INSTRUCTION EN FAMILLE IEFLe Parisien – Covid-19 : ces parents qui retirent leurs enfants de l’école pour les instruire à domicile

23 janvier 20220
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Des familles, hostiles au port du masque à l'école, ont fait le choix de déscolariser leur famille. Portrait.

“Échaudés par le port du masque à l’école et les contraintes liées à la crise sanitaire, de plus en plus de parents choisissent de déscolariser leurs enfants et se rapprochent d’associations qui promeuvent l’instruction en famille.

On crie, on chahute, on se rentre dedans. La scène qui se déroule, en ce début du mois de janvier, dans ce discret square du centre de Paris (IIIe), a de faux airs de cours de récré. Pour la petite bande d’enfants de 5 à 13 ans qui batifolent ici, bonnets sur la tête, c’est pourtant une autre rentrée scolaire qui se déroule, quelques jours après la reprise officielle de la classe.

Nulle école buissonnière pour ces petits, tous en âge d’être scolarisés, qui naviguent loin des bancs de l’école en plein après-midi. À voir leur bouille ronde et dépourvue de tout bout de papier ou de tissu, nulle obligation du port du masque non plus, nul protocole sanitaire contraignant à respecter. Leurs parents — en grande majorité des femmes — qui bavardent à côté sont… aussi leurs enseignants.

Ils font, disent-ils, de « l’instruction en famille » (IEF) et choisissent une fois par semaine de se donner rendez-vous dans ce square pour sortir de la maison et sociabiliser leur enfant sur les conseils des associations les Enfants d’abord (LED’A) et l’École de la vie. « Et elle alors ? Elle, c’est une nouvelle ? » s’enquiert Claudia, une maman organisatrice, avant de se reprendre : « Mais non ! On se connaît depuis longtemps, nous ! Vous êtes de Montreuil non ? On a beaucoup d’adhérents à Montreuil. » En ce début d’année, de nouvelles têtes apparaissent, venues grâce au bouche-à-oreille ou par le biais des réseaux sociaux, à la faveur de la crise sanitaire.

Pas de maîtresse, mais un « parent instructeur »

C’est le cas de Marlène (son prénom et celui de sa fille ont été modifiés), venue avec Mahaut, sa fillette blonde de 6 ans, qui avance timidement vers les autres enfants. La jeune quadra a « fait le grand saut », selon elle, depuis quatre jours. En décembre, elle a dit « stop », confie-t-elle, quand la directrice de l’école privée catholique de sa fille, dans l’est de la capitale, lui a indiqué que Mahaut serait désormais obligée de porter son masque en classe. « Jusque-là, on avait réussi à avoir un certificat médical demandant une exception pour des raisons médicales. Un autre petit garçon de sa classe était concerné. Mais il y a eu des signalements et, finalement, on a eu un rappel à l’ordre », déplore Marlène.

Pour cette sophrologue indépendante, qui peut facilement adapter ses horaires de travail, cette nouvelle contrainte a été « positive », assume-t-elle. « C’était l’argument qui me manquait pour retirer ma fille de l’école », se félicite cette maman, par ailleurs non-vaccinée, qui a voulu « prendre une part active à sa santé, comme celle de (s)a fille ». Désormais, tous les matins, Mahaut joue une petite heure dans sa chambre avant de commencer l’école à la maison. Sa maman est aussi sa maîtresse ou plutôt son « parent instructeur », comme le revendique l’association.

« Pour l’instant, ça se passe très bien. Je ne vois pas ce qui me pousserait désormais à la remettre à l’école », confie Marlène. Dans le square, au moins deux autres familles sont des nouvelles recrues arrivées dans le sillage du Covid, soit environ 10 % des personnes présentes. Un regain d’intérêt qui a un lien direct avec la crise sanitaire et la nouvelle vague du variant Omicron.

L’instruction à domicile gagne du terrain

« Nous avons enregistré une hausse des adhésions en décembre, confirme Alix Fourest, coprésidente et porte-parole de l’association Laia (Libres d’apprendre et d’instruire autrement). Pendant les vacances scolaires, le téléphone n’a pas arrêté de sonner. C’était 5 à 10 appels par jour au siège de l’association, même le 1er janvier, et ça ne s’arrête pas », relève-t-elle encore. « En 2020, l’association les Enfant d’abord a aussi connu une forte hausse des adhésions, de 500 à 1500, rapporte aussi Claudia Renau, agrégée de géographie et membre active de LED’A à Paris, qui estime qu’il y a eu cette année-là un afflux de familles en octobre, lorsque le masque est devenu obligatoire à l’école.

Difficile cependant de quantifier le mouvement et le succès réel de cette tendance qui regroupe une galaxie très hétéroclite de familles. Du côté du ministère de l’Éducation nationale, on souligne que l’instruction à domicile, en hausse dans notre pays, concernait quelque 30 000 familles en 2017 et 35 000 en 2019. « Aucune statistique n’est disponible depuis le début de la crise sanitaire », poursuit-on au ministère. De leur côté, les associations estiment aussi que la nouvelle loi du 24 août dernier — dont les décrets sont attendus en février — a aussi servi d’appel d’air. En clair, ce texte, qui sera appliqué à la rentrée scolaire de septembre prochain, devrait encadrer davantage la pratique en la soumettant à l’autorisation du chef (fe) d’établissement de l’enfant concerné. « Les familles intéressées ont basculé plus rapidement cette année », estime-t-on à Laia. « De nouveaux profils apparaissent. On recense de plus en plus de familles monoparentales. Parfois, ce sont les grands-parents qui s’occupent de l’instruction », rapporte aussi Alix Fourest.

Le jour tombe et, dans le square, il faut se dire au revoir. Marlène, qui a fait la connaissance de plusieurs mamans, est satisfaite de l’après-midi. « Il faut que j’arrive à m’organiser un peu pour nous permettre, à Mahaut et moi, de nous aérer et voir d’autres enfants », confesse-t-elle. C’est promis, elle parlera de ce rendez-vous hebdomadaire à l’une de ses amies. « Dans l’ancienne école de ma fille, j’ai été surprise de voir à quel point les parents d’élève de sa classe étaient intéressés par ma démarche. »


Source : leparisien.fr, “Covid-19 : ces parents qui retirent leurs enfants de l’école pour les instruire à domicile”, publié le 23.1.22 par Bérengère Le Petit. https://www.leparisien.fr/societe/covid-19-ces-parents-qui-retirent-leurs-enfants-de-lecole-pour-les-instruire-a-domicile-23-01-2022-IF7WD74NJNFL7JW4Q62XKX76UI.php

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