L'esprit en fêteHISTOIRE : Le prêtre diocésain enseignant, une figure disparue

16 mai 20200
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Le prêtre professeur. XIXe-XXe siècles. Un ministère oublié, de Marcel Launay, Salvator, 220 p., 20 €

“Ce ministère aujourd’hui oublié a accompagné et subi les évolutions du rapport entre l’Église, la société et l’État depuis deux siècles.

Au début des années 1960, on comptait encore 40 % de clercs dans l’enseignement catholique diocésain. À lui seul, ce chiffre dit l’importance de l’investissement humain consenti par les diocèses pour la mission éducative. La disparition des petits séminaires, l’arrivée en masse des laïcs dans le corps professoral et la baisse des vocations sacerdotales ont ensuite contribué à la raréfaction des prêtres enseignants dont le souvenir s’estompe au fur et à mesure que disparaissent leurs anciens élèves ou étudiants. C’est leur histoire que raconte Marcel Launay, professeur émérite à l’Université de Nantes en décrivant un ministère qui a accompagné et subi aussi les évolutions du rapport entre l’Église, la société et l’État depuis deux siècles. [« L’importance de la fonction particulière du prêtre professeur par opposition au congréganiste dont la vocation même était d’enseigner a souvent été soir minimisée ou au contraire surestimée dans les multiples monographies à tendance plus ou moins hagiographiques concernant ces lieux de vie, de mémoire et de tradition qu’ont été les séminaires, les collèges diocésains ou les universités, sans compter les établissements de l’État où celui-ci a été présent tout au long du XIXe siècle », écrit l’historien pour justifier son projet.]

Des ecclésiastiques recrutés par l’État

Durant tout le XIXe siècle, l’État n’hésite pas à recruter des ecclésiastiques pour les lycées, les collèges, ou encore pour des postes de proviseur ou de recteur d’académie, rappelle Marcel Launay. Des prêtres diocésains enseignent la théologie au sein de l’Université d’État, jusqu’à ce que la République anticléricale, en 1885, mette fin à cette catégorie de professeurs en coupant les crédits aux facultés de théologie, signant leur arrêt de mort.

Mais l’investissement des diocèses dans le domaine de l’enseignement se fait d’abord dans les petits séminaires qui vont « devenir progressivement la pépinière essentielle du recrutement sacerdotal », sous le contrôle plus ou moins étroit de l’État selon les périodes. Au début de l’institution, et à défaut d’un corps enseignant formé, les évêques font souvent appel à des grands séminaristes de dernière année ou à des jeunes prêtres qui commencent leur vie sacerdotale comme enseignant dans l’attente d’une nomination dans un ministère paroissial.

Cette première génération de prêtres enseignants n’a pas d’autre formation intellectuelle que celle reçue au grand séminaire. Pas toujours intéressés par la fonction, leur séjour au petit séminaire est de courte durée. Ce qui n’empêche pas l’émergence de personnalités qui marquent leurs élèves par leurs qualités pédagogiques ou leur connaissance.

Souci religieux et souci pédagogique

Le profil du prêtre enseignant change avec la loi Falloux (1850) qui permet la naissance d’un enseignement secondaire catholique. L’Église y voit une opportunité pour reconquérir l’élite. Encore faut-il pour cela un corps professoral en accord avec le projet de coexistence du souci religieux et du souci pédagogique. Comme pour les petits séminaires, les évêques font appel, dans un premier temps, à leurs grands séminaristes en fin d’études ou à leurs jeunes prêtres.

Les besoins sont énormes : « En 1851, on compte déjà 4 000 prêtres dans l’enseignement sur les 54 000 qui relèvent du clergé diocésain, faisant ainsi progressivement concurrence aux instituts religieux dont c’était la vocation première », écrit l’historien. Les prêtres intéressés ont la possibilité de se former et d’acquérir des grades universitaires en dépit de la méfiance de l’Église à l’égard de l’enseignement dispensé par l’université publique. À la fin du XIXe siècle, les lois anti-congrégationistes entraînent l’éclipse partielle des congrégations enseignantes. Le clergé diocésain prend alors le relais, avant de voir son nombre diminuer au profit des enseignants laïcs, après la Seconde guerre mondiale.

Quel avenir pour les facultés de théologie ?

Ce livre nous fait plonger dans un monde disparu des prêtres enseignants qui ont marqué une époque. Il nous fait découvrir la complexité des rapports de l’Église et de l’État sur fond de la question scolaire depuis le début du XIXe siècle. Surtout il le fait en donnant largement la parole aux clercs qui ont consigné leur joie, mais aussi parfois leurs désillusions, à vivre leur vie de prêtre séculier au service de l’éducation.”

Dominique Greiner


Source : livre-religion.blogs.la-croix.com, “Le prêtre diocésain enseignant, une figure disparue”, publié le 15/5/20 par Dominique Greinier. https ://livre-religion.blogs.la-croix.com/histoire-le-pretre-diocesain-enseignant-une-figure-disparue/2020/05/15/

 

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