DébattreDe la conception à la mise en oeuvre des programmes scolaires : débat ouvert ?

13 septembre 20200
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Qui élabore les programmes de l'Education nationale ? Le processus, qui aboutit à la mise en oeuvre des directives du Ministère est-il démocratique ? Ouvert aux enseignants et / ou tout simplement au débat ? Pourquoi assiste-t-on depuis quelques années à la montée en charge de thèmes tels que "l'urgence climatique, les révolutions arabes ou des textes de littérature écrits par des femmes" ? Faut-il enfin considérer les évolutions sociales comme un aiguillon dans le cadre de l'élaboration des programmes ? Le débat est enfin posé, dans une année où la crise sanitaire a un peu changé les choses...

COMMENT SONT MIS AU POINT LES PROGRAMMES SCOLAIRES (bfmtv.com)

“Le conseil supérieur des programmes est chargé de formuler des propositions au ministre de l’Éducation nationale. Quelles notions aborder ? Lesquelles retirer ? BFMTV.com fait le point.

Après une année scolaire inédite perturbée par le Covid-19, la rentrée s’annonce délicate pour les enseignants. Entre les deux mois de confinement et un dernier trimestre sous le signe de l’enseignement à distance, il est peu probable que tous les programmes de l’année précédente aient été bouclés. Pourtant, ceux de cette année ne seront pas pour autant modifiés ou adaptés. Car changer un programme est un processus long qui exige réflexion et concertation.

L’urgence climatique, les révolutions arabes ou des textes de littérature écrits par des femmes, autant de nouveautés qui ont fait leur entrée ces dernières années dans les classes. Régulièrement, les programmes scolaires changent. Si de nouvelles notions font leur apparition, d’autre doivent disparaître, les heures de cours n’étant pas extensibles. Un choix parfois cornélien.

Qui choisit les programmes ?

Depuis 2013 et la création de cette instance pour permettre plus de transparence, le Conseil supérieur des programmes (CSP) donne des avis et formule des propositions à la demande du ministre. Il réunit trois députés et trois sénateurs, deux représentants du conseil économique social et environnemental (CESE) ainsi que huit personnalités qualifiées, détaille la rue de Grenelle. Ces dernières sont “nommées par le ministre de l’Éducation nationale pour leur excellence dans leur domaine et leur connaissance du système éducatif”, précise le site du ministère de l’Éducation nationale.

Sur une thématique donnée, le CSP constitue ensuite un groupe d’experts chargé de concevoir le projet de programme. Récemment, certains experts choisis pour aborder le changement climatique dans les programmes scolaires ont fait polémique, notamment pour leurs positions climato-sceptiques. Pour Dominique Raulin, professeur agrégé de mathématiques et ancien secrétaire général puis président par intérim du conseil national des programmes (remplacé par le CSP), les enseignants devraient pouvoir donner leur avis.

“On pourrait envisager une consultation institutionnalisée sous la responsabilité des chefs d’établissement ou des inspecteurs d’académie, notamment par le biais des syndicats ou des associations de professeurs, afin de réfléchir aux contenus, envisage-t-il pour BFMTV.com. Cela permettrait de proposer un programme qui serait le résultat d’une dynamique collective et non un travail d’expert isolé. Car au bout du bout, ce sont les enseignants qui les mettent en œuvre.”

Il est arrivé par le passé que les préconisations fassent polémique. En 2015, le vocabulaire employé dans le cadre de la réforme du collège de Najat Vallaud-Belkacem avait beaucoup fait réagir les enseignants. Pour les élèves, il n’était plus question de s’exprimer mais de “produire des messages à l’oral et à l’écrit”. On n’apprenait plus une langue étrangère, il s’agissait d’aller “de soi et de l’ici vers l’autre et l’ailleurs”. Nager était devenu “se déplacer de façon autonome, plus longtemps, plus vite, dans un milieu aquatique profond standardisé” ou encore “traverser l’eau avec le moins de résistance en équilibre horizontal par immersion prolongée de la tête”. Et on ne disait plus dire courir mais “créer de la vitesse”.

Quelles notions aborder ?

Pour Dominique Raulin, “aucune connaissance ne s’impose de façon absolue comme devant être enseignée”.

“Quand j’étais au lycée, on étudiait l’histoire jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il faut aujourd’hui ajouter plus de soixante ans avec la Guerre froide, le 11-Septembre ou encore les révolutions arabes. On est face à des choix terribles. Ce qui est tout autant valable dans les autres matières. Quand j’étais au collège, en biologie, on apprenait le nom des os. Ce que j’ai fait retirer lorsque j’étais à la tête des programmes pour aborder d’autres notions comme le sida ou l’ADN. La biologie des années 1980 n’a rien à voir avec les sciences de la vie et de la Terre des années 2020.”

Des questions qui se posent tout autant dans les autres matières. En littérature, faut-il se cantonner aux classiques ou laisser la possibilité d’étudier des textes d’auteurs encore vivants ? En arts plastiques, l’art contemporain peut-il trouver sa place aux côtés des chefs d’œuvre de Léonard de Vinci ?

Pour Dominique Raulin, une autre contrainte s’impose dans l’élaboration des programmes : le nombre d’heures alloué à chaque matière. À l’exemple de l’éducation musicale : une heure par semaine au collège. Avec 36 semaines de cours par an, cela représente 144 heures de la 6e à la 3e. “En enlevant les heures de contrôles ou de notation, il ne reste plus qu’une centaine d’heures. Qu’est-il possible d’enseigner en cent heures pour que cela serve à quelque chose ?”

Selon ce spécialiste des sciences éducatives, il est impératif que les programmes scolaires répondent aux évolutions de la société. “En mathématiques, nous avons tous appris le théorème de Pythagore, mais cela ne nous sert à rien dans le quotidien. Ne vaut-il pas mieux développer des compétences qui seront liées à un usage concret des mathématiques dans la vie quotidienne ?”

Sans compter que les possibilités qu’offre internet sont à prendre en compte. “Est-il nécessaire de faire mémoriser Pythagore alors qu’il suffit de taper sur Google pour avoir la réponse ? Il y a une différence entre connaître l’existence de quelque chose et l’apprendre par cœur.”

Trop de changements ?

Ces dernières décennies, les programmes auraient eu tendance à changer régulièrement “au coup par coup”, une discipline particulière sur un niveau donné, sans vision globale sur l’ensemble de la scolarité, remarque pour BFMTV.com Claude Lelièvre, historien de l’éducation. Du “bricolage”, selon lui. “Habituellement, les changements se font dans un certain désordre. D’un côté le primaire, de l’autre le collège ou le lycée mais pas en même temps.” À l’exception de Najat Vallaud Belkacem, durant le quinquennat de François Hollande, qui a proposé une réforme du collège et une refonte des programmes du CP à la troisième. “C’était inédit, cela ne s’était jamais produit auparavant”, poursuit Claude Lelièvre.

“En réalité, les ministres ne veulent pas donner leur nom à une réforme et ce n’est pas une fantaisie de leur part que de vouloir changer les programmes. Comme sur l’urgence climatique ou les questions de genre, l’opinion publique demande à ce que l’école se saisisse de ces sujets. Que ce soit en littérature, SVT, physique ou histoire, les programmes doivent refléter l’évolution des savoirs savants et les enjeux nouveaux qui se présentent.”

Mais ce spécialiste des politiques éducatives regrette que les évolutions de programmes se fassent le plus souvent en réaction à des débats de société qu’en envisageant des grandes évolutions et des objectifs à long terme.

“Nous sommes prisonniers de l’idée qu’il faut faire des programmes très précis, élaborés, cela les rend d’autant plus incohérents et impossibles à enseigner.”

 

Source : bfmtv.com, “Comment sont mis au point les programmes scolaires ?”, par Céline Hussonnois-Alaya, publié le 6 septembre 2020. https ://www.bfmtv.com/societe/education/comment-sont-mis-au-point-les-programmes-scolaires_AN-202009040210.html

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