ENTREPRENDREEtablissements de services : lorsque collèges et lycées s’ouvrent aux habitants (Le Monde)

18 mai 20210
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Quand l'école est bien plus que l'école... A la découverte des établissements de service.

“Partager le CDI avec les habitants, former au numérique les adultes le soir en classe, ouvrir la cantine à la population… L’éducation nationale lance l’expérimentation d’établissements de services, collèges ou lycées proposant des services aux habitants. La Haute-Saône a déjà sauté le pas avec ses collèges ouverts.

Il n’est pas si loin que ça, le temps où le petit collège Duplessis-Deville de Faucogney-et-la-Mer, niché en Haute-Saône sur le plateau des milles étangs, était promis à la disparition, fragile de quelque 130 élèves seulement et d’une « logique comptable » implacable. Mais « en cinq ou six ans, on est passé d’un projet avancé de fermeture de l’établissement à la promotion de celui-ci comme pilier de notre territoire au service de l’ensemble de la population », résume Rudy Cara, son énergique chef d’établissement.

Désormais hors de danger grâce à l’ouverture en 2015 d’une section sport-études consacrée au cyclisme, qui a permis de renforcer les effectifs en attirant des jeunes passionnés de vélo, l’établissement est devenu il y a quelques mois, sous l’impulsion du principal, un « collège ouvert », du nom de l’expérimentation lancée par le département en octobre 2020. Celle-ci « vise à faire des collèges du département des acteurs de la vie locale en mettant à disposition leurs infrastructures et en y proposant à la population des services liés à l’éducation, à la culture, à l’alimentation et à la santé », ajoute Rudy Cara.

Preuve que la démarche est dans l’air du temps, cette initiative a précédé d’un mois seulement le lancement par l’Etat d’un appel à manifestation d’intérêt pour expérimenter et subventionner des « établissements de services » offrant des services à la population. Appel pour lequel le conseil départemental de Haute-Saône a été préselectionné fin mars au niveau national, avec 15 autres projets.

Le CDI transformé en espace culturel

La philosophie de ces établissements de services est au diapason de l’école des besoins essentiels discutée et théorisée depuis 2019 au sein du « labo rural » lancé par le département. Celui-ci regroupe tous les acteurs locaux souhaitant dynamiser le territoire qui a déjà vu disparaître beaucoup de services publics.

Dès l’automne 2019, Rudy Cara et toute la communauté éducative ont puisé dans cet espace de réflexion féconde pour « ouvrir » le collège avec le dispositif kilomètre 0 : une fois par mois, familles et habitants sont invités à y acheter fromages, charcuterie, légumes et fruits, issus d’une quinzaine d’exploitations agricoles alentour. Ces produits sont au préalable goûtés, sélectionnés, présentés dans un catalogue, préparés puis vendus par une quarantaine d’élèves de 3evolontaires. De quoi travailler nombre de disciplines scolaires et « interroger leur rapport à l’alimentation et à leur territoire » observe Rudy Cara. « Km 0 » a été désigné projet innovant de l’année 2021 par l’académie de Besançon puis par le ministère.

Appuyés par la démarche d’expérimentation départementale et désormais nationale, d’autres services devraient voir le jour dans les murs du collège, pour en faire un acteur central de la vie du village. « Nous allons fusionner le CDI et la bibliothèque municipale pour créer un espace culturel, décrit le principal. Cet espace accueillera toujours les élèves mais recevra aussi les habitants, leur permettra de louer des ouvrages, ou d’en acheter comme dans une librairie, d’organiser des conférences, etc. » Le restaurant scolaire devrait aussi prochainement se transformer en brasserie rurale accueillant les habitants pour déjeuner. Parmi les autres idées déjà bien avancées, celle d’ouvrir les salles de classe en dehors du temps scolaire pour des formations pour adultes, notamment autour du numérique, ou encore la création d’un internat-gîte rural au centre du village.

Optimiser l’utilisation des bâtiments

Une série de conventions entre l’éducation nationale et le département, propriétaire des bâtiments et employeur de certains agents (restauration, entretien, etc.), doit venir encadrer ce nouveau partage des lieux et des projets. C’est aussi le cas pour les quatre autres établissements du département engagés dans la démarche collèges ouverts (Melisey, Jussey, Dampierre-sur-Salon et Noidans-lès-Vesoul).

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Parole d’acteurs locaux, cette démarche est « gagnant-gagnant ». Elle pérennise et renforce la place des établissements scolaires sur le territoire d’un côté, en favorisant les projets pédagogiques innovants. Et elle optimise les investissements de la collectivité locale de l’autre. « L’engagement du département dans les bâtiments des collèges est énorme, et ils servent finalement peu en dehors des heures d’ouverture aux élèves… », explique ainsi Yves Krattinger, le président (divers gauche) du conseil départemental, qui verrait bien, à terme, les 23 collèges haut-saônois entrer dans la danse. Selon lui, « la mutualisation des équipements va de pair avec l’élargissement de la communauté éducative pour faire entrer des ressources extérieures dans l’établissement, dynamiser le territoire et fidéliser les élèves à celui-ci ».

Cette ouverture en direction des familles a rapidement convaincu le rectorat d’appuyer l’expérimentation. Parmi les conditions posées par l’académie : « que ces projets soient portés par une équipe éducative volontaire et pas seulement par le chef d’établissement, afin de garantir leur pérennité », commente Liliane Menissier, directrice académique. Elle pointe aussi la nécessité de ménager des entrées séparées entre le public et la communauté éducative au sein du bâtiment « afin d’éviter toute confusion des genres et ne pas perturber les apprentissages des élèves » lorsque les cours y ont lieu.

« Lieux d’égalité d’accès aux droits »

Ces points d’attention sont aussi avancés au niveau national au sujet des établissements de services. Dans la quinzaine de projets présélectionnés dans le cadre de l’appel à manifestation d’intérêt, « on trouve des établissements situés en milieu rural, mais d’autres dans les quartiers prioritaires de la ville », tient à préciser Marie-Danièle Campion, ancienne rectrice et présidente du jury de sélection des projets. Un seul, dont le projet a été estimé suffisamment finalisé, bénéficiera dès la rentrée 2021 du label établissement de services : le lycée polyvalent Condorcet de Schoeneck (Moselle). Situé à proximité de trois quartiers prioritaires du bassin de Forbach, il a un projet centré sur l’inclusion numérique des familles qui pourront entre autres venir y effectuer des démarches administratives et participer à des ateliers de coparentalité.

Les autres projets doivent être peaufinés par les porteurs (collectivités locales ou académies) en vue de leur ouverture au cours de l’année 2021-2022. Marie-Danièle Campion rappelle que cette « nouvelle dynamique » a pour objectif de faire des établissements scolaires publics sélectionnés « des lieux d’égalité d’accès aux droits, en faisant confiance aux acteurs locaux pour créer des synergies où il y en a besoin ». Des acteurs locaux que la crise sanitaire a rapprochés et obligés à travailler ensemble depuis un an.

Nouvelle dynamique ? Pas tout à fait. Les établissements de services, comme leur déclinaison haut-saônoise, rappellent fortement, toutes proportions gardées, à l’historien de l’éducation Julien Cahon une expérimentation des années 1960,« utopie architecturale et pédagogique visant à construire des “établissements intégrés” regroupant établissement scolaire, centre sportif ou culturel, bibliothèque municipale, etc. » Cette expérimentation, interrompue dans les années 1970, avait toutefois « posé les bases d’une décentralisation avant l’heure en matière d’éducation, de partenariats éducatifs entre acteurs locaux, d’ouverture des établissements sur leur environnement, de rationalisation de l’emploi des équipements collectifs, etc. » Autant d’idées nouvelles, à l’époque, qui ont infusé depuis et reviennent régulièrement dans les débats sur l’éducation.”


Source : lemonde.fr, “Etablissements de services : lorsque collèges et lycées s’ouvrent aux habitants”, publié le 18/5/21 par Séverin Graveleau. https://www.lemonde.fr/education/article/2021/05/18/etablissements-de-services-lorsque-colleges-et-lycees-s-ouvrent-aux-habitants_6080548_1473685.html#xtor=AL-32280270

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