L’Education nationaleDe nouveaux cursus enrichis pour devenir professeur des écoles (Le Monde)

6 janvier 20210
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Uniformisation des différents masters de l’enseignement, renforcement de la place des savoirs fondamentaux (lire, écrire, compter, respecter autrui) et de la professionnalisation dès avant l'exercice du métier. Décryptage de la réforme des enseignants.

“Sur Parcoursup, les élèves peuvent cette année candidater aux nouveaux Parcours préparatoires au professorat des écoles. Ces cursus de licence hybrides associant cours à l’université et en lycée visent, entre autres, à garantir la maîtrise des savoirs fondamentaux des futurs professeurs des écoles.

Proposer aux aspirants professeurs des écoles une formation « d’excellence »fléchée vers le métier dès la première année de licence, tout en renforçant leur maîtrise des enseignements « fondamentaux » : tels sont les objectifs des nouveaux Parcours préparatoires au professorat des écoles (PPPE) que les élèves de terminale ont pu découvrir sur la plate-forme Parcoursup le 21 décembre.

Ce nouveau parcours universitaire dans lequel l’étudiant alternera les cours dans sa licence de rattachement avec des enseignements en lycée sur lesfondamentaux (mathématiques, lettres, etc.), ainsi que quelques courtes périodes de stages en école, est censé déboucher naturellement au bout de trois ans sur un master Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation (MEEF) « premier degré ». Ce dernier est d’ailleurs lui-même en pleine rénovation dans le cadre de la réforme de la formation initiale et du concours des enseignants, qui doit aussi entrer en vigueur à la rentrée 2021.

Une nouvelle formation des enseignants en septembre 2021

Initialement prévue pour septembre 2020, l’entrée en vigueur de la réforme de la formation initiale des enseignants a été décalée à septembre 2021 à la demande des organisations syndicales. Elle prévoit une uniformisation des différents masters de l’enseignement avec 800 heures de formation dans lesquelles la place des savoirs fondamentaux (lire, écrire, compter, respecter autrui) est renforcée. La professionnalisation est notamment assurée par un tiers-temps d’enseignement en M2 en tant qu’étudiant stagiaire (et non plus enseignant « fonctionnaire stagiaire »). Le concours de recrutement est décalé en fin de deuxième année de master (en master 1 aujourd’hui), avec une première session au printemps 2022.

Début décembre, à l’occasion de l’annonce de la labélisation des vingt-cinq premiers parcours qui seront proposés sous forme d’expérimentations dans vingt-trois académies dès la rentrée 2021, et qui devraient pour l’instant accueillir chacun entre 30 et 40 étudiants, les organisations syndicales ont regretté d’avoir été mises, selon elles, face au fait accompli par les ministères de l’éducation et de l’enseignement supérieur. Le SNUipp-FSU dit craindre « un retour des anciennes écoles normales d’instituteurs » et une focalisation sur les « fondamentaux » « au détriment de l’apprentissage de la didactique ». Le SGEN-CFDT s’inquiète, lui, d’une « entorse au principe d’universitarisation de la formation » alors que l’UNSA Education estime que les PPPE « brouillent le parcours pour devenir professeur des écoles » avec le risque d’une « concurrence de plus aux voies existantes (licences pluridisciplinaires, parcours AED prépro, licence sciences de l’éducation) ».

75 % des cours au lycée en L1

« Certes, il existe déjà des dispositifs de préprofessionnalisation au professorat des écoles, mais ceux-là sont souvent monodisciplinaires, adossés à une mention de licence uniquement, et interviennent en général en deuxième ou troisième année de licence, répond Mark Sherringham, l’inspecteur général qui pilote la mise en œuvre du nouveau dispositif. Avec les PPPE, l’objectif est de proposer aux nombreux néobacheliers intéressés par le métier un continuum de formation de cinq ans, pluridisciplinaire, clairement identifié comme préparant au professorat des écoles, avec une professionnalisation progressive. »

Lire aussi la tribune : « Dans sa forme actuelle, la réforme de la formation des enseignants déqualifie le métier au détriment des élèves »

Différentes études sur la vocation enseignante ont en effet montré que l’envie de devenir professeur des écoles était souvent très précoce : avant même le baccalauréat pour près de 56 % des répondants à une enquête du Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco) de 2016, 63 % en prenant en compte ceux qui se décident au moment de choisir leurs études supérieures.

La pluridisciplinarité sera surtout assurée par les lycées, où 75 % des cours auront lieu en L1, puis 50 % en L2 et 25 % en L3. Au programme : un renforcement des enseignements en français, mathématiques, mais aussi en philosophie morale et politique, en éducation physique et en langue vivante.

L’approche disciplinaire est donc bien plus large que ce que proposent les formations littéraires ou de sciences humaines dont sont traditionnellement issus une majorité d’instituteurs. La place renforcée des mathématiques dans ces enseignements dits « fondamentaux » n’est pas non plus anodine, alors que le manque de culture scientifique des professeurs des écoles est souvent mis en avant pour expliquer les mauvais résultats des petits Français en mathématiques. La dernière livraison de l’étude Trends in International Mathematics and Science Study (Timss) n’a pas dérogé à la règle.

Le rapport sur l’enseignement des mathématiques remis en 2018 par Cédric Villani, député de l’Essonne, et Charles Torossian, inspecteur général de l’éducation nationale, préconisait d’ailleurs précisément la mise en place pour les professeurs des écoles d’une formation pluridisciplinaire – comprenez : « avec plus de maths » – dès le bac +1…

Un cadre « rassurant »

Si le parcours reste officiellement pleinement universitaire, il aura quand même un petit goût de classe préparatoire, surtout en première année. Les enseignants intervenant auprès des étudiants au lycée seront d’ailleurs rémunérés comme en classes préparatoires aux grandes écoles, précise le cahier des charges du dispositif.

A Grenoble, c’est le lycée polyvalent Emmanuel-Mounier qui accueillera les étudiants du parcours mis en place en binôme avec la licence « sciences de l’éducation » de l’université Grenoble-Alpes. La proximité géographique de l’établissement avec l’Institut national supérieur du professorat et de l’éducation (Inspe) a joué dans ce choix de l’académie, « mais aussi notre large offre en termes d’enseignements de spécialité et de professeurs sur lesquels s’appuyer, dont certains sont déjà habitués à travailler avec l’université », commente Joseph Sergi, le proviseur. Il estime que « commencer des études supérieures dans le cadre connu du lycée peut être rassurant pour certains élèves ». Entre autres, ceux qui, parmi les meilleurs, se seraient peut-être spontanément dirigés vers une classe préparatoire, à l’encadrement plus strict qu’en fac.

Les capacités d’accueil étant limitées dans les PPPE, les bulletins scolaires et lettres de motivation seront attentivement lus par les universités pour départager les candidats. Elles sont d’ailleurs en train de peaufiner aussi l’offre de cours qu’elles réserveront à ces étudiants un peu particuliers. Cette offre dépendra naturellement de la mention de licence à laquelle sont adossés les parcours selon les académies : « Sciences de l’éducation », comme à Grenoble, mais aussi « Mathématiques », « Lettres », « Staps », « Sciences de la vie », et même « Administration et gestion des entreprises ».

« Il faut que les contenus universitaires soient complémentaires de ceux donnés au lycée, mais aussi qu’ils permettent aux élèves qui ne souhaiteraient finalement plus être enseignants de se réorienter en L2 ou en L3 », commente Sébastien Maronne, maître de conférences en histoire et philosophie des mathématiques à l’université Toulouse-III Paul-Sabatier qui s’est associée au lycée Bellevue pour son PPPE. A côté de cours disciplinaires « exigeants » en maths ou physique-chimie par exemple, censés renforcer là encore la capacité des futurs professeurs des écoles à enseigner les « fondamentaux », d’autres unités d’enseignement (UE) plus transdisciplinaires sont envisagées pour enrichir leurs culture et réflexion littéraire et scientifique : « Les sciences dans la fiction », « Sciences et art », « Choix social et modélisation mathématique », etc.

Ces UE sont aussi proposées dans une autre licence du département, « Science et humanités », tout juste créée et destinée à accueillir une partie des 1 600 élèves de terminale de l’académie ayant opté pour une « doublette » de spécialités littéraire et scientifique dans le cadre de la réforme du lycée. Un nouveau profil d’élèves, plus « scientifiques », que les PPPE pourraient aussi intéresser, c’est en tout cas le pari qui est fait… « Il n’y a heureusement pas de modèle unique pour devenir professeur des écoles, commente Sébastien Maronne. Mais si on peut désormais chaque année, grâce à ces cours à l’université et au lycée, donner un bagage scientifique renforcé à 35 professeurs en devenir, on aura fait notre travail en diversifiant “un peu” leur profil. » A la session 2020, 11 500 candidats ont été admis aux concours de professeurs des écoles.”


Source : lemonde.fr, “De nouveaux cursus enrichis pour devenir professeur des écoles”, publié par Séverin Graveleau le 5/1/21. https ://www.lemonde.fr/societe/article/2021/01/05/de-nouveaux-cursus-enrichis-pour-devenir-professeur-des-ecoles_6065211_3224.html

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