ECOLE DU FUTURL’état de l’école vous désole, les déclarations de Pap Ndiaye vous affligent ? Il existe un autre modèle – Boulevard Voltaire

13 septembre 20220
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Gabrielle Cluzel réagit dans Boulevard Voltaire aux créations d'école en cette rentrée 2022. Si vous avez peur de ce que l'école publique est en passe de devenir, lisez cet article !

“Comme il est peu probable que Pap Ndiaye et Anne Coffinier se soient concertés, force est de conclure à la coïncidence. Mais le ministre de l’Éducation, dont la volonté de « relancer la lutte contre les stéréotypes de genre » (sic) a fuité dans les médias le jour de la conférence de presse de Créer son école, a offert une très belle toile de fond à l’association : est-ce vraiment ce qu’attendent les parents d’une Éducation nationale qui ressemble à un champ de ruines ?

Les écoles indépendantes dites « hors contrat », ne sont pas un sujet franco-français. Elles sont en plein essor partout dans le monde (ouvertures multipliées par dix en dix ans). Les motivations, exposées par Anne Coffinier, présidente de Créer son école, sont nombreuses : les confinements, qui ont conduit les parents à s’intéresser au contenu, l’envie de bilinguisme, de pédagogies différentes – expérimentées à l’étranger ou plus en lien avec la nature -, et surtout, en France, « la dégradation vécue comme irrémédiable, à court ou moyen terme, de l’Éducation nationale, la saturation ou la banalisation des écoles privées sous contrat ».

Mais la spécificité française, selon Créer son école, est aussi la grande hostilité du gouvernement aux formes d’instruction alternatives à l’Éducation nationale (y compris, d’ailleurs, le privé sous contrat, dont elle s’efforce de contenir la croissance. En la vidant de sa substance propre).

Cette année ouvrent 121 écoles indépendantes – beaucoup de maternelles et d’écoles rurales, liées à la restriction de l’instruction à la maison -, qui viennent s’ajouter aux 1.700 autres préexistantes.

On sait que les parents sont prêts à soulever des montagnes pour leurs enfants. Et c’est bien à un Himalaya de tracasseries administratives que doivent faire face ceux qui entreprennent de tenter l’aventure. Spécialement lorsqu’elles sont catholiques, explique Anne Coffinier. Car en plus de se heurter au rectorat, elles doivent aussi compter avec l’animosité du diocèse et des écoles catholiques sous contrat qui y voient une concurrence, sans qu’aucune de ces braves institutions ne se donne la peine de s’interroger… Est-ce simplement par masochisme, par envie de faire bisquer le rectorat que des parents s’enquiquinent et se ruinent ? Ou se sacrifient-ils pour l’intérêt supérieur de leurs enfants, pour qu’ils puissent retrouver, en toute quiétude, l’esprit de « l’école de Jules Ferry, avec ses dictées quotidiennes, ses exercices de grammaire et ses leçons à apprendre par cœur », bref, cette « pédagogie classique », imparfaite, sans doute, mais qui a fait ses preuves – qui les fait encore en creux, puisque son abandon se solde par un échec cuisant : il aurait suffi de l’amender pour l’améliorer. C’est d’ailleurs ce que tendent à faire spontanément les écoles indépendantes, qui insufflent dans leurs méthodes – parce qu’elles sont heureusement, aussi, de leur époque – bienveillance et psychologie, mais en veillant à ne pas les dévoyer contre l’autorité et la rigueur. On notera (pirouette de l’histoire) que le modèle « hussards noirs de la république » a trouvé refuge dans les écoles… catholiques.

Pourquoi cet état des lieux des écoles indépendantes doit-il attirer notre attention ? Parce que leur situation est fragile, voire périlleuse. Ces parents ne demandent rien, acceptent même de payer sans moufter une deuxième fois une école qu’ils financent déjà par leurs impôts. En mettant leurs enfants « ailleurs » , ils contribuent même à délester les classes et, par voie de conséquence, sont une partie de solution à la pénurie de professeurs. Mais les bâtons dans les roues se multiplient. La réforme Blanquer du bac tend à asphyxier les lycées indépendants. Il force ces élèves à passer plus d’une dizaine d’épreuves en plus. En juin dernier, ces candidats n’ont bénéficié d’aucun accueil, certains ont même trouvé grilles closes au centre d’examen où ils avaient été convoqués, et c’est par un trou dans le grillage d’un hôtel Ibis voisin qu’ils ont réussi à entrer… rapporte, ironique et amère, Anne Coffinier.

Par ailleurs, s’il y a consensus politique sur le constat d’une école en déshérence, la menace du « séparatisme » est commode à agiter pour étouffer toute initiative de faire « autrement ». Le chiffon islamiste a bon dos. Anne Coffinier rappelle que les établissements sous influence des Frères musulmans qui ont fait parler d’eux jusqu’à présent – comme Averroès, à Lille – étaient… sous contrat.

Qu’importe. Un article du Parisien, en septembre 2020, rapportait que « de peur d’être accusé de stigmatiser une religion, Emmanuel Macron [voulait] élargir [le séparatisme] à d’autres domaines », qu’à l’Élysée, on préférait mettre le mot au pluriel, parler « des séparatismes » et qu’en la matière, « on [citait] les dérives de ces établissements scolaires catholiques qui nient le pacte républicain ». De là à dire qu’« indépendant » et « séparé » sont synonymes, il n’y a pas loin.

Il est pourtant important que ces écoles perdurent. Car elles sont la preuve qu’un autre modèle d’école, en 2022, est possible. Et en cette période de rentrée si morose, parents et enfants ont besoin d’espérance.”


Source : boulevardvoltaire.fr, “L’état de l’école vous désole, les déclarations de Pap Ndiaye vous affligent ? Il existe un autre modèle”, par Gabrielle Cluzel, publié le 11.09.22. https://www.bvoltaire.fr/letat-de-lecole-vous-desole-les-declarations-de-pap-ndiaye-vous-affligent-il-existe-un-autre-modele/

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