Ecole à la maisonEt les élèves de maternelle ?

2 avril 20200
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Des obstacles à la continuité pédagogique existent aussi en maternelle. Le problème ne se pose évidemment pas de la même façon que pour les plus grands. Quelques conseils à suivre dans cet article, qui partage diverses expériences.

Comment s’organise la « continuité pédagogique » en maternelle ?

“Après quinze jours de confinement, des enseignants et parents racontent comment ils ont revu ensemble leurs priorités pour permettre aux plus petits de continuer les apprentissages.

« Nous en étions déjà à quatre heures de travail par jour avec ma fille de 5 ans ! Sous la pression de parents zélés, la maîtresse a augmenté la cadence. Elle avait donné du travail pour quinze jours et en a redonné au bout de trois jours », se désole Linda, mère d’une élève de grande section dans une école privée sous contrat d’une commune cossue près de Metz. Assise à son bureau matin et après-midi, sa fille enchaînait les exercices de sons, d’écriture cursive et de calcul. « J’avais l’impression de la torturer, en lui imposant tout ce travail », explique la mère de famille. Après deux semaines de confinement à découvrir les spécificités et difficultés de la « continuité pédagogique » en maternelle, elle ose aujourd’hui relâcher la pression.

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Avec les plus petits, « il faut raison garder », conseille Véronique Boiron aux parents concernés. Selon cette spécialiste de l’école maternelle, vingt minutes de concentration sur un travail scolaire, même ludique, est un maximum à cet âge-là. La chercheuse est formelle : « L’école à la maison n’existe pas. » Pourquoi ? Parce que dans une classe, l’enseignant parle à un groupe de 25 ou 30 enfants. Chacun d’entre eux n’y est pas sollicité individuellement plus de quelques minutes d’affilée, car il apprend aussi et surtout dans l’interaction avec le reste de la classe. A la maison, lorsque l’enfant travaille seul avec un parent, le risque est donc la sursollicitation.

Reste à savoir comment s’y prendre pour éviter la surcharge scolaire sans lâcher les fondamentaux. « Le plus important à cet âge, c’est le langage, poursuit Véronique Boiron. Apprendre à s’exprimer de manière élaborée est indispensable pour pouvoir plus tard apprendre à lire. » L’apprentissage du langage est à intégrer dans la vie courante et il serait regrettable, selon elle, de le réduire à un travail scolaire rébarbatif guidé par un parent. Les programmes de la maternelle en vigueur insistent d’ailleurs plus que les précédents « sur la place du jeu dans les apprentissages [et] la notion d’enfant-sujet, qui réfléchit, pense, comprend et questionne le monde », ajoute la chercheuse.

« Faire avec » plutôt que « faire faire »

Autrement dit : pas question de réduire l’école à la maison à une succession de devoirs. Cette règle, qui vaut pour tous les élèves, est encore plus centrale pour ceux de maternelle. « C’est surtout le moment de vivre de façon intelligente avec ses enfants », tranche David Labarthe, directeur d’école à Kuttolsheim, dans le Bas-Rhin. Pour « rassurer et guider les parents » de ses élèves de grande section de maternelle, il a créé un blog dès le premier week-end après l’annonce de la fermeture des écoles. Il y dépose « des liens Internet ciblés vers des œuvres ou des activités précises, plutôt que de longues listes de liens, trop larges ». Le directeur a rappelé les compétences essentielles aux parents – « le langage, l’imagination et la motricité » – et insisté sur « les occasions de faire travailler les enfants, sans qu’ils ne s’en rendent compte ».

C’est aussi ce que s’emploie à faire Laëtitia, à Strasbourg, avec sa fille de 5 ans. Egalement enseignante en lettres, elle a d’abord tenté de maintenir un rythme d’école, mais prend désormais la situation « avec distance et sérénité ». Elle travaille parfois au lit, en lisant des histoires et en dialoguant avec ses enfants, parfois en cuisinant et même en jardinant.

Il est en effet fondamental de « faire quelque chose avec [l’enfant] » plutôt que de lui « faire faire », confirme Véronique Boiron. Le confinement devrait, selon elle, permettre aux parents de partager des activités ludiques et créatives auxquelles ils ne se consacrent pas habituellement avec leurs enfants. C’est ce qu’a entrepris Malika, dans son petit appartement de l’Oise. Mère de deux enfants, en petite et grande sections, elle a scotché de grands papiers sur le mur du couloir pour faire, avec eux, « une fresque de cette expérience, avec des dessins et des collages, selon nos humeurs du jour ». Pour elle, « l’essentiel est que chacun puisse exprimer ce qu’il ressent et être entendu, dans cette période angoissante pour tout le monde ».

L’enseignant de son aîné a d’ailleurs invité par mail les parents à « profiter des moments partagés avec les enfants »« limiter les temps d’écrans » et ne pas avoir peur de laisser les enfants s’ennuyer, « pour qu’ils puissent développer leur imaginaire ». Dans les premiers jours qui ont suivi l’annonce de la fermeture de l’école, ce maître avait d’abord conseillé à chacun d’inscrire son enfant à « Ma classe à la maison » sur le site du Cned (Centre national d’enseignement à distance) aux parents. Il s’est ravisé.

Recréer du lien

Professeure des écoles en grande section à Strasbourg, Amélie Bernot-Quiévy a suivi le même chemin. Après s’être aperçu que le site du Cned et l’outil numérique excluaient « la moitié de [ses] élèves », faute d’« avoir un ordinateur, maîtriser l’outil, le français, et pouvoir imprimer les fiches d’activités disponibles », l’enseignante a finalement partagé par mail une liste d’activités réalisables avec le matériel disponible à la maison. « Avec un jeu de cartes, on peut classer des nombres et jouer à la bataille. Avec des ciseaux, de la colle, du scotch, du papier, on bricole », illustre-t-elle. Depuis, une vingtaine d’élèves, sur 25, lui adressent régulièrement des photos de ce qu’ils font, qu’elle partage ensuite avec leurs « copains ». Une bonne façon de recréer les liens de la classe, parce qu’« ils se manquent beaucoup en ce moment », explique-t-elle. Les enseignants de son équipe aussi. Ils s’appellent régulièrement, pour pallier la solitude et continuer à travailler ensemble.

« Après avoir fait au mieux, souvent seuls, en se mobilisant de manière impressionnante les trois premiers jours, les enseignants réfléchissent désormais de façon plus collective à ce qu’il faut proposer, confirme la chercheuse Véronique Boiron. L’heure est aussi à la réflexion sur la façon de recréer du lien avec les enfants dont les professeurs n’ont pas de nouvelles. »

Dix jours après le début du confinement, Amélie Bernot-Quiévy n’en a aucune de cinq de ses élèves. Leurs familles sont injoignables. « Certains parents sont peut-être malades. Et, pour une partie des familles en grande précarité, d’autres besoins passent avant l’école à la maison », confie l’enseignante. Trouver un moyen de savoir comment vont ces enfants et leurs familles est désormais le souci majeur de bon nombre d’équipes éducatives. Et pas seulement en maternelle.”


Source : lemonde.fr, “Comment s’organise la « continuité pédagogique » en maternelle ?”, publié lé 31/3/20 par Isabelle Maradan. https ://www.lemonde.fr/societe/article/2020/03/31/confinement-et-ecole-maternelle-du-langage-et-des-jeux_6034984_3224.html

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