trois d’entre elles, en Rhône-Alpes (la région où sont nées les écoles en 1882, à l’initiative de l’abbé Boisard, un ingénieur centralien) en dénombrent plus d’une centaine.

La fin d’un tabou

Le fait que des mineurs fassent de la « production » a longtemps été mal vu, mais le gouvernement a constaté que les écoles de production permettaient une excellente insertion dans le monde du travail ou, pour certains élèves, la continuation de leur formation. Déjà, un grand pas avait été franchi grâce à la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel, de septembre 2018.

« Pour certains jeunes, le collège n’est pas adapté. Il faut absolument aller les chercher le plus tôt possible pour éviter les mauvaises rencontres, explique Dominique Hiesse. Ce que nous proposons, c’est de former ces « décrocheurs » – un mot que je déteste – à des métiers en tension : la plupart trouvent un poste à 2 000 € mensuels net. »

Financement public et privé

Convaincu, l’État a donc lancé un appel à manifestation d’intérêt ouvert aux collectivités, aux entreprises, aux territoires d’industrie, particulièrement alertes sur les besoins locaux. Les rectorats travaillent désormais en bonne intelligence avec les écoles. L’État peut aider selon deux formes : d’une part, la banque des territoires financera vingt projets sélectionnés à hauteur de 50 000 €, pour les études en amont. D’autre part, il versera une subvention de 50 % des équipements industriels nécessaires dans une limite de 800 000 €, suivie de prêts par la Banque des territoires, filiale de la Caisse des dépôts.

De quoi largement abonder les investissements dans les machines qui sont, pour l’heure, financés par des mécènes privés. Les fondations de grands groupes comme Michelin, Air Liquide, ont été mises à contribution, mais c’est celle de Total qui apporte l’aide la plus massive. Le géant pétrolier s’est lié à la Fnep pour ouvrir, sur la période 2018-2028, une soixantaine d’écoles dans le domaine industriel, pas seulement la pétrochimie.

Neuf nouvelles écoles ouvertes à l’automne 2021

►On compte actuellement 26 projets d’écoles, à des stades plus ou moins avancés. Neuf vont ouvrir à l’automne prochain : Villefranche-sur-Saône (Rhône/usinage), Annecy ( Haute-Savoie/industrie en bijoux), Lamotte-Beuvron ( Loir-et-Cher/usinage), Magny-les-Hameaux ( Yvelines/maraîchage), Stains ( Seine-Saint-Denis/métallerie), Compiègnes ( Oise/usinage et chaudronnerie), Roubaix ( Nord/textile), Béthune ( Pas-de-Calais/usinage), Château-Gontier ( Mayenne/charpente métallerie).

Chaque Région, hormis le Grand Est et la Corse, comptera au moins une école de production. D’autres projets sont soumis à une « étude de faisabilité », d’autres à une « étude d’opportunité ». Les projets les plus éloignés font l’objet d’une « lettre d’intention ».”


Source : “L’État se met à croire aux écoles de production”, par Romain Subtil, le 9 mai 2021. https ://www.la-croix.com/Economie/LEtat-met-croire-ecoles-production-2021-05-09-1201154879

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