ECOLE DU FUTURLe Monde – L’éducation nationale ajoute 1 h 30 de mathématiques en 1re générale à la rentrée 2022

22 mars 20220
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"A la rentrée 2022, 1 h 30 supplémentaire par semaine sera ajoutée au tronc commun des élèves de 1re générale qui ne suivent pas la spécialité mathématiques." Comment cette mesure est-elle accueillie par les enseignants ? Comment la financer ? Quels en sont les enjeux ? Décryptage dans cet article du Monde.

“Cette nouveauté ne concernera, en septembre, que les élèves de 1re qui ne suivent pas la spécialité maths. Une solution qui ne satisfait pas les enseignants de la discipline, qui la jugent précipitée après une polémique en pleine campagne présidentielle.

C’est décidé, l’éducation nationale se met « en ordre de marche » pour que les mathématiques reviennent par la petite porte au lycée. A la rentrée 2022, 1 h 30 supplémentaire par semaine sera ajoutée au tronc commun des élèves de 1re générale qui ne suivent pas la spécialité mathématiques. La mesure, qui devrait représenter 450 postes en équivalent temps plein (ETP), sera financée par des heures supplémentaires et des postes excédentaires déjà prévus au capes de mathématiques, fait-on savoir Rue de Grenelle.
L’éducation nationale a donc choisi de suivre la principale recommandation du comité d’experts, mandaté par le ministre Jean-Michel Blanquer pour trouver une solution à la question des mathématiques. Devenue une spécialité au choix à partir de la 1re – et suivie, en pratique, par une majorité de garçons (58 %) et de nombreux élèves d’origine sociale favorisée (46 %) –, la discipline était en recul, avec 18 % d’heures d’enseignement en moins, depuis la réforme du lycée entrée en vigueur à la rentrée 2019. Cet arbitrage, qui intervient après le début de la période de réserve ministérielle précédant l’élection présidentielle, devrait être précisé après remise du rapport d’expertise au ministre, lundi 21 mars.

« Pour l’instant, on ne peut que suivre les recommandations pour la rentrée 2022, c’est-à-dire faire en sorte d’ajouter 1 h 30 de maths en 1re pour les non-spécialistes », fait-on prudemment savoir Rue de Grenelle, en se gardant d’anticiper la vision du futur ministre de l’éducation, qui « pourrait faire d’autres choix pour les mathématiques à l’avenir ».

Augmenter la part de filles

La direction générale de l’enseignement scolaire (Dgesco) et le conseil supérieur des programmes (CSP) seront saisis rapidement pour permettre – en un temps record d’ici à la rentrée de septembre – de débloquer les heures et de préparer le contenu mathématiques de cette future discipline. Rebaptisée « enseignement scientifique et mathématiques », elle sera portée à 3 h 30 en 1re, contre 2 heures aujourd’hui où se mêlaient SVT, physique et mathématiques. L’objectif est de faire en sorte que les non-spécialistes puissent basculer en terminale sur l’option « mathématiques complémentaires », choisie pour l’instant par des élèves qui abandonnent la spécialité à la fin de la 1re.

Le comité d’expert, qui réunit les pilotes de la réforme du lycée mais aussi des inspecteurs généraux de mathématiques, a également demandé que des objectifs chiffrés soient actés pour augmenter la part des filles dans l’option « maths expertes », un complément de la spécialité en terminale, dont les élèves s’orientent majoritairement vers des études en sciences dures. « Quatre lycéennes en plus par établissement suffiraient à abonder les mathématiques expertes d’un contingent de 10 000 filles, soit 40 % du total de l’effectif », indique ainsi Pierre Mathiot, l’architecte de la réforme du lycée qui a piloté le comité. « C’est un petit objectif simple, facile à transmettre aux proviseurs », et qui devrait en principe être retenu, indique-t-il.

La question des mathématiques au lycée a pris un tour politique, ces derniers mois, après la diffusion de plusieurs bilans des choix des lycéens – dont les candidats à l’élection présidentielle Valérie Pécresse et Eric Zemmour se sont saisis pour dénoncer le « déclin » de la discipline. La création d’un comité d’expert, dans la foulée de ce débat, aboutit donc à réintroduire des mathématiques là où le ministre Blanquer lui-même avait choisi de les rendre optionnelles. A la surprise générale, le candidat Macron s’est à son tour prononcé pour le retour des « mathématiques dans le tronc commun et au baccalauréat », le 7 mars, alors que le comité d’experts était en plein travail.

« Beaucoup d’incohérence »

Le fait que cette solution – qui existait parmi d’autres – soit retenue ne surprendra donc pas les enseignants, qui ont fait part, depuis les « fuites » du rapport d’expertise la semaine dernière, de leur déception. « On se doutait un peu que ce serait ça, indique Sébastien Planchenault, le président de l’Association des professeurs de mathématiques (Apmep). Mais cette solution ne paraît pas satisfaisante au regard des autres problèmes que pose la réforme du lycée, et notamment le fait qu’il n’y ait qu’un profil unique de mathématiciens, ceux qui se destinent aux sciences. »

L’histoire ne dit pas, en revanche, si une épreuve de mathématiques de tronc commun sera réintroduite au baccalauréat – comme l’avait laissé entendre Emmanuel Macron – ou si la discipline restera au contrôle continu. Certains experts se sont prononcés pour, quand d’autres y voient la porte ouverte à d’autres revendications de disciplines qui réclameraient, à leur tour, ce retour symbolique parmi les épreuves finales.
« Il nous semble voir beaucoup d’incohérence dans ce qui est proposé, souligne Anne Cortella, enseignante-chercheuse à l’université de Montpellier et membre du bureau de la Commission française pour l’enseignement des mathématiques (CFEM). Certains élèves auront 1 h 30 de mathématiques en 1re, d’autres 4 heures, et ils devraient se retrouver ensemble dans l’option maths complémentaire en terminale ? »

Plusieurs associations et sociétés savantes s’étaient, en effet, prononcées en faveur de la création d’une deuxième spécialité, à destination des élèves qui souhaitent avoir un bagage scientifique sans forcément choisir les sciences dans le supérieur. Dans une tribune parue dans Le Monde, un groupe de sociétés savantes et d’associations dont l’Apmep et la CFEM réclamaient une « réflexion de fond sur la structure du lycée issue de la réforme », et notamment sur « le nécessaire équilibre entre sciences et humanités, actuellement en défaveur des sciences ». Les associations réclamaient aussi la possibilité de garder les trois spécialités choisies en 1re jusqu’à la fin de la terminale. « Nous aurions préféré attendre un an de plus et obtenir un vrai changement de fond », plaide ainsi Anne Cortella. C’était sans compter sur l’échéance présidentielle, et sa capacité à précipiter les calendriers.”


Source : lemonde.fr, “L’éducation nationale ajoute 1 h 30 de mathématiques en 1re générale à la rentrée 2022”, publié le 21.3.22 par Violaine Morin. https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/03/21/l-education-nationale-decide-l-ajout-de-1-h-30-de-mathematiques-en-1re-generale-a-la-rentree-2022_6118448_3224.html

 

 

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