IDEES«Il faut remettre en route l’ascenseur social par l’école!»

3 juillet 20200
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Excès de centralisation, abandon des territoires ruraux, nivellement par le bas. Cette tribune dénonce les errements des politiques éducatives mises en place par le Ministère. Il est important de rappeler que, par leur activisme dans les territoires et leur attachement à l'excellence académique, nombre d'écoles libres luttent contre ces phénomènes. Un exemple à suivre...

“À partir des témoignages de professeurs, d’acteurs du terrain, d’élus, de professionnels de l’éducation, l’Union des Jeunes pour le Progrès (UJP) présente un rapport, intitulé «Repenser le système scolaire français» pour établir un diagnostic et promouvoir une refonte de l’école républicaine. Sabrina Arnal, Alexis Lorendeaux et Gauthier Dabout sont les auteurs du rapport «Repenser le système scolaire français», issu de la Commission Éducation de l’Union des Jeunes pour le Progrès.

«L’École est devenue une béquille, plus qu’un tremplin», nous confie un professeur enseignant dans un lycée international de Nice. Si autrefois l’École permettait l’ascension sociale par le mérite et le travail, au point que près d’un tiers des élèves de Polytechnique, de l’École Normale Supérieure et de l’École Nationale d’Administration étaient d’origine populaire. Aujourd’hui, force est de constater que ce n’est plus le cas. L’école est en effet devenue un vecteur de reproduction sociale, en cela qu’elle reproduit plus qu’elle n’atténue les inégalités scolaires. Parmi les jeunes sortant de formation initiale avec uniquement un brevet, 55% ont un père ouvrier et 70% ont une mère non diplômée. Comment, dès lors, ne pas reconnaître que «l’ascenseur social» est en panne?

C’est ce dur constat qui nous a poussé à réaliser un état des lieux de l’École républicaine aussi complet que possible, en prenant pour base les témoignages de professeurs, d’acteurs du terrain, d’élus, de professionnels de l’éducation en somme, qui ont accepté de nous livrer leur expérience quotidienne, leur vision, et leurs ressentis sur le système scolaire. Cette enquête nous a mené à la rencontre de ces professionnels du secteur secondaire de l’Éducation nationale, issus de tous les territoires, afin d’en avoir la vision la plus précise et la plus fine possible et de saisir les mécanismes à l’œuvre, notamment dans les milieux ruraux.

Le système scolaire se révèle spatialement ségrégatif.

Partout, à la question de savoir si l’école agit comme un ascenseur social, les professeurs ont répondu par la négative ou ont apporté une réponse prudente et nuancée, ce qui est symptomatique du malaise qui traverse l’Institution. Les témoignages recueillis sont à cet égard très significatifs. On nous a ainsi expliqué que l’école n’arrive pas à compenser les inégalités en terme de capital culturel ; que pour réussir, il faut réunir certaines conditions particulières rattachées notamment au milieu dans lequel évoluent les élèves ; que l’école ne leur permet pas de se réaliser comme ils le souhaiteraient ; que les ambitions sont revues à la baisse, ce qui constitue un frein majeur à l’émancipation individuelle.

Par ailleurs, le système scolaire se révèle spatialement ségrégatif. Les milieux ruraux sont victimes de la conduite de ce qu’A. Azema et P. Mathiot désignent comme des «politiques parcellaires», au point qu’un Inspecteur de l’Education Nationale dénonce devant nous l’enclavement, le repli, la rupture entre une France qu’il qualifie de «France in» et une «France out». Faute de prise en compte des relais locaux, les besoins éducatifs particuliers des milieux ruraux sont partiellement ignorés, si bien que la cartographie scolaire mériterait d’être largement repensée. Là où les politiques de différenciation s’appliquent, elles se révèlent pour autant inefficaces. La Cour des comptes pointe dans ses rapports des écarts de 35% en mathématiques et 20% en français entre les élèves de REP+ et les élèves hors éducation prioritaire. De même, les professeurs nous ont confié leur détresse face à la misère sociale régnant dans les quartiers et les difficultés scolaires qui s’installent de façon quasiment immuable.

Alors que les exigences en matière de grammaire, de syntaxe et d’orthographe étaient très élevées autrefois, la langue française est aujourd’hui valorisée dans sa fonction communicationnelle.

L’école va mal donc, et nos échanges avec les professionnels du secteur nous ont permis d’avancer quelques facteurs d’explication de ce malaise.

D’abord, si l’évolution du système scolaire français a répondu aux exigences de massification en agissant comme un régulateur de la compétition sociale et en rendant l’enseignement obligatoire et gratuit, elle a en revanche conduit à une révision à la baisse du contenu des programmes scolaires. L’école de Guizot et de Lavisse enseignait les guerres entre la ligue Achéenne et Etolienne, ce qu’un étudiant en licence d’histoire n’étudie aujourd’hui plus forcément. De même, alors que les exigences en matière de grammaire, de syntaxe et d’orthographe étaient très élevées autrefois, la langue française est aujourd’hui valorisée dans sa fonction communicationnelle. Le niveau de français des élèves a par conséquent diminué, non par régression du niveau intellectuel ou en raison d’une fainéantise supposée des écoliers, mais précisément parce que ce n’est plus une priorité absolue de l’enseignement.

Ensuite, l’École française semble souffrir d’une centralisation excessive, éloignée des réalités des territoires, d’une absence de concertation entre les rectorats, les académies et les collectivités locales avec l’État central.

Il faut une véritable politique et une vision globale, puisque c’est l’Ecole qui forme les citoyens de demain.

Enfin, comme l’a rappelé un professeur en prépa à Marseille, «toute réforme scolaire est une réforme politique», trop souvent motivée par des raisons budgétaires. Pour résoudre la question scolaire, il faut une véritable volonté politique et une vision globale, puisque c’est l’École qui formera les citoyens de demain.

Pour résumer, le grand problème de la Rue de Grenelle, c’est qu’elle s’arrête à Bercy.”


Source : lefigaro.fr, “«Il faut remettre en route l’ascenseur social par l’école!»”, tribune de Gauthier Dabout, Sabrina Arnal et Alexis Lorendeaux. Publiée le 2/7/20. https://www.lefigaro.fr/vox/societe/il-faut-remettre-en-route-l-ascenseur-social-par-l-ecole-20200702

 

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