Éditos et analyses“Je ne peux plus sortir seule” : sans réponse de la justice, une lycéenne victime de cyberharcèlement témoigne

18 février 20200
https://educfrance.org/wp-content/uploads/2020/02/oppression-women-violence-barbie-wrist-feminism.jpg

Une lycéenne reçoit des menaces de toutes sortes depuis l'automne 2018, la justice ne fait rien. Ses agresseurs ont mis une partie de leurs très nombreuses menaces à exécution, dans l'indifférence persistante d'un système judiciaire qui ne traite toujours pas vraiment les cas de harcèlement scolaire. Que faire ?

Son calvaire dure depuis plus d’un an et demi. Une lycéenne du sud de la France a choisi de témoigner anonymement, auprès de France Inter, des menaces qu’elle subit depuis l’automne 2018 et dénonce l’absence de réponses de la justice, malgré trois plaintes.

C’est un calvaire tristement banal que décrit cette adolescente. Chaque jour ou presque, depuis plus d’un an et demi, elle reçoit sur son téléphone “des menaces de mort, de viol, des provocations au suicides, ou des menaces envers [sa] famille“. Cette lycéenne de 17 ans, qui vit dans le sud du pays et qui a choisi de préserver son anonymat, par crainte de représailles, témoigne auprès de France Inter pour “que ça s’arrête” et que son affaire, et celles que vivent sans doute d’autres, “avance plus vite“.

Depuis l’automne 2018, c’est toujours depuis le même compte, anonyme, et sur le même réseau social qu’elle reçoit des messages d’insulte et de menaces. Au fil des semaines elle pense avoir identifié l’auteur, qui serait, selon elle, une jeune femme de son établissement. “Certains contenus citent par exemple clairement certaines personnes de son entourage” précise son avocate Flora Richard-Flachaire. Elle livre donc ces éléments à la police et porte plainte, à trois reprises. L’une d’elle est classée sans suite, faute de pouvoir identifier l’auteur des messages.

Une vie bousculée par les menaces

Pour l’adolescente, en revanche, le quotidien est toujours aussi compliqué. “Je ne peux pas sortir seule, il faut que je sois accompagnée de deux personnes“, raconte-t-elle : “même aller acheter le pain est devenu impossible“. Sa vie “a basculé“, conclut-elle sobrement.

La situation semble même avoir empiré il y a quelques semaines. “Les menaces ont été mises à exécution” raconte l’adolescente. “J’ai été agressée par trois individus sur la route de mon lycée, ils m’ont fait ingérer des produits sous la menace d’un couteau“, témoigne-t-elle, précisant avoir reçu le jour même des messages qui évoquaient cette agression. Ce jour-là, son état ne lui a pas permis de porter plainte, mais son avocate précise qu’elle attend une nouvelle convocation des enquêteurs.

Impossible d'”identifier l’auteur de ces messages”

En attendant, Me Flora Richard-Flachaire s’alarme de la durée de la procédure alors que l’intégrité physique de sa cliente est désormais clairement menacée. “Cela dure depuis plus d’un an et demi et on n’arrive pas à identifier l’auteur de ces messages” regrette l’avocate : “on a cruellement un manque de sécurité pour cette adolescente“.

La lycéenne, elle aussi, se désole de cette procédure judiciaire qui n’aboutit pour le moment à rien. “Est-ce qu’ils sont débordés ou que l’affaire est mise de côté ? Je ne sais pas” dit-elle sobrement. “La personne qui a pris ma plainte nous a expliqué que sur les réseaux sociaux c’est compliqué parce que les pseudonymes sont protégés et que, souvent, les entreprises qui gèrent ces réseaux ne sont pas en France” détaille l’adolescente.

Aucune nouvelle de la justice

L’été dernier, son avocate a saisi le parquet compétent pour contester le classement sans suite. L’enquête a été rouverte, comme nous le confirme le procureur, le 9 septembre dernier, sans plus de précisions. Mais cinq mois après, l’adolescente et son avocate sont sans nouvelles. Le procureur de la République explique simplement que l’enquête se poursuit et que le délai n’est “pas anormal“.

Visiblement, on manque de moyens pour identifier les personnes qui utilisent les réseaux sociaux“, regrette Me Flora Richard-Flachaire, qui s’alarme du message envoyé aux adolescents victimes. “Cette jeune mineure a réussi à se confier à son entourage et elle n’a pas de réponse : je m’inquiète pour tous les autres adolescents qui pourraient être victimes de menaces similaires et qui n’arriveraient pas à se confier“.

Sa jeune cliente, elle, ne regrette pas. “Je suis contente d’avoir parlé car j’ai trouvé du soutien, si je n’en avais pas parlé ce serait pire“, confie-t-elle, ajoutant : “mais cela ne fait pas tout“. Elle, qui se sait “soutenue“, mais ajoute : “je ne suis pas en pleine forme“. “C’est un mélange d’énervement, de dégoût et de peur : depuis plus d’un an et demi, c’est dur“.”


Source : franceinter.fr, ““Je ne peux plus sortir seule” : sans réponse de la justice, une lycéenne victime de cyberharcèlement témoigne”, paru le 18/2/20. Par Rémi Brancato. https ://www.franceinter.fr/justice/je-ne-peux-plus-sortir-seule-sans-reponse-de-la-justice-une-lyceenne-victime-de-cyberharcelement-temoigne

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués : *

Nous utilisons des cookies pour vous offrir la meilleure expérience en ligne. En acceptant, vous acceptez l'utilisation de cookies conformément à notre politique de confidentialité des cookies.

Privacy Settings saved!
Paramètres de confidentialité

Lorsque vous visitez un site Web, il peut stocker ou récupérer des informations sur votre navigateur, principalement sous la forme de cookies. Contrôlez vos cookies ici.

Veuillez noter que les cookies essentiels sont indispensables au fonctionnement du site, et qu’ils ne peuvent pas être désactivés.

Pour utiliser ce site Web, nous utilisons les cookies suivant qui sont techniquement nécessaires
  • wordpress_test_cookie
  • wordpress_logged_in_
  • wordpress_sec

Refuser tous les services
Accepter tous les services