L’Education nationale«Covid ou pas, je câline les enfants qui pleurent» : les indispensables Atsem en maternelle (Le Parisien)

1 février 20210
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“Les agentes des écoles maternelles jouent un rôle tout aussi essentiel que les professeurs, qu’elles épaulent dans la poursuite de la classe pour les tout-petits. Nous avons pu suivre le quotidien de l’une d’elles. Hilare, Assia se sèche les mains, court vers sa classe… et chute. Plat ventre, en plein milieu des toilettes. Sonnée, la...

“Les agentes des écoles maternelles jouent un rôle tout aussi essentiel que les professeurs, qu’elles épaulent dans la poursuite de la classe pour les tout-petits. Nous avons pu suivre le quotidien de l’une d’elles.

Hilare, Assia se sèche les mains, court vers sa classe… et chute. Plat ventre, en plein milieu des toilettes. Sonnée, la fillette d’à peine 3 ans hésite, puis craque et pleure à chaudes larmes. Ni une, ni deux, Vanessa, masque sur le nez, se précipite à son secours, prend la petite dans ses bras et lui fait un gros câlin. « Covid-19 ou pas, je ne laisse pas un enfant pleurer sans le câliner : il ne comprendrait pas », justifie Vanessa.

La presque quadragénaire est Atsem, pour « Agent territorial spécialisé des écoles maternelles », à l’école Henri-Barbusse de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Acronyme méconnu, derrière lequel se cache un rôle clé. Ici, tous comptent sur elle : enfants, instits, parents. D’autant plus avec la crise du Covid et son protocole sanitaire renforcé, qui ont fait exploser leur charge de travail : + 25 % selon les syndicats !

52 000 employées en France

« Je suis celle qui met de l’huile dans les rouages : j’aide la maîtresse, je console quand il y a besoin, il m’arrive aussi de gronder. Et, de plus en plus, je suis la femme de ménage », résume Vanessa, employée, comme tous ses collègues, par la Ville et non pas l’Education nationale. En France, elles sont 52000 employées sous ce statut, accessible par un concours. Ce jeudi matin, à Clichy-sous-Bois, le marathon démarre dès 7h30 pour Vanessa, en poste dans une toute petite section, qui scolarise des enfants dès 2 ans.

Première tâche de la journée : le passage aux toilettes. « A la rentrée de septembre, aucun n’était propre. Aujourd’hui, seuls deux portent encore une couche », se félicite Vanessa, pas étrangère à cette avancée. Dans la foulée, place au lavage des mains. Paume contre paume, doigts entrelacés, le pouce et chacun des ongles : le rituel anti-Covid est rodé. Il sera répété plus d’une dizaine de fois dans la journée, sous l’impulsion de Vanessa. « Cela fait partie du protocole remis par l’Education nationale. Dès qu’ils quittent un endroit, lavage des mains obligatoire. Avant, c’était juste aux toilettes », rappelle-t-elle.

Impossible de garder la distance

Régulièrement, Vanessa enfile sa casquette de seconde maman. Un bobo, un coup de blues, un litige : « Les occasions sont nombreuses », rit-elle. Et dans ces cas-là, le Covid-19 devient secondaire.

Le protocole sanitaire recommande aux Atsem de « limiter le contact avec les élèves » et de « ne pas se tenir en face d’eux mais côte à côte »… De quoi faire sourire notre agent : « Essayez de maintenir une distanciation avec un gamin de 3 ans, c’est impossible. En cette période, beaucoup ont le nez qui coule, je dois les moucher régulièrement. Est-ce Covid compatible ? Et puis, rien qu’aux toilettes, il faut bien leur essuyer les fesses », énumère Vanessa, qui assume aussi « les câlins ». « On a une fonction maternelle, c’est ce que les parents attendent de nous. Ils ne veulent pas confier leur progéniture à des robots ! »

A 10 heures, Escola, la maîtresse, entame un atelier graphisme. Vanessa recadre Aaron, calme Najib, conseille Nermin, vole au secours de celui qui bute sur un exercice. « Je ne suis pas là pour enseigner, c’est un métier. Je suis là pour que tout soit fluide ! » Un vrai pilier pour Escola. « Sans elles, je ne m’en sortirais pas, il ne pourrait y avoir aucun protocole chez les tout-petits, avoue-t-elle. Elles sont indispensables, encore plus aujourd’hui. »

Des crevasses entre les doigts

A l’issue de l’atelier, Vanessa, aidée par un stagiaire, désinfecte tables et matériel. « Théoriquement, je devrais le faire à chaque manipulation, mais… on fait au mieux », grince-t-elle. En montrant du doigt les crocodiles à bascule rangés dans un coin, elle développe : « A chaque temps détente, les enfants passent de croco en croco. Impossible de passer une lingette après chaque passage ! » D’ailleurs, cette succession de désinfections laisse des traces. « J’ai des crevasses partout entre les doigts », grimace l’Atsem, qui recourt à un pot de crème hydratante.

« Dans certaines villes, les municipalités tentent de décharger les Atsem en allouant des agents supplémentaires aux écoles », note Daniel Clérembaux, délégué de la FSU-Territoriale, qui regrette que cela ne soit « pas généralisé ». C’est le cas à Clichy-sous-Bois : des employés municipaux chargés de surveiller les passages piétons enfilent une blouse matin et après-midi pour venir désinfecter chaque poignée de porte dans les écoles de la ville.

A midi, direction la cantine. Appliquer un non-brassage strict des classes étant « impossible », charge aux Atsem de limiter les contacts entre tables. « Je n’ai pas le temps de manger », glisse Vanessa, ses deux collègues d’autres classes prenant à peine le temps d’avaler un Tupperware réchauffé au micro-ondes. Dans la foulée, les enfants filent à la sieste, et Escola prend le relais pour leur surveillance. Une pause pour Vanessa ? « Non, je file nettoyer la classe ! » Sa journée s’arrête vers 16 h 30, quand les ouailles ont été récupérées par leurs parents. « Je ne fais pas long feu : à 21 heures, je dors », sourit Vanessa, heureuse dans son travail mais épuisée par ces journées alourdies par le protocole.

«Les oubliées de la crise sanitaire»

Depuis le début de la crise, la jeune femme n’a touché aucune indemnité supplémentaire. Son salaire tourne autour de 1 400 euros. « Ce sont les grandes oubliées de la crise sanitaire », résume Daniel Clérembaux. « Quand j’écoute les prises de parole du gouvernement, j’entends souvent le mot prof, ou parent, même élève. Mais jamais Atsem », abonde tristement Vanessa.

Au sortir de la crise, peuvent-elles espérer meilleure reconnaissance ? « Ce que nous demandons, c’est que leur cadre d’emploi soit celui d’agent de maîtrise, le plus haut grade de la catégorie C. Cela donnerait lieu à une meilleure base salariale, explique Daniel Clérembaux. Mais nous sommes pessimistes : il faudrait un gros mouvement social. Or, les Atsem, par-dessus tout, détestent mettre les parents dans la mouise. »”

Source : leparisien.fr, “«Covid ou pas, je câline les enfants qui pleurent» : les indispensables Atsem en maternelle”, publié le 1/2/21V par Thomas Poupeau. https ://www.leparisien.fr/societe/covid-ou-pas-je-caline-les-enfants-qui-pleurent-les-indispensables-atsem-en-maternelle-01-02-2021-8422347.php

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