LES CHEMINS DE LA PENSEELe Monde – Election présidentielle 2022 : « L’école a besoin de changer en profondeur »

5 janvier 20220
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Une tribune quelque peu iconoclaste, signée d'un professeur d'EPS, qui propose de repenser l'ensemble du système éducatif à la veille de la présidentielle.

“A trois mois d’une échéance présidentielle qu’il espère porteuse de changements pour l’école, Maxime Scotti, professeur d’EPS en collège, plaide, dans une tribune au « Monde », pour voir émerger un vrai débat sur le fonctionnement du système scolaire.

A l’horizon 2022, rien de nouveau ? Tout le monde s’alarme sur le cas de l’école. Les enquêtes PISA les plus récentes placent la France parmi les pays de l’OCDE les plus inégalitaires en termes d’éducation, avec des résultats très loin des pays les plus performants. Mais aujourd’hui, alors que l’élection présidentielle offre des perspectives de changement, que nous propose-t-on ? On panse les petits bobos d’une école morcelée…
Qu’il s’agisse de valoriser les filières professionnelles pour Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise), du développement d’enseignements pratiques pour Yannick Jadot (Europe Ecologie-Les Verts), de doubler les salaires des enseignants pour Anne Hidalgo (Parti socialiste), d’augmenter le nombre d’heures d’école pour Fabien Roussel (Parti communiste), de se focaliser sur les « fondamentaux » pour Valérie Pécresse (Les Républicains) ou d’introduire l’uniforme pour Marine Le Pen (Rassemblement national)…
Tous les candidats cherchent à rajouter de nouvelles mesures pour compenser ou renforcer le système actuel. Les uns visant l’égalité d’accès et de réussite mais n’avançant que des demi-mesures, bien trop faibles pour y trouver de réelles réponses. Les autres défendant des mesures conservatrices dont les conséquences ne peuvent être que de nature à maintenir l’ordre des positions sociales établi et pérennisé par l’école actuelle.

Cependant, ce dont l’école a besoin n’est pas la mise en place d’une énième mesure compensatoire trop légère pour contrer des problématiques éducatives bien trop complexes. Elle a besoin de changer, en profondeur, dans son organisation et sa structure pour proposer un parcours de formation unifié et égalitaire. L’école doit faire peau neuve, en somme.

Rupture entre deux mondes professionnels

La réforme du collège unique, portée par la loi Haby de 1975, a eu pour ambition d’assurer à tous les élèves jusqu’à leurs 16 ans une égalité d’accès aux mêmes enseignements. Une véritable révolution intervient alors pour rompre avec un système en deux écoles, celle des classes populaires (le primaire) et celle des classes bourgeoises (le secondaire). Le choix est donc fait d’unifier ces deux structures sous la forme que l’on connaît en préservant les classes du primaire jusqu’au cours moyen 2 (CM2), et celles du secondaire de la 6e à la terminale. Une liaison entre deux systèmes diamétralement opposés qui, depuis, a fait la preuve de sa rupture.

Du côté des enseignants, la rupture est certaine. L’unification des systèmes a laissé perdurer des statuts différents entre enseignants du primaire et du secondaire. Conditions de travail, rémunération, temps de travail, rapport au savoir, rapport hiérarchique, reconnaissances institutionnelles… Cette entreprise n’a fait qu’entretenir la distinction entre deux corps enseignants qui peinent à se reconnaître l’un et l’autre. Cette rupture entre deux mondes professionnels devant répondre aux mêmes enjeux n’est pas sans conséquences sur le parcours des élèves. En effet, le passage vers le collège dont le fonctionnement repose, historiquement, sur celui de l’école de la bourgeoisie, représente une véritable épreuve pour les élèves et leur famille les moins favorisés.

Depuis des décennies, les politiques se succèdent avec comme objectif de combler un déficit culturel de ces familles pour éviter de se poser la question qui leur coûterait certainement trop : celle de l’égalité des chances. Comment transformer le système scolaire, en profondeur, pour permettre à chaque enfant, quelle que soit sa classe sociale, de vivre la même école et de prétendre aux mêmes chances de réussite ? A cette question, la réponse ne réside pas dans des demi-mesures conservatrices. Il faut repenser l’école dans son ensemble, comme un système unique, complexe et cohérent capable de s’adapter aux problématiques scolaires d’aujourd’hui et de demain.

Tourner le dos au conservatisme

La crise sanitaire vient renforcer cet argumentaire. Lorsque, en mai 2020, le choix est fait d’un déconfinement progressif, avec un retour à l’école des élèves de primaire, se pose le problème de la densité d’élèves par salle de classe. Les écoles possédant un nombre limité de salles et d’enseignants, décision est prise de ne pas accueillir tous les élèves en même temps. Et pourtant, au même moment, l’ensemble des collèges et des lycées étaient désertés et les enseignants travaillaient en distanciel.

Pas une seule fois n’a été évoquée la possibilité d’unir le système éducatif en mobilisant bâtiments, salles de classe et professeurs pour accueillir en toute sécurité l’ensemble des élèves du primaire. Est-ce réellement le reflet d’une adaptabilité face à une situation complexe ?

Comment l’école peut-elle avoir la prétention de résoudre des problématiques éducatives qui pèsent sur elle depuis des décennies quand elle n’est pas capable de se réorganiser humainement, spatialement et temporellement pour répondre à une situation qui nous concerne tous ? Si la crise sanitaire est un exemple, il n’est pas le seul à avoir touché notre institution ; l’assassinat de Samuel Paty, en octobre 2020, en est un deuxième.

L’école doit se donner les moyens d’apporter des réponses à la hauteur des événements face auxquels elle se doit d’agir. La campagne électorale peut être l’occasion de repenser notre système éducatif. Mais pour cela, les candidats doivent accepter de tourner le dos au conservatisme et faire preuve d’ambition. Ils doivent se faire accompagner par des pédagogues reconnus qui connaissent et pensent l’école dans sa totalité s’ils veulent enfin prétendre pouvoir répondre aux enjeux de demain.”

Maxime Scotti est professeur d’EPS en collège.


Source : lemonde.fr, “Election présidentielle 2022 : « L’école a besoin de changer en profondeur »”, publié le 4.1.22. Par Maxime Scotti. https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/01/04/election-presidentielle-2022-l-ecole-a-besoin-de-changer-en-profondeur_6108110_3224.html

 

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