Tribunes libresLes femmes, héroïnes du confinement

27 mai 20202
https://educfrance.org/wp-content/uploads/2020/05/murial-with-two-women-with-hands-covering-eyes-1-1280x849.jpg

Que ferez-vous ce soir à vingt heures ? Comme moi, comme des millions de Français, vous applaudirez le personnel soignant. Mais aurez-vous une pensée pour les femmes ? Personnellement, j’en aurai une.

Soyons lucides : c’est surtout grâce à elles que les entrepreneurs, les salariés, mais aussi les élèves ont pu télétravailler, ont pu vivre dans l’intimité du foyer tout ce que nous vivons normalement dans les écoles, les cantines, les bureaux, les restaurants.  Parce que nous sommes bien habitués à ce que les femmes fassent bien plus que leur juste part, sans même plus prendre la peine de reconnaître ce rôle indu, encore trop déséquilibré, dans l’organisation de la vie.

Les femmes ont non seulement dû prendre le pli du travail à distance ou continuer leur travail en se risquant au-dehors pour les plus exposées (et les plus mal payées) d’entre elles, mais elles ont aussi dû prendre à nouveau sur leurs épaules la majeure partie de ces tâches supplémentaires : l’instruction des enfants privés d’école, la si délicate gestion du huis-clos domestique, et même la préoccupation de vieux parents auxquels le confinement interdisait d’apporter les soins nécessaires. Tout ce dont elles s’acquittent si bien… comme d’habitude. En quelque sorte, elles ont démontré à leurs nouveaux petits élèves de mathématiques qu’elles savaient calculer leur fameuse double journée … au carré. Lorsque certaines institutions font défaut, fût-ce temporairement et à leur corps défendant, elles les suppléent naturellement, sans rien dire.

Pour ceux qui s’intéressent aux sciences de l’éducation, demandons-nous pourquoi ce sont des femmes qui y ont apporté les contributions les plus décisives, les plus pratiques. Un seul nom que tout le monde connaîtra et reconnaîtra : Maria Montessori. Première femme à accéder au doctorat en Italie, elle reste l’intellectuelle et la praticienne la plus reconnue mondialement pour sa capacité, si actuelle, à renouveler le geste éducatif. La crise de la Covid, ironiquement féminisée il y a peu par un rare et louable souci de syntaxe, nous rappelle combien nous devons aux femmes, aux enseignantes et aux mères, avec notre parole mais aussi avec notre soutien.

Notre société, qui se glorifie d’égalité croissante, est en réalité plus éclatée et donc repose encore plus sur elles : qui a pensé au quotidien des familles monoparentales pendant le confinement ? Si le courage est grammaticalement un nom commun masculin, nous sommes nombreux à avoir vu, dans notre enfance, qu’il était surtout celui bien peu commun de la maternité. L’auteur de ces lignes, élevé par une mère veuve avec ses trois frères et sœur, sait ce que cela signifie de force et de dévouement. Cette crise nous oblige aussi donc, plus que jamais, à nous battre pour que les combattantes du quotidien soient pleinement reconnues, et valorisées pour ce qu’elles font, avec cette générosité dont nous avons encore constaté les admirables et infinies extensions.

En faisant ce constat, je veux rendre un hommage particulier aux enseignantes, à qui l’institution scolaire a confié les enfants du personnel soignant, dont l’essentiel du bataillon est encore une armée de soignantes. Au delà de cette seule crise, il me semble qu’il faudrait mettre davantage en valeur le rôle des femmes dans l’éducation, en particulier dans la recherche et dans la création d’institutions éducatives. Nous allons en effet avoir plus que jamais besoin de réfléchir à nos modèles éducatifs après cette expérience grandeur nature de travail à distance, avec ses succès mais aussi ses limites, notamment en termes de charge pour les enseignants et les familles, c’est-à-dire surtout les femmes qui assument ces responsabilités majeures. La Fondation Kairos pour l’innovation éducative sera attentive à cet enjeu dans la définition de sa politique de prix d’excellence et de bourses de recherche, comme dans le soutien aux familles et donc d’abord aux mères.

Cédric de Lestrange, cofondateur et administrateur de la Fondation Kairos pour l’innovation éducative- Institut de France

Diplômé de Sciences Po où il a lui-même enseigné, ancien élève de l’ENA, Cédric de Lestrange a consacré douze ans de sa vie à l’État. Il se passionne pour les questions éducatives.

2 commentaires

  • Julien Tiphine

    11 juin 2020 à 21 h 11 min

    Bravo ! Tellement vrai ! – et par ailleurs redoutablement bien écrit… 😉 Julien Tiphine.

    Répondre

  • André Viau

    12 juin 2020 à 8 h 30 min

    Excellent article. Bravo Cédric!

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués : *

Nous utilisons des cookies pour vous offrir la meilleure expérience en ligne. En acceptant, vous acceptez l'utilisation de cookies conformément à notre politique de confidentialité des cookies.

Privacy Settings saved!
Paramètres de confidentialité

Lorsque vous visitez un site Web, il peut stocker ou récupérer des informations sur votre navigateur, principalement sous la forme de cookies. Contrôlez vos cookies ici.

Veuillez noter que les cookies essentiels sont indispensables au fonctionnement du site, et qu’ils ne peuvent pas être désactivés.

Pour utiliser ce site Web, nous utilisons les cookies suivant qui sont techniquement nécessaires
  • wordpress_test_cookie
  • wordpress_logged_in_
  • wordpress_sec

Refuser tous les services
Accepter tous les services