Fenêtres ouvertesFenêtre ouverte sur la revue CODEX, avec Priscille de Lassus, rédactrice en chef

20 février 20200
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Educ'France a rencontré Priscille de Lassus, rédactrice en chef d'une revue à la fois exigeante, intelligente et accessible. Bienvenue dans l'univers de CODEX !

Entretien avec Priscille de Lassus, rédactrice en chef de la revue CODEX

1/ Pouvez-vous présenter la revue CODEX ? 

Il s’agit d’un livre-magazine de culture générale chrétienne, qui parle d’histoire, d’archéologie et de patrimoine. Notre projet était celui d’une revue de qualité, qui fasse par conséquent intervenir des universitaires, des scientifiques, mais qui soit également attractive et accessible au plus grand nombre. Beaucoup de nos lecteurs ont plaisir à manier notre revue, à la lire. Et c’est exactement ce que nous recherchions, un bel objet qui permette d’enrichir ses connaissances de façon séduisante. C’est pourquoi nos pages accordent une place importante à l’iconographie. Codex est aussi une revue à visée didactique. Elle offre de nombreux outils pédagogiques pour entrer dans la complexité des sujets, comme des cartes, des chronologies, des quizz, des vrai-faux qui permettent de tester ses connaissances. C’est une revue pour les adultes curieux, les enseignants et les familles.

2/ Votre revue s’appelait « Histoire du christianisme » jusqu’en 2016. Elle revendique une entreprise décomplexée de diffusion de la culture chrétienne. C’est une position originale et courageuse dans un monde (qui se voudrait) sans Dieu. Qu’en pensez-vous ? 

Notre propos n’est pas d’abord religieux ou théologique parce que nous nous plaçons sur le terrain de la culture. Force est de constater que le christianisme a véritablement façonné le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui, notamment en France. Il suffit de s’intéresser aux racines de nombreuses réalités qui nous entourent pour s’en rendre compte. Par exemple, notre perception des couleurs ou nos habitudes de table portent encore la marque de la culture catholique. Sans parler des origines de nombreuses institutions du paysage quotidien : les crèches pour les jeunes enfants, les sociétés de secours en mer et même certains clubs de foot créés par des patronages, comme l’AJ Auxerre.

3/ Parlons d’école. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur les écoles catholiques sous-contrat, auxquelles on réduit trop souvent « l’école libre », qui inclut pourtant aussi les écoles hors contrat ? 

Aujourd’hui, 96 % des établissements libres sont des écoles sous contrat, c’est pour cette raison que les gens ont tendance à faire ce raccourci. Pour autant, on oublie souvent combien les écoles sous contrat d’association résultent de traditions diverses. Ces établissements, qui représentent environ 20 % des écoles de France, s’inscrivent presque tous dans une histoire particulière. Prenez le réseau des Ursulines fondé pour les filles, des jésuites pour les élites, des Lassalliens pour les enfants du peuple, ou encore le Collège Stanislas… Ces écoles sont différentes les unes des autres. Je crois par conséquent qu’il n’y a pas un enseignement catholique, mais une multitude d’intuitions à l’origine de réseaux ou d’établissements particuliers. C’est ce foisonnement qui fait la richesse de l’enseignement libre, qu’il soit sous contrat, ou hors contrat.

4/ Les écoles libres ont-elles selon vous une mission, un objectif à remplir dans une société contemporaine qui interroge sans arrêt ses repères ?

Oui, et c’est souvent ce que les parents viennent y chercher. Ils sont en quête d’un projet précis qui, au-delà des matières enseignées donne accès à des valeurs. C’est la richesse des écoles catholiques. Selon moi, ces dernières doivent toutefois être pensées dans un contexte plus global, non pas par opposition aux écoles publiques mais dans un ensemble qui permette aux familles de trouver ce qui conviendra le mieux à leurs enfants. 

5/ Créer son école, l’association fondée par Anne Coffinier dès 2005 lance aujourd’hui de nouvelles initatives en matière de liberté scolaire pour, précisément, tirer les enseignements de ses expériences passées, et oeuvrer à l’édification d’écoles vraiment libres, qui transmettent à la fois le désir de vérité et la capacité à agir dans un monde incertain. Croyez-vous à la nécessité impérieuse d’une évolution des écoles catholiques, qui ne doivent pas être de simples temples du conservatisme mais aussi un véhicule de conquête des coeurs et des esprits ? 

Je crois à la nécessité qu’existent des écoles qui forment des hommes et des femmes capables de s’engager dans la société et dans le monde tels qu’ils existent, oui. 

6/ Comment les écoles libres doivent-elles, devraient-elles se comporter pour transmettre la culture biblique et catholique, y compris à ceux qui ne croient pas ?

Selon moi, cette transmission est vraiment indispensable pour comprendre notre culture occidentale et donner de l’épaisseur aux questions d’aujourd’hui. Elle doit passer par l’ensemble des matières enseignées, notamment l’histoire et la littérature. Codex fourmille d’idées pour les enseignants ! C’est un outil qui peut donner des idées aux professeurs et trouver sa place au Centre d’information et de documentation.

7/ Vous avez récemment consacré un numéro à l’école. Qu’est-ce-qui vous a donné envie de le faire ?

J’ai constaté que l’école a été, et reste un sujet extrêmement clivant en France. Là aussi, nous semblons avoir oublié d’où nous venions, et à quel point les fractures ont été fortes, notamment sous la IIIe République, entre les partisans de l’école libre et les autres… Elles ressurgissent ensuite au moment de la loi Debré en 1959 ou des grandes manifestations de 1984. Nous avons voulu revenir aux origines de cette « querelle scolaire » pour mieux en comprendre les enjeux, et les répercussions. Je pense que cela intéressera toutes les familles qui, aujourd’hui, se demandent dans quelle école scolariser leurs enfants pour leur donner les meilleures chances. Contrairement à une idée reçue, ces interrogations ne sont pas nouvelles, pas plus que celles de la formation des enseignants ou du contenu des manuels scolaires par exemple. 

8/ Comment penser le combat contemporain pour l’école libre à partir de son histoire ? Quelles leçons pouvons-nous en tirer ?

L’école existe de fait depuis l’Ancien Régime, avec de multiples initiatives locales qui offrent des propositions contrastées en fonction des milieux sociaux et des zones géographiques … La Révolution introduit une rupture majeure, puisqu’elle fait de l’école un devoir et une prérogative d’État. Concrètement, les réalisations restent peu nombreuses, mais les grands principes sont posés. Napoléon a bien retenu la leçon. En 1806, il installe un monopole d’État durable sur un système scolaire en lente construction. Le combat pour la liberté de l’enseignement commence à ce moment là. Il y aura ensuite le bras de fer avec les congrégations religieuses à partir des années 1880 qui atteint son paroxysme en 1904. Je suis marquée par l’extraordinaire faculté d’adaptation des établissements catholiques au cours de l’histoire. Ils ont su perdurer malgré les obstacles.

9/Quels sont vos projets pour CODEX dans les mois à venir ? 

Le prochain numéro sera consacré à Jeanne d’Arc… ensuite, nous proposerons un dossier sur la Palestine au temps de Jésus et, enfin, nous parlerons des catholiques aux Etats-Unis, à l’occasion des élections présidentielles. 

10/ Pour finir, quels sont selon vous les 3 défis majeurs de l’école aujourdhui ?

D’abord la transmission, ensuite la faculté de créer chez les enfants un sens de la communauté, c’est-à-dire du bien commun dans une société très individualiste. Enfin, le troisième défi serait d’arriver à former des élèves qui aient un véritable sens critique, une réelle faculté de discernement pour devenir des adultes libres et responsables.

 

Retrouvez le site internet de CODEX : https ://revue-codex.fr/

Propos recueillis par Axelle Girard

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