Les chemins de la penséeHommage. Elle a dédié sa vie à l’enfance malheureuse : la Ville de Gisors rend hommage à Mireille Pierson (Paris Normandie)

17 avril 20210
https://educfrance.org/wp-content/uploads/2021/04/mountains-2361750_1920-1280x853.jpg

Découvrez le fabuleux destin de Mireille Pierson.

“Le pôle de mutualisation des activités de politique sociale portera le nom de Mireille Pierson, disparue en 1991. Cette figure locale a dédié sa vie aux enfants en détresse, notamment au sein du Nid joyeux, qu’elle avait créé en 1968.

lle méritait bien cette postérité, là où elle a vécu pendant soixante-cinq ans et s’est dévouée sans relâche pour la jeunesse malheureuse.

Le bâtiment de l’actuel centre social Paul-Éluard, dont la réhabilitation est sur le point de s’achever, sera rebaptisé du nom de Mireille Pierson, disparue en 1991 à l’âge canonique de 95 ans. Cette décision a été actée, mercredi 7 avril, en conseil municipal. La Maison Mireille-Pierson sera un pôle mutualisé regroupant les activités du Centre communal d’action sociale (CCAS), qui y déménage, celles du centre social, un espace France Services, l’information jeunesse, le service d’accompagnement éducatif, l’animation de la vie sociale et le service logement.

Son nom résonnait comme une évidence

Le poète Paul Eluard, passé de vie à trépas en 1952 et dont la mémoire est déjà largement honorée partout en France, ne lui en voudra certainement pas. Il en sera peut-être autrement de la vieille garde communiste locale, dont le pilier du surréalisme a été en son temps l’un des artistes les plus engagés. Les mauvaises langues y verront d’ailleurs, sans doute, une volonté à peine déguisée d’effacer une figure du PCF des frontons, sept ans après la fin de règne du parti d’extrême gauche sur la commune, tenue sans interruption depuis 1971.

Mireille Pierson faisait partie d’une short-list de candidats, parmi lesquels figuraient également René Charles, maire de la commune à deux reprises (décembre 1919-mai 1925 ; mai 1935-février 1937) le photographe Fernand Bignon (1888-1969), qui a vécu près de quarante ans à Gisors, le peintre Maximilien Luce (1858-1941) et le commandant Xavier Lesage (1885-1968), mort lui aussi dans la commune et double champion olympique de dressage en 1932 à Los Angeles (États-Unis).

Il est finalement apparu comme une évidence de faire entrer Mireille Pierson dans le Gotha des personnalités gisorsiennes. « Sa biographie montre son implication dans des actions sociales d’importances », a observé la conseillère municipale Colette Wokam, rapporteure mercredi dernier de la délibération.

Arrivée en 1931 à Gisors, avec ses six enfants, Mireille Pierson deviendra animatrice à La goutte de lait, une association locale de lutte contre la mortalité infantile. Pendant l’Occupation, elle sera également l’une des petites mains anonymes de la Résistance, notamment à travers « la réalisation de faux papiers », évoque François Levé, de l’Association pour la mémoire vivante de Gisors. Elle sera d’ailleurs très impliquée, avec son mari Jean, à Montjavoult, dans l’Oise. Le couple, protestant, y fréquentait le temple local. Le village du Vexin a participé au sauvetage de nombreux enfants juifs et aviateurs alliés. Les Pierson avaient mis au point une méthode artisanale pour faire de faux papiers avec l’aide d’un imprimeur.

 

Les inoubliables poupées du Nid joyeux

Mais la grande affaire de sa vie, la dernière, restera Le Nid joyeux. Cette association, qu’elle a fondée en 1968, venait en aide moralement, matériellement et financièrement aux enfants dans la détresse, dans le but d’améliorer leurs conditions de vie. La structure, installée dans sa maison de la rue des Fontaines, vivait des dons, mais aussi de la vente de poupées, « fabriquées par une armée de bénévoles », se souvient François Levé. Ces créations étaient mises à prix à l’occasion d’expositions biennales de bienfaisance, au bénéfice de familles nécessiteuses. « C’était un sacré événement, souligne François Levé, et Madame Pierson savait y faire pour communiquer. Il y avait toujours un invité de marque. Une année, on a vu débarquer Anne-Aymone Giscard d’Estaing. »

 

Mireille Pierson dans toute la splendeur de sa jeunesse.
Mireille Pierson dans toute la splendeur de sa jeunesse.

 

 

Mireille Pierson et ses enfants.
Mireille Pierson et ses enfants.

 

 

Mireille Pierson passait beaucoup de temps aussi dans on bureau.
Mireille Pierson passait beaucoup de temps aussi dans on bureau.

 

 

Des enfants devant l’entrée de sa maison de la rue des Fontaines, où elle avait installé Le Nid joyeux.
Des enfants devant l’entrée de sa maison de la rue des Fontaines, où elle avait installé Le Nid joyeux.

 

Chronologie

6 mai 1885 : naissance d’Alice Mireille Rey à Paris dans une famille de la grande bourgeoisie.

18 mars 1914 : Mireille Rey épouse un ingénieur agronome et riche agriculteur normand du nom de Fallot, installé dans la région de Martainville-Épreville, en Seine-Maritime. Il succombe la même année des suites de ses blessures sur le front de la Grande Guerre, alors que la jeune femme porte leur premier enfant.

1931 : Mireille s’installe à Gisors avec Jean Pierson, qu’elle a épousé en seconde noce en 1920, et ses six enfants. La famille habite une maison de la rue François-Cadennes. Lui est professeur de physique et de chimie. Il tient également une quincaillerie dans la commune.

3 août 1941 : dans un contexte inédit, en pleine Occupation, et de purge des collectivités par le Régime de Vichy, elle est désignée par la sous-préfecture pour occuper un siège au conseil municipal, présidé par Raymond Marchandin. Son mandat s’achève le 16 mai 1942.

9 août 1968 : Mireille Pierson fonde Le Nid joyeux, au 8, rue des Fontaines. L’association d’aide aux enfants en détresse a son siège dans sa maison.

20 mars 1991 : elle s’éteint à 95 ans. Jean Pierson avait lui disparu en 1971. Le Nid joyeux ne lui survivra que quelques années.

Son petit-fils Éric est aux anges

Éric Christmann, âgé de 71 ans, est l’un des 24 petits-enfants de Mireille Pierson et le seul à résider encore à Gisors.

« Il y a une quinzaine d’années, Marcel Larmanou (maire PFC de la commune entre 1971 et 2014, NDLR) avait déjà eu cette idée, se souvient-il. Il m’avait dit : “on va faire quelque chose pour votre grand-mère.” Ça n’avait finalement pas été plus loin. »

Alors, quand la municipalité conduite par Alexandre Rassaërt l’a contacté, « il n’y a pas si longtemps », pour lui proposer de baptiser le nouveau CCAS du nom de sa grand-mère, il n’a pas « lâché le morceau ».

 

« Elle mérite amplement cet hommage »

« J’ai rencontré le maire ensuite, poursuit Éric Christmann. Il avait besoin de documents pour en savoir plus. Elle mérite amplement cet hommage. Mes cousins et cousines en sont aussi les plus heureux du monde. »

De Mireille, disparue alors qu’il avait 44 ans, Éric garde le souvenir d’une femme engagée pour la jeunesse défavorisée. « Elle s’est occupée toute sa vie des enfants. Pendant la guerre, elle faisait la distribution du lait pour les nourrissons. »

Il n’a rien oublié, non plus, des 1er janvier, « une tradition », où toute la famille, « et ça faisait du monde ! », se réunissait dans la maison de la rue des Fontaines. Là même où Mireille Pierson avait établi Le Nid joyeux. Cette résidence a été démolie au début de l’année 2014. Un petit immeuble occupe désormais le terrain.

 

La maison de Mireille et Jean Pierson, rue des Fontaines, a été démolie en 2014. (Photo : Amevigi)
La maison de Mireille et Jean Pierson, rue des Fontaines, a été démolie en 2014. (Photo : Amevigi)
Une expo en projet

Dans le cadre de l’inauguration de la Maison Mireille-Pierson, dont la date reste à fixer, une exposition retraçant la vie et l’œuvre de la Gisorsienne sera organisée. La municipalité s’est rapprochée de François Levé pour monter cette rétrospective. L’intéressé a remis la main sur plusieurs photos et des lettres de Mireille Pierson, mais également sur quelques exemplaires des fameuses poupées qu’elle mettait en vente pour financer l’activité du Nid joyeux.

Six diables et une maman, paru juste après guerre, ressortira aussi de la bibliothèque. « C’est le seul des trois livres qu’elle a écrits qui a été édité, note François Levé. Il y évoquait sa relation avec ses enfants. »”


Source : paris-normandie.fr, “Hommage. Elle a dédié sa vie à l’enfance malheureuse : la Ville de Gisors rend hommage à Mireille Pierson”, publié le 15/4/2021. https ://www.paris-normandie.fr/id183449/article/2021-04-15/hommage-elle-dedie-sa-vie-lenfance-malheureuse-la-ville-de-gisors-rend-hommage

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués : *

Nous utilisons des cookies pour vous offrir la meilleure expérience en ligne. En acceptant, vous acceptez l'utilisation de cookies conformément à notre politique de confidentialité des cookies.

Privacy Settings saved!
Paramètres de confidentialité

Lorsque vous visitez un site Web, il peut stocker ou récupérer des informations sur votre navigateur, principalement sous la forme de cookies. Contrôlez vos cookies ici.

Veuillez noter que les cookies essentiels sont indispensables au fonctionnement du site, et qu’ils ne peuvent pas être désactivés.

Pour utiliser ce site Web, nous utilisons les cookies suivant qui sont techniquement nécessaires
  • wordpress_test_cookie
  • wordpress_logged_in_
  • wordpress_sec

Refuser tous les services
Accepter tous les services