L'ECOLE DEHORSLes Ecoles ETRE : Une solution pour l’économie de demain dès aujourd’hui ! (Mediapart)

29 janvier 20210
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Mieux former aux enjeux du développement durable : réduction de l'empreinte écologique, transition énergétique... autant de besoins qui appellent des compétences nouvelles. Tel est le défi des écoles ETRE.

“Chacun s’accorde à reconnaître que l’évolution des métiers et des compétences est une condition sine qua non de la réussite de la transition écologique. La formation aux métiers de la transition, c’est le défi que se sont posées les écoles de la Transition Écologique : former des jeunes en recherche d’orientation et de sens aux métiers manuels de la transition écologique.

Notre société a besoin de transformations. Les signaux écologiques et sociaux sont aussi clairs que nombreux : dérèglement climatique, destruction de la biodiversité, inégalités sociales, décrochage scolaire… Une société plus résiliente, plus inclusive et plus durable est atteignable et passe nécessairement par de nouveaux modèles économiques, de nouveaux métiers et donc de nouvelles compétences. Chacun s’accorde à reconnaître que l’évolution des métiers et des compétences est une condition sine qua non de la réussite de la transition écologique. Ceci ne concerne pas seulement les métiers directement liés à la protection de l’environnement. Tous les métiers seront impactés et auront un rôle à jouer dans la transition écologique. Le besoin de nouvelles compétences va toucher tous les métiers et tous les niveaux d’éducation et de formation. La réussite de la transition dépend d’une évaluation des compétences disponibles sur les différents territoires de la France et de la mise en place de programmes de formation et de reconversion adaptés [1].

Former aux compétences avant que les besoins surgissent – un défi qui déterminera la réussite de la transition écologique

À l’heure où notre jeunesse est particulièrement impactée par la crise que nous traversons, l’ADEME prévoit que la transition va créer 800 000 emplois équivalent temps plein supplémentaires à l’horizon de 2050 [2]. En plus de cet impact – déjà positif – de la transition écologique sur la création d’emplois, une étude publiée récemment par le WWF soutient la thèse qu’un investissement dans une “relance verte” contribuera à soutenir l’emploi en France rapidement et durablement. Selon cette étude, plus d’un million d’emplois pourraient être soutenus grâce aux secteurs de la transition écologique à travers toute la France d’ici 2022 [3]. Beaucoup d’entreprises sont sincèrement engagées dans la transition écologique mais le manque de compétences pratiques risque de représenter un frein dans le passage à l’échelle. Force est de constater qu’aujourd’hui la formation aux métiers verts et l’adaptation des formations en métiers verdissants n’est pas assez développée pour répondre aux besoins que nous aurons demain selon ces projections. Un des défis les plus urgents auquel la transition écologique fait face aujourd’hui est d’éviter qu’un manque de formation devienne un goulot d’étranglement du développement d’une économie verte.

Multiples sont les témoignages de filières fortement touchées par la transition écologique qui souhaitent recruter mais ont des difficultés à trouver des employés aux compétences adaptées. Le CNEFOP [4] a identifié quatre secteurs d’activité avec un fort besoin de formation en vue de la transition écologique. Selon lui, les secteurs les plus en tension en lien avec la transition écologique sont la filière bâtiment, l’agriculture, les filières liées au développement des énergies renouvelables ainsi que les filières industrielles liées à la gestion, au recyclage et à la valorisation des déchets. La filière électrique a également fait des recherches en termes de métiers en tension. Selon une étude de l’EDEC publiée en octobre 2020 [5] parmi une centaine de métiers de l’électrique, 23 métiers sont en tension. Ces métiers sont à compétences et niveau de qualification divers et vont du technicien de maintenance à l’installateur photovoltaïque en passant par le chef de projet ou le soudeur. Les compétences techniques et manuelles qui incluent la transition écologique sont donc largement demandées par de multiples secteurs dès aujourd’hui. Le manuel est au cœur de la transition écologique et il est nécessaire d’y former d’un point de vue économique autant que philosophique. Philosophique car le retour du manuel rejoint un deuxième défi auquel notre société fait face aujourd’hui : les questions de plus en plus bruyantes de la quête de sens au travail.

Concilier recherche de sens et travail – un défi sociétal d’actualité 

Trouver du sens dans notre travail se traduit par de l’énergie, de la motivation et du plaisir dans ce que nous faisons. La question du sens est étroitement liée à la condition humaine et sa quête se manifeste de plus en plus au travail, où s’incarne aujourd’hui une bonne partie de nos désirs et de nos besoins d’accomplissement de nous-mêmes, de contribution et d’utilité. Le travail permet certainement d’assurer la subsistance, mais cela n’est pas son seul intérêt. Le travail est avant tout une activité par laquelle une personne se définit et s’insère dans le monde, qui permet d’actualiser son potentiel et de créer de la valeur, ce qui lui donne, en retour, le sentiment d’accomplissement et d’efficacité personnelle, voire peut-être un sens à sa vie [6].

Cette quête de sens du travail pousse de nombreux employés et diplômés à se reconvertir au manuel. Selon l’APEC 14 % des jeunes diplômés auraient déjà changé significativement d’orientation professionnelle [7]. Les personnes qui travaillent dans le manuel se plaignent rarement du manque de sens au travail car ils voient un effet direct de leurs actions dans le monde et savent que ces actions sont réellement les leurs. C’est le point que met en avant Matthew Crawford dans son livre L’éloge du carburateur : les compétences manuelles ont une signification plus large. Si nous n’avons pas le sentiment de pouvoir avoir un effet sur le monde, nous ne nous en sentons probablement pas responsable. Selon lui, la maîtrise intellectuelle du monde dépend d’une prise en main littérale et active de celle-ci.

Le “sens” au travail peut donc avoir de multiples facettes. Il peut se traduire par la volonté de voir un résultat concret de son travail, par la manière que le travail est effectué et valorisé au sein de l’entreprise, ou bien c’est la finalité du travail et son impact positif sur les crises sociales et environnementales qui donnent le sentiment de “sens” au travail [8]. Auprès des jeunes cette tendance de vouloir participer à “l’intérêt général” par le biais du travail est déjà bien accueillie, au point que plus de trois jeunes sur cinq souhaitent travailler dans le secteur de l’Économie sociale et solidaire pour se sentir utile [9]. Les métiers de la transition écologique répondent donc aux interrogations que beaucoup de travailleurs et jeunes se posent. Le désir de reconversion et de formation vers des emplois qui contribuent à quelque chose de plus grand que soi, comme la transition écologique et sociale, devrait s’accroître, par nécessité autant que par choix. Une forte augmentation de la demande en formation initiale et continue sur ces sujets est par conséquent prévisible.

Résoudre la contradiction fin du monde, fin du mois – le défi de la transition écologique et solidaire 

Après l’approvisionnement avec les compétences nécessaires et la quête de sens actuelle, le troisième défi auquel la transition écologique fait face aujourd’hui a été vécu en France de plein fouet par le mouvement des gilets jaune. Une écologisation de nos sociétés et de l’économie dont l’un des piliers ne serait pas la recherche d’une justice sociale ne peut pas fonctionner. Intégrer les moins fortunés dans une transition juste doit être au cœur de nos efforts. Fin du monde, fin du mois – le slogan utilisé pendant le mouvement des gilets jaunes est symptomatique de la difficulté à allier les questions de la transition écologique aux enjeux sociales. Pourtant, la justice sociale et la transition écologique sont intrinsèquement liées : les publics qui se posent aujourd’hui la question des fin du mois, seront demain les premiers touchés par la fin du monde. Les métiers de la transition écologique sont l’exemple même que cette opposition ne doit pas exister car ils représentent une opportunité forte pour entraîner les classes populaires. Hier, elles ont subi de plein fouet les fermetures d’usines. Aujourd’hui, avec la création de nouveaux emplois non-délocalisables à tous les niveaux de qualification, la transition écologique peut donner une perspective d’emploi stable et rémunéré. Les métiers de la transition permettent à la fois d’assurer la fin du mois et de devenir un acteur du changement.

Les Ecoles ETRE – une réponse à ce triple défi 

Par l’approche de la formation au métiers de la transition écologique, Les écoles de la transition écologique (ETRE) répondent à ce triple défi : l’approvisionnement de l’économie de demain en compétences nécessaires, réponse à la quête de sens au travail ainsi que l’intégration de la dimension sociale comme pilier fondamental de la transition écologique. Mais cela n’est pas tout. En plus, ils répondent à une demande sociale de prise en charge de jeunes sortis du système scolaire sans diplôme. Les écoles ETRE sont une solution cohérente et d’avenir à ces défis et elle fait ses preuves chaque jour sur différents territoires. La formule est simple : proposer des parcours de formations pratiques aux métiers de l’environnement pour des jeunes de 16 à 25 ans.

 © Les Ecoles de la Transition Ecologique
© Les Ecoles de la Transition Ecologique

En allant de la remobilisation jusqu’à la qualification, les formations ETRE se complètent et mettent en œuvre une dynamique de parcours permettant aux jeunes à forts besoins de raccrochage d’évoluer jusqu’à l’obtention d’un diplôme. Cette notion de parcours est essentielle dans les écoles ETRE, car au-delà d’une formation, l’objectif est que le jeune se voit grandir, se rende compte des nouvelles compétences acquises et construise une conscience de soi, de son potentiel et ses limites. Par un travail d’accompagnement intensif, les jeunes sont amenés à trouver une orientation professionnelle qui a du sens, tant pour leurs parcours et intérêts particuliers que pour la société dans son ensemble.

Au sein de ces différents dispositifs proposés au sein d’une école, huit secteurs d’activités sont abordés : les énergies renouvelables, l’habitat durable, l’agriculture biologique, l’alimentation durable, la gestion des déchets, la mobilité de demain ainsi que la médiation ou l’animation nature. Chaque école ETRE a sa propre couleur, une spécialisation qui répond aux besoins de son territoire. Par un maillage du territoire fort et des étroites partenariats avec des entreprises et filières du territoire, les écoles de la transition écologique se tiennent informés des métiers en tension, des compétences recherchées et des développements des prochaines années pour répondre au mieux aux besoins de l’économie d’aujourd’hui et de demain.

Afin d’éviter que les déficits de compétences deviennent un goulot d’étranglement qui entrave la réussite de la transition écologique, les écoles ETRE sont depuis 2020 entrés dans une logique d’essaimage sur tout le territoire français. Notre société a effectivement besoin de transformations et la diffusion des écoles de la transition écologique et la formation aux métiers de demain sont un pilier central qui nous amènera à cette société plus résiliente, plus inclusive et plus durable pour laquelle nous œuvrons tous !”

 

Pour la Fondation ETRE, Lil RIMSA

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Sources : 

[1] LE TENO, Hélène (2013) : Cartographie de la transition carbone. Un projet collectif ambitieux : emplois, pouvoir d’achat territoires. Des enjeux de financement. The Shift Project.

[2] ADEME (2013) : L’évaluation macroéconomique des visions énergétiques 2030-2050 de l’ADEME. Ademe.

[3] WWF France (2020) : Monde d’Après : l’emploi au cœur d’une relance verte. 

[4] CNEFOP, CNFPTLV (2015) : Propositions de priorités nationales de formation liées à la transition écologique et recommandations pour les futurs CPRDFOP.

[5] PWC (2020) : Etude prospective emplois et compétences de la filière électrique. EDEC.

[6] MORIN, Estelle (2016) : Donner un sens au travail. Récupéré sur : https ://orius.fr/2016/10/12/estelle-m-morin-donner-un-sens-au-travail/

[7] GIRARDEAU, Sophie (2016) : Reconversion : même les jeunes s’y mettent !. Monster.

[8] POLET, Laurent : La quête de sens au travail : une question de générations ?. Programme Octave.

[9] BLUTEAU, Pauline (2018) : Les jeunes privilégient les métiers qui “ont du sens”. Orientation Education.

 

Pour aller plus loin : 

CRAWFORD, Matthew (2010) : Éloge du carburateur. Essai sur le sens et la valeur du travail. Cahiers Libres La Découverte.

GOODHART, David (2020) : La Tête, la main, le coeur. La lutte pour la dignité et le statut au 21e siècle. Les Arenes Eds.


Source : blogs.mediapart.fr, “Les Ecoles ETRE : Une solution pour l’économie de demain dès aujourd’hui !”, publié le 28/1/21 par Les Ecoles de la transition écologique. https ://blogs.mediapart.fr/les-ecoles-de-la-transition-ecologique/blog/280121/les-ecoles-etre-une-solution-pour-leconomie-de-demain-des-aujourdhui

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