DébattreCOVID, enseignement à distance, séparatisme… Le Ministre répond.

30 septembre 20200
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Grand entretien du Figaro avec le Ministre de l'Education nationale.

Jean-Michel Blanquer : «L’école n’est pas le nid du virus. On ne doit pas engourdir la société» (Le Figaro)

“GRAND ENTRETIEN – Le ministre promet des augmentations de 50 à 100 euros par mois pour les jeunes enseignants.

Éducation Covid, revalorisation des enseignants, loi contre le séparatisme, réforme du lycée et du bac : un mois après la rentrée, le ministre de l’Éducation nationale affiche toujours la même sérénité. À l’entendre, la France est un des pays qui a le mieux réussi sa rentrée, en faisant revenir tous les enfants à l’école. Aux enseignants mal payés en début et milieu de carrière, il continue de promettre une augmentation substantielle.

LE FIGARO – La situation sanitaire est-elle maîtrisée dans l’enseignement scolaire, un mois après la rentrée ?
Jean-Michel BLANQUER. – Notre double objectif, qui est d’une part d’assurer la sécurité des enfants et des adultes, et d’autre part, de ramener tous les enfants à l’école, est atteint. Les cas sont assez stables, avec un peu plus de 1000 par jour depuis début septembre, sur 12,6 millions d’élèves et 880.000 professeurs, soit une très faible proportion. À ce jour, nous ne comptons que 10 écoles fermées, contre 19 il y a une semaine, et 89 il y a 15 jours. Dans l’immense majorité des cas, les élèves positifs sont asymptomatiques ou présentent des symptômes sans gravité. Nous nous étions préparés à l’ouverture de toutes nos écoles et pour tous nos élèves, ce que peu de pays réussissent actuellement. Nous savions aussi qu’il fallait se préparer à fermer des écoles et des classes de façon très préventive, pour prévenir la diffusion du virus, conséquence normale de la prudence que l’on doit avoir.

Les chiffres de Santé publique France assurent pourtant qu’un tiers des clusters se trouvent désormais dans les écoles et les universités…
C’est logique car nous sommes très nombreux : 12,6 millions d’élèves, 3 millions d’étudiants. Mais additionner les cas chez les écoliers aux cas chez les étudiants, ce n’est pas pertinent. On sait que la contagiosité des étudiants est plus forte que celle des enfants, notamment en raison de leurs activités extérieures. Santé publique France s’apprête d’ailleurs à différencier ces données. Aujourd’hui, les enfants sont très peu ou pas contaminants entre eux, comme l’a indiqué le Haut Conseil de la santé publique dans son avis du 17 septembre.

Certains médecins, comme l’infectiologue Karine Lacombe, parlent de masquer les enfants de moins de onze ans. Qu’en pensez-vous ?
De nombreux scientifiques estiment que le port du masque en primaire serait contre-productif. Je suis toujours attentif à ce que disent les médecins du Haut Conseil de la santé publique ou de la Société française de pédiatrie. Les scientifiques ont leurs débats internes, c’est une bonne chose, mais les déclarations intempestives nuisent à l’intérêt général. Juste avant la rentrée, une tribune de quelques médecins assurait que la réouverture des écoles n’était pas envisageable. Nous faisons la part des choses.

Allez-vous jusqu’à dire que les élèves sont particulièrement protégés à l’école ?
En valeur relative, oui. L’accélération du virus a commencé lors des vacances estivales, lorsqu’il y a eu moins de respect des gestes barrières, plus de sorties, de rencontres. Pendant le confinement, nous avons accueilli les enfants de soignants, qui représentent une population à risque. Or nous n’avons pas constaté de taux de contamination particulièrement élevé. Si les élèves n’étaient pas actuellement à l’école, ils auraient de toute façon probablement une vie sociale avec des facteurs plus contaminants que la vie scolaire.

Des syndicats d’enseignants vous accusent de privilégier la vie économique du pays à la santé. Que leur répondez-vous ?
Mon objectif est clair et transparent : garantir l’éducation à tous les enfants. Et je suis toujours surpris de voir certains considérer cela comme secondaire. Mon rôle est profondément éducatif et social. Le rôle de l’éducation dans notre société est fondamental et ne doit pas être sacrifié. Par ailleurs, le fait que les enfants soient à l’école, que les parents puissent vivre leurs activités économiques et sociales, ne me semble pas être quelque chose de condamnable, même si ce n’est pas l’objectif premier. L’école n’est pas le nid du virus. On ne doit pas engourdir la société

Comment allez-vous revaloriser les enseignants ?
Une première marche importante de cette revalorisation sera franchie en 2021, avec 400 millions d’euros. Elle sera concentrée sur les débuts de carrière, avec des augmentations pouvant aller de 50 à 100 euros nets par mois. Comme je m’y étais engagé en début d’année, je ferai des propositions pour que tout nouveau professeur titularisé en début de carrière voie sa rémunération augmenter d’au moins 100 euros net par mois. Tout cela est à discuter, mais nous sommes dans une démarche de montée en puissance, avec chaque année, des augmentations supplémentaires qui concerneront plus de générations. La stratégie du gouvernement est d’améliorer les dépenses d’investissement plutôt que les dépenses de réparation. Et dans un monde qui se transforme, l’éducation est la meilleure des dépenses d’investissement. Quand on investit sur un élève de maternelle, ce sont des dépenses de transferts sociaux en moins pour l’avenir.

Dans le projet de loi contre le séparatisme, quels sont les leviers sur lesquels l’Éducation nationale peut agir ?
Depuis trois ans, nous avons déjà beaucoup agi. La loi Gatel et la loi sur l’école de la confiance nous ont permis d’avoir un meilleur contrôle sur les ouvertures d’écoles hors contrat et l’instruction à domicile. La loi contre le séparatisme va nous permettre d’améliorer l’arsenal juridique. Le but est de répondre aux pressions qui portent atteinte aux valeurs de la République et de protéger les enfants de tout embrigadement. Aujourd’hui, nous pouvons contrôler les sources de financement d’une école hors contrat au moment de son ouverture, mais pas assez ensuite. Par ailleurs, la fermeture d’un établissement qui viole manifestement les règles de la République est un processus encore trop difficile et trop lourd. Le président de la République devrait indiquer le 2 octobre les orientations sur lesquelles le gouvernement a travaillé pour renforcer la République.

Dans le récent débat sur les tenues correctes exigées à l’école, on a vu, sur les réseaux sociaux, un mouvement de jeunes filles revendiquant le droit de s’habiller comme elles le veulent. Que nous dit ce phénomène de notre société ?
Qu’il faut faire attention à ne pas mélanger tous les sujets. D’un côté, il y a le sujet très légitime de l’égalité garçons-filles et de la liberté de se vêtir, dans le respect des lois. Je suis militant de cela. On doit lutter contre le harcèlement de rue lié à l’irrespect des hommes vis-à-vis des femmes, c’est-à-dire apprendre davantage la civilité. D’un autre côté, il est aussi normal de considérer qu’il existe des lieux spécifiques supposant des codes vestimentaires différents. On ne s’habille pas à l’école comme à la plage. C’est une règle de bon sens. Nous devons aussi être attentifs à toutes les pressions qui s’exercent sur nos enfants, avec en particulier la surenchère en matière de marques. L’école est un sanctuaire où le vêtement ne doit pas être un facteur de gêne ou de pression.

Seuls 20 % des terminales ont choisi les spécialités maths et physique-chimie. 

La réforme du baccalauréat de Jean-Michel Blanquer prend de la couleur. Cette année, les élèves de terminale seront les premiers à passer les épreuves du nouveau bac. En mars, ils commenceront par les deux épreuves dites de «spécialités». Parmi le catalogue des 11 spécialités proposées dans la voie générale, quelles sont celles qui ont rencontré le plus de succès auprès des élèves ? Sans surprise, les mathématiques arrivent en tête (41 %), suivies de la physique-chimie (34 %) et des sciences économiques (33 %), selon des chiffres exclusifs donnés par le ministère de l’Éducation nationale. Honneur aux sciences, donc. Pour autant, «les anciennes filières (S, ES et L) se sont très peu reconstituées», se félicite le ministre de l’Éducation. L’objectif de la réforme était d’ouvrir le champ des possibles et d’éviter une orientation massive en filière S, dictée non pas par amour des maths, mais pour voir s’ouvrir toutes les portes de l’enseignement supérieur.

Dans l’ancien système, 55 % des lycéens faisaient ce choix. Aujourd’hui, ils sont 20 % à avoir choisi, en terminale, les spécialités mathématiques et physique chimie. Juste derrière (14 %), arrive la combinaison faite d’histoire-géographie et de géopolitique et sciences sociales, une nouveauté qui rencontre un franc succès. Par ailleurs, 9 % des élèves sont sortis des combinaisons classiques, en imaginant des doublettes d’un nouveau genre, comme mathématiques et arts.

Stéréotypes pas morts

Mais dans cette nouvelle dynamique, certaines choses restent immuables, à commencer par l’orientation selon le sexe. En première – où les lycéens doivent choisir trois spécialités -, les jeunes filles ne sont que 51 % à demander la spécialité mathématiques, contre près de 70 % pour les garçons. En terminale, elles sont 50 % à l’abandonner, contre seulement 30 % chez les garçons. A contrario, elles sont plus nombreuses à vouloir suivre l’enseignement «humanité, littérature et philosophie». Une spécialité conservée en terminale par seulement 9 % des élèves. Les stéréotypes tournent à plein régime. Mais le ministre promet que ces données «plus fines» permettront de mettre en place des stratégies pour inciter les filles à se diriger vers les filières porteuses.

Autre grande nouveauté : les résultats de ces épreuves de spécialités – qui constituent le cœur de la scolarité des élèves – seront pris en compte sur Parcoursup. Une manière de reconnecter le bac à l’orientation dans le supérieur.”

 

Source : lefigaro.fr, “Jean-Michel Blanquer : «L’école n’est pas le nid du virus. On ne doit pas engourdir la société»”, grand entretien pour Le Figaro, conduit par Marie-Estelle Pech et Caroline Beyer. https ://www.lefigaro.fr/actualite-france/jean-michel-blanquer-l-ecole-n-est-pas-le-nid-du-virus-on-ne-doit-pas-engourdir-la-societe-20200929

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