LES CHEMINS DE LA PENSEELe Monde – Réforme du lycée : le blues des profs de maths

4 janvier 20220
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Baisse du nombre de postes, désaffection des candidats et des élèves. Pourquoi les maths se portent-ils aussi mal ?

“Disparue du tronc commun, choisie comme spécialité par seulement 37 % des élèves de terminale, la matière, au programme très exigeant, ne fait plus recette.

La discipline reine de l’ancien bac scientifique est descendue de son piédestal, au grand dam de ses professeurs. Avec la réforme du lycée, le nombre d’heures globales attribué à chaque matière a été redistribué et les mathématiques font partie des grandes perdantes, avec une baisse de 18 % du nombre d’heures entre 2018 et 2020.

Cette évolution est la conséquence de la disparition des mathématiques du tronc commun des enseignements, mais aussi des choix des lycéens, expliquent les services statistiques du ministère de l’éducation nationale. En première, 64 % des élèves choisissent la spécialité mathématiques. Ils ne sont plus que 37 % en terminale en 2021, avec le passage de trois à deux spécialités. Une désaffection qui s’accentue : en 2020, 41 % des élèves optaient encore pour cette spécialité pour leur dernière année d’études secondaires.

Ces changements ne sont pas sans effet sur le nombre de postes d’enseignants. Les mathématiques ont perdu 33 340 heures en deux ans. Conséquence : pour la troisième année consécutive, le nombre de postes ouverts au Capes externe est en baisse. Entre 2020 et 2021, ce sont 132 postes proposés en moins. Le concours peine à faire le plein, il est vrai, faute d’attractivité du métier par rapport aux carrières et aux rémunérations dans le secteur privé. Tous les postes ne sont pas pourvus chaque année. Mais pour Sébastien Planchenault, président de l’Association des professeurs de mathématiques de l’enseignement public (Apmep), c’est bien la preuve que la réforme du lycée « obéit en réalité à une logique comptable ».

« Le programme est très ambitieux »

Dans les salles des profs, le stress s’installe. Anne Bey, professeure à Montpellier, craint des suppressions de postes dans son établissement si moins d’élèves demandent la spécialité mathématiques. « Une classe de seconde a été ouverte en cette rentrée. On a pu réserver les heures à notre jeune collègue qui sinon aurait perdu ce poste, mais comment cela va-t-il se passer si ça continue ? », s’interroge-t-elle.

La réforme du lycée a des conséquences sur le quotidien des enseignants. La spécialité, qui compte quatre heures de cours hebdomadaires en 1re et six heures en terminale, a été conçue avec un haut niveau d’exigence scientifique, qui ne correspond pas forcément à celui de tous les élèves. « Les parents n’ont pas fait le deuil des maths et poussent leurs enfants à prendre la spécialité, même s’ils n’ont pas le niveau. On se retrouve avec des groupes beaucoup plus hétérogènes qu’auparavant et on fait le grand écart », note Claire Lacaze, enseignante dans un lycée privé d’Antony, dans les Hauts-de-Seine.

« On ne cesse d’en parler entre collègues. Le programme est très ambitieux et pour certains, il est trop difficile », abonde Anne Bey. « Cela nous met mal à l’aise car on finit par dégoûter les élèves d’une matière que l’on aime », se désole-t-elle, en constatant qu’avec ces plus grandes différences de niveau, elle « arrive moins à faire progresser les élèves ». En terminale, plus d’un lycéen sur deux qui arrête la spécialité choisit malgré tout de suivre l’enseignement optionnel « mathématiques complémentaires ».

« La réforme a renforcé une vision élitiste de notre discipline », analyse Sébastien Planchenault. Les statistiques ne lui donnent pas tort : en terminale, les élèves d’origine sociale très favorisée sont surreprésentés parmi ceux ayant choisi cette spécialité (48 %).

« Nécessaire à tout citoyen »

Les professeurs regrettent la disparition des mathématiques du tronc commun au profit d’un enseignement scientifique qui mêle mathématiques, sciences physiques et sciences et vie de la Terre. Ils n’assurent que 6 % de ces cours. « En première, on est dans du tout ou rien, soit une spécialité très exigeante, soit l’abandon de la matière. Il manque quelque chose. Les mathématiques font partie de la culture générale nécessaire à tout citoyen. On peut faire des maths avec de la littérature, de l’histoire… C’est dommage de s’en priver », développe Sébastien Planchenault.

Claire Lacaze évoque, presque avec nostalgie, les mathématiques enseignées auparavant dans la filière littéraire : « Elles pouvaient réconcilier avec les maths du quotidien. Les élèves savaient comment fonctionne un emprunt bancaire, lire une carte de niveau en randonnée, calculer un taux moyen… »

Inquiets pour le devenir de leur discipline, les enseignants s’interrogent aussi sur les conséquences pour leurs élèves d’un abandon précoce des mathématiques. Sébastien Planchenault cite même une étude de l’université d’Oxford, publiée en juin, qui conclut que ne plus étudier les mathématiques affecterait le développement cognitif des adolescents de 16 à 18 ans. Sans aller jusque-là, les acteurs de l’enseignement supérieur commencent à se préoccuper de cette baisse d’intérêt pour cette matière. Selon les premières remontées collectées par l’association des professeurs de classes préparatoires économiques et commerciales, cette filière enregistre une baisse de 9 % de ses effectifs, que l’association attribue en partie au vivier plus restreint de « matheux » au lycée.”


Source : @lemonde.fr, “Réforme du lycée : le blues des profs de maths”, par Sylvie Lecherbonnier. Publié le 4.1.22. https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/01/04/reforme-du-lycee-le-blues-des-profs-de-maths_6108087_3224.html#xtor=AL-32280270-%5Bmail%5D-%5Bios%5D

 

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