INFOS-ECOLES-COVID-19Dans les écoles primaires, veillée d’armes avant le déconfinement

5 mai 20200
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Branle-bas de combat ! La reprise arrive et, avec elle, des questionnements divers et variés sur les modalités de la "rentrée"...

“Organiser les classes, recenser les effectifs, ranger les jouets et tout désinfecter : avant le 11 mai, la liste des préparatifs est infinie. A Paris, Anne Hidalgo a affirmé lundi soir que « 15 % des élèves seraient accueillis », et seulement à partir du 14 mai.

A une semaine de la réouverture programmée des écoles maternelles et élémentaires, communauté scolaire et municipalités ne cachent plus leurs inquiétudes alors que l’exécutif martèle sa promesse de rouvrir les établissements scolaires à partir du 11 mai. Certes, « de manière très progressive ».Lundi 4 mai, devant les sénateurs, le premier ministre, Edouard Philippe, a rappelé la « priorité sociale et républicaine » de la réouverture des écoles, qualifiant le décrochage de « bombe à retardement ».

La veille, 331 maires d’Ile-de-France, dont la maire de Paris, Anne Hidalgo, avaient signé une lettre ouverte – ils étaient 391 mardi matin –, publiée sur le site de La Tribune, pour demander officiellement le report de la rentrée. Le premier ministre a semblé s’adresser à eux lorsqu’il a concédé, le 4 mai devant les sénateurs, que « la situation ne sera pas identique dans toutes les communes ». Avant d’ajouter : « Ne disons pas d’emblée que, parce que cela ne serait pas possible partout, cela ne devrait avoir lieu nulle part. »

Le protocole sanitaire de l’éducation nationale – qui a circulé à partir du 29 avril – a en effet surpris les directeurs d’école et les communes, par son ampleur et sa complexité. Il prévoit une batterie de mesures drastiques, insistant sur le lavage régulier des mains et le respect d’une distance d’un mètre entre les personnes. On y lit également que tous les bureaux devront être espacés d’un mètre, les jeux partagés rangés, les récréations échelonnées, le matériel pédagogique désinfecté régulièrement, la circulation organisée dans les couloirs et dans les classes à l’aide d’un marquage au sol.

Alors que les collectivités et les directeurs d’école n’ont plus que quelques jours pour tout organiser, de nombreuses mairies ont annoncé reporter la rentrée des élèves d’au moins quelques jours. Le 14 mai a été retenu à Roubaix, et à Lille – où les maternelles ne reprendront qu’à partir du 25 mai, « en fonction des retours des parents » et uniquement pour les grandes sections. Les élèves reprendront à partir du 18 mai à Montreuil et à Pantin (Seine-Saint-Denis).

La maire de Paris, Anne Hidalgo, a affirmé lundi soir au Parisien que « 15 % des élèves seraient accueillis », et seulement à partir du 14 mai. « La préparation de la rentrée ne se fait pas par médias interposés », a sèchement répliqué Jean-Michel Blanquer, dans la foulée, sur BFM-TV, ajoutant que « ce n’est pas la maire de Paris qui définit le pourcentage, mais l’éducation nationale ». Le ministre de l’éducation a précisé que ces 15 % d’élèves seraient en « roulement », et que ce chiffre avait vocation à augmenter. Sur la jauge par classes, abaissée à 10 élèves en primaire par la mairie de Paris, il a appelé à faire preuve de « pragmatisme » en fonction de la taille des classes.

Faire face à l’angoisse des familles

Pour les directeurs, la première difficulté est de faire face à l’angoisse des familles : celles qui attendent de renvoyer leurs enfants à l’école, comme celles qui ne le souhaitent pas. Les enseignants s’efforcent de calculer combien d’élèves reviendront. Bien souvent, ils ne sont pas très nombreux, mais l’accueil est de toute façon limité à 15 par classe en élémentaire, et 10 en maternelle. « L’organisation est très compliquée, car on ne sait pas exactement combien d’élèves vont revenir la semaine prochaine », confie ainsi une directrice d’école maternelle dans le 8e arrondissement de Lyon, qui souhaite rester anonyme. La mairie a envoyé un questionnaire par e-mail à tous les parents, pour leur demander s’ils envisagent d’envoyer leurs enfants à l’école, et à la cantine. Mais dans ce quartier populaire, toutes les familles ne sont pas connectées. Alors la directrice les appelle au téléphone pour en savoir plus. « Beaucoup d’enfants ont des parents qui ne travaillent pas, précise-t-elle. Ils n’envisagent pas de les remettre à l’école. »

Dans les quartiers nord de Marseille, un directeur d’école primaire REP+, qui ne souhaite pas être cité, indique avoir refusé de sonder les parents. « Je ne peux pas détailler les conditions sanitaires dans lesquelles leurs enfants seront accueillis, justifie-t-il. Je ne vais pas leur demander de se prononcer sur quelque chose d’aussi important sans éléments. » L’équipe pédagogique, en contact avec la quasi-totalité des familles, estime le nombre d’élèves prêts à retourner en classe à seulement une dizaine, sur 280 habituellement.

A l’inverse, certains s’inquiètent de ces parents qui « demandent déjà des nouvelles ». Il faudra annoncer que l’école ne reprendra pas en présentiel pour leur enfant. A Paris, la Mairie a demandé d’accueillir en priorité les enfants de soignants, d’enseignants, de policiers, de pompiers, de commerçants et d’employés des pompes funèbres, comme depuis plusieurs semaines déjà. A partir du 14 mai, l’accueil sera élargi aux enfants de salariés de la RATP et de la SNCF, aux élèves considérés comme à risque de décrochage, aux enfants en situation de handicap et aux niveaux dits « charnières » (grande section, CP, CM2).

Enseignement à distance

Une directrice d’école maternelle de l’Est parisien a calculé qu’avec les enfants prioritaires « on arrive facilement à une vingtaine d’élèves » sur 120, à répartir entre les quatre enseignants présents – l’un d’entre eux a déjà annoncé qu’il ne pourrait revenir à l’école, pour des raisons de santé. A Pantin (Seine-Saint-Denis), la mairie a recommandé de ne pas accueillir « plus d’une trentaine d’enfants », rapporte une directrice d’école maternelle. « Qu’est-ce qu’on va dire aux parents qui vont nous amener leurs enfants au portail ?, s’inquiète-t-elle. Il y aura des parents qui comptent retourner travailler, mais dont les noms ne seront pas sur les listes. »

Dans de nombreuses écoles, l’accueil en petits groupes – qui alterneront le plus souvent au cours de la semaine – remet en cause le travail réalisé à distance depuis le 16 mars. Si les enseignants sont toute la journée avec les demi-groupes, qui va s’occuper des élèves qui restent chez eux ? De plus, en fonction du nombre de professeurs disponibles, les groupes ne correspondront pas forcément aux anciennes classes. Dans une circulaire mise en ligne lundi 4 mai, l’éducation nationale précise que les personnels « vulnérables » pourront s’occuper de l’enseignement à distance. « Ça n’enchante pas les enseignants, qui vont se retrouver à gérer des élèves qui ne sont pas les leurs », avance un directeur de Montreuil (Seine-Saint-Denis). Ceux qui assurent un service complet dans l’école ne seront pas astreints à l’enseignement à distance, a également précisé l’éducation nationale.

Pour Juliette Bigot, directrice de l’école Mirabeau à Blois (Loir-et-Cher), ce problème est d’autant plus criant que son école classée REP+ accueille un public fragile. « Il nous a fallu du temps pour accrocher les enfants à la scolarité à distance, rapporte-t-elle. Beaucoup d’entre eux ne parlent pas français lorsqu’ils rentrent à la maison. S’ils restent chez eux, comment feront leurs professeurs, qui devront dans le même temps s’occuper des enfants en classe ? »

L’articulation entre « présentiel » et école à distance est loin d’être le seul paradoxe de cette rentrée singulière. Car, même si les enfants sont peu nombreux, les écoles doivent être prêtes à respecter toutes les règles sanitaires. Une directrice d’école primaire de Redon (Ille-et-Vilaine) raconte par exemple avoir déboulonné une porte pour éviter que les élèves ne la touchent. « Il faut enlever une partie du mobilier dans chaque classe, pour espacer les bureaux », explique-t-elle, mais aussi indiquer au sol un sens de circulation pour éviter que les élèves ne se croisent. Dans les classes de maternelle, tous les jeux seront rangés, et remplacés par des petites tables individuelles. « Chaque enfant aura un bac personnel avec son matériel, précise la directrice. Un pot à crayons, un puzzle, un jeu de construction chacun. Au bout de quelques jours, on fera tourner les jeux, après les avoir désinfectés. »

Dans l’Est parisien, la directrice a déjà retiré tous les jeux en bois de ses salles de classes, car ils sont « les plus difficiles à nettoyer ». Mais pour le toboggan de la cour, elle ne sait pas trop quoi faire. « A lire le protocole, il faudrait le désinfecter à chaque fois qu’un enfant glisse dessus », remarque-t-elle, perplexe. A Blois, la mairie a pris les devants sur le sujet : « Nous planchons actuellement sur les sens de circulation et la fermeture des jeux à la Rubalise », précise l’adjoint au maire chargé des questions d’éducation, Benjamin Vételé.

Repas dans les classes

Partout, la question du respect des gestes barrières se pose, alors que le protocole sanitaire précise qu’une distance d’un mètre doit être respectée en toutes circonstances. Dans les situations où ça n’est pas possible, les enseignants doivent porter un masque. A ce sujet, les directeurs d’écoles maternelles sont évidemment les plus inquiets. « Attacher des lacets à distance, je n’ai jamais su faire. Et pourtant, j’ai de l’expérience », ironise la directrice parisienne. « Notre grosse inquiétude, c’est le respect des gestes barrières des plus petits, indique le directeur de l’école primaire Legouvé de Roubaix (Nord), Benoît Tirmarche. Si on applique strictement le protocole, cela va presque s’apparenter à de la maltraitance affective : ils vont devoir rester assis sur leur chaise toute la journée, sans pouvoir se mélanger. »

D’une ville à l’autre, les mairies n’ont pas priorisé les mêmes sujets, de sorte que, partout, des questions persistent. Quid de la cantine ? Le protocole précise que les repas pourront être pris dans les classes, si les conditions sanitaires ne peuvent pas être respectées dans les réfectoires. Certaines communes ont déjà tout organisé : la ville de Roubaix, par exemple, a choisi d’assurer un menu unique, sans viande, avec un maximum de repas chauds. A l’école Legouvé, ces repas seront servis pendant une pause méridienne qui pourrait être élargie de 11 heures à 14 heures au lieu de l’habituelle 11 h 30-13 h 30, et ce pour éviter que des groupes trop nombreux ne se croisent au réfectoire. A Paris, « la question n’est pas tranchée », indique Anne Hidalgo, entre manger à la cantine et organiser un « portage » des repas dans les salles de classe.

Enfin, une question reste en suspens : « Que va-t-on faire avec nos élèves ? »,s’interrogent de nombreux enseignants. Alors que la plupart des jeux collectifs sont proscrits, ils vont devoir déployer des trésors d’inventivité pour occuper les plus petits. « Nous expliquons aux parents que l’école va reprendre dans une configuration spéciale, qu’on ne pourra pas faire la classe et l’apprentissage comme d’habitude », indique la directrice lyonnaise. Beaucoup de professeurs prédisent que l’école entre la mi-mai et la fin juin ressemblera plutôt à une « grande garderie » où l’objectif gouvernemental de lutte contre le décrochage risque fort, hélas, de ressembler à un vœu pieux.”


Source : lemonde.fr, “Dans les écoles primaires, veillée d’armes avant le déconfinement”, par Richard Schittly (Lyon, correspondant), Gilles Rof (Marseille, correspondant), Laurie Moniez (Lille, correspondance), Violaine Morin et Jordan Pouille (Blois, correspondant). Publié le 5/5/20.

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