PEDAGOGIES ALTERNATIVESLa Vie – La pédagogie globale du jésuite Pierre Faure permet aux enfants d’apprendre autrement

4 janvier 20220
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L'école Joie de Vivre, établissement privé et catholique à Strasbourg, porte bien son nom. Elle fait travailler les enfants dans le cadre d'une pédagogie fortement influencée par la pensée de Maria Montessori, celle du Père Faure, qui valorise la bienveillance et le travail en groupe.

“L’école Joie de vivre, à Strasbourg, propose la méthode innovante du père Faure. Elle est active, personnalisée et communautaire.

Un géant blond aux lunettes embuées à cause du masque arrête son triporteur devant l’école. Il conduit son fils, Rémi, en classe de maternelle. « Nous apprécions l’autonomie laissée aux enfants, néanmoins plus cadrés que dans une école Steiner, par exemple. Ils apprennent aussi le sens de la communauté et l’ouverture aux autres », résume Florian, 27 ans, abonné à La VieMoins connu que Maria Montessori dont il s’est inspiré, le jésuite Pierre Faure a développé une pédagogie innovante, dite personnalisée et communautaire, dans les années 1950.

Des exercices adaptés à chacun des élèves

Au CP, c’est l’heure du travail en autonomie. Installés derrière leurs bureaux, les élèves sont absorbés par leur activité. Chacun a une obligation de travail, mais le choix de l’exercice est adapté à sa progression. L’un assemble des formes géométriques, l’autre relie une image au mot correspondant. Comme dans la pédagogie Montessori, la manipulation est favorisée. L’activité est autocorrective, ou validée par l’enseignante lorsqu’elle est achevée.

« Les profils très hétérogènes font de nous des “enseignants chercheurs” », explique, volubile, leur professeure, Françoise, « afin d’adapter et de trouver ce qui pourrait être débloqué. » Ici sont en effet également scolarisés des enfants aux parcours de vie chaotique ; certains sont placés en maison d’accueil, d’autres ont des difficultés d’apprentissage, parfois un handicap.

Tout un pan de mur est consacré aux outils pédagogiques : lettres rugueuses pour découvrir l’alphabet, pistes graphiques pour améliorer la motricité fine, pots numérotés avec des signes (> ou <) pour la numération. « J’ai découpé et plastifié 14 000 pièces, estime cette passionnée. S’adapter aux compétences réelles de l’enfant est la clé de cette pédagogie. »

Conseil de coopération

Au moment de la récréation, Taïna, en CM1, réconforte une maternelle en larmes : « Elle va arriver, ta maîtresse, viens jouer avec moi dans la cour. » Emmitouflée dans sa doudoune rose pâle, Fanny surveille. Cette professeure de 34 ans aux cheveux roux se souvient de son stage d’observation au cours secondaire d’Orsay, dans l’Essonne : « J’ai été frappée par le calme qui régnait dans toutes les classes, de la maternelle à la terminale. L’accent est aussi mis sur la bienveillance et la coopération. »

Elle enseigne en petite et moyenne section, un double niveau créé l’an passé, dans la droite ligne d’un enseignement personnalisé : « Ceux qui s’ennuient sont frustrés et finissent par faire des colères difficiles à gérer, tandis que ceux en échec se démotivent. Là, chacun avance à son rythme. » Et tout le monde s’y retrouve.

Assise par terre, au milieu de ses 23 élèves de CM1, Céline agite une clochette. « Je déclare le conseil de coopération ouvert ! » Chacun est invité à partager son humeur en présentant sa main levée, à plat ou pointée vers le bas. « Je suis ravie de voir que le dépôt de plaintes est vide », poursuit-elle en brandissant un grand bocal transparent.

Plusieurs enfants lèvent la main et proposent d’organiser un tournoi de football, un jeu à la récré, un pique-nique de classe. Pharell prend ensuite la parole : « Je félicite Bryan car il n’est plus dans les embrouilles. Il ne dit plus de gros mots, il ne frappe plus. » L’intéressé pique du nez. L’enseignant se tourne vers lui. « Tu es fier ? On a tous remarqué que tu avais fait des progrès. Que dis-tu ? » Le garçon intimidé murmure un merci.

Le conseil de coopération est un lieu de propositions, de félicitations et de résolution des problèmes. Ainsi, tout incident peut être évoqué spontanément par un enfant, puis est réglé en groupe. Les cheveux blonds retenus par un bandana, Léonard lève la main : « J’oublie mes affaires et ça me stresse. Un camarade suggère : — Le soir, il peut écrire sur un papier ce qu’il doit mettre dans son cartable. — Mais j’oublie aussi à la garderie… — Il faudrait que quelqu’un l’aide après la garderie. Qui est là tous les soirs ? » Trois doigts se lèvent et Céline désigne une volontaire.

« Très bien, problème réglé. Autre chose ? » Une élève rompt le silence : « Lilian, il a traité Léo de chinois. Alors que d’abord il est même pas chinois. — Kevin et Léo, ils m’ont traité de gros », se défend l’accusé. « Ben oui, il fait 40 kg ! », proteste Léo, tandis que son comparse assure que ce n’était pas méchant. « Ça l’a blessé et rendu triste, observe l’enseignante. Je ne veux plus entendre aucun propos raciste ni sur l’apparence physique, d’accord ? C’est une question de respect. » Les élèves acquiescent gravement.

« Je déclare donc ce conseil fermé. Au prochain, il y aura un changement de ceintures. » Des étoiles s’allument dans les yeux des enfants. Céline secoue une boule de verre à paillettes que tout le monde fixe en silence jusqu’à leur dépôt. Tandis que les élèves regagnent leur place, elle précise en aparté : « Leur progression personnelle est jalonnée par des ceintures. À chaque couleur correspondent des attentes et des privilèges, comme le droit de descendre seul après la classe. »

Importance de l’ambiance

« Le climat dans l’école est très important », relève la directrice, Nadine Salaün, qui coordonne une équipe de plus de 35 personnes. Elle-même a découvert la communication non violente il y a sept ans. « Cela change la vie ! Les relations sont facilitées, car moins parasitées par nos interprétations, plus respectueuses de nos propres besoins et de ceux des autres. » Des compétences psychosociales également transmises aux élèves.

L’éducateur Julien a ainsi lancé des ateliers théâtre autour de la bienveillance. Dans une salle aux murs bleus, 13 élèves de CM2 entourent Jérôme Bernard, metteur en scène. Il les répartit en trois groupes, à charge pour eux de créer une saynète définissant des valeurs.

Sur la scène improvisée, les comédiens en herbe jouent le jeu. « Il ne faut jamais abandonner, tu pourras être coiffeuse plus tard », assure une actrice à une autre, déçue de la tresse qu’elle venait de faire. Le public applaudit. Vêtu d’une marinière grise, Timéo abonde : « Moi, quand on m’encourage, ça me donne de la confiance en moi. »

Cette conviction a donné naissance à la Semaine de la réussite organisée par Apprentis d’Auteuil. Chaque année, devant leurs familles, les donateurs et les partenaires, les élèves de CM2 sont récompensés pour leurs progrès, qu’ils soient scolaires ou humains (dépassement de soi, action citoyenne, etc.) « Ainsi sont mis en avant les talents de ceux qui n’investissent pas forcément les apprentissages scolaires, explique Nadine Salaün. L’enfant se découvre et est découvert autrement, de manière positive. »

Des parents qui s’investissent

L’effervescence règne en maternelle autour des bricolages de Noël. Des rennes rigolos, à base de rondelles en bois, sont assemblés. Plusieurs ateliers sont organisés le vendredi, assurés par les parents volontaires : lecture, jeu de société, bricolage…

Assise par terre, son bébé en écharpe lové contre elle, Noëlle lit une histoire à cinq élèves. « Une grosse colère lui sort alors de la bouche… »Les yeux fixés sur l’illustration, les enfants approuvent. « Moi, j’ai une boîte à colère chez moi, je crie dedans », commente une fillette. Comme Cyrielle, enseignante et responsable pédagogique, le souligne : « Les parents sont très demandeurs pour s’investir, on essaie de leur ouvrir les portes afin de réaliser un vrai partenariat, au bénéfice des enfants. » Le sourire de Wahil, bonhomme de 4 ans qui enlace sa maman, le confirme.

L’heure de la sortie sonne. Mère de trois enfants, dont la benjamine est scolarisée à Joie de vivre en CE1, Rachel attend dans la cour. « Ils les laissent beaucoup travailler par eux-mêmes », remarque d’emblée cette quadragénaire.

Outre la pédagogie, elle apprécie l’ambiance : « Tout le monde se connaît, c’est très familial. Moi, je suis catholique, mes enfants ne sont pas baptisés, il n’y a aucun jugement. Il y a des enfants musulmans ou d’autres confessions. Ils apprennent à se respecter. La religion n’est pas taboue ici et c’est précieux dans notre société parfois si cloisonnée. » Son fils Noah, en quatrième, confirme : « Ça forge des amitiés qui durent, même si on est maintenant dans des collèges différents. » Quand pédagogie rime avec bon esprit, l’enfant est plutôt bien parti dans la vie.”

Par Stéphanie Combe

 

Source : lavie.fr, “La pédagogie globale du jésuite Pierre Faure permet aux enfants d’apprendre autrement”, publié le 4.1.22 par Stéphanie Combe. https://www.lavie.fr/actualite/solidarite/la-pedagogie-globale-du-jesuite-pierre-faure-permet-aux-enfants-dapprendre-autrement-79669.php

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