INFOS-ECOLES-COVID-19Covid-19 : dans les établissements scolaires, le « protocole renforcé » inquiète (Le Monde)

30 octobre 20200
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Le port du masque obligatoire à 6 ans n'en finit pas de susciter interrogations et incompréhensions, surtout parmi les enseignants. Radiographie des doutes et des incertitudes, notamment parmi les syndicats.

“Alors que les écoles, collèges et lycées échapperont au confinement, le gouvernement n’a pas retenu l’idée de demi-groupes dans les classes, pourtant réclamée par plusieurs syndicats d’enseignants.

Le président l’avait annoncé lors de son allocution mercredi 28 octobre : les écoles, collèges et lycées échapperont au confinement. Le lendemain, Jean Castex a précisé lors d’une conférence de presse que le gouvernement l’avait adapté sur « deux points essentiels : l’éducation et le travail ». L’institution scolaire continuera donc de fonctionner, sans changement drastique dans son organisation. Le ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer, a rappelé les « dégâts » provoqués par le confinement sur les élèves et redit sa volonté d’« éviter le décrochage scolaire ». L’école devra donc « accueillir tous les élèves » alors que certains syndicats, dont le SNUipp-FSU et le SNES-FSU, majoritaires chez les enseignants, réclamaient la formation de demi-groupes en rotation à mi-temps. Le ministre de l’éducation nationale s’est cependant félicité des faibles chiffres de contamination à l’école. A la veille des vacances, « il y avait 27 structures scolaires fermées, sur les 61 000 que compte le pays », et « 293 classes fermées, sur 528 400 ». Toujours à cette date, on comptait 8 223 cas Covid parmi les élèv

Cette « exception » au confinement ne se fait pourtant pas sans un renforcement des règles. Un nouveau protocole sanitaire disponible en ligne précise la principale nouveauté, le port du masque obligatoire dès l’âge de 6 ans. Les écoles, collèges et lycées devront en outre remettre au goût du jour certaines règles en vigueur lors de la reprise des mois de mai et juin : limiter les brassages d’élèves, maintenir une distance d’un mètre entre chacun à la cantine et entre les bureaux « quand cela est matériellement possible », échelonner entrées, sorties et récréations. Jean-Michel Blanquer a précisé que, dans ce contexte, les temps pédagogiques prévus autour de l’hommage à Samuel Paty, qui doit se dérouler lundi dans les établissements, pourraient évoluer – selon des modalités encore à définir.

Au lycée, la « souplesse » sera de mise dans l’organisation, et les établissements sont invités à « envisager l’enseignement à distance pour des élèves vulnérables ou des groupes d’élèves ». Partout enfin, ce sera le retour du grand ménage « une fois par jour » et de la désinfection régulière des poignées de porte et autres surfaces – une mission qui, dans les établissements scolaires, est à la charge des agents des collectivités locales.

« Quand cela est possible »

En précisant, en conférence de presse, que ces mesures devaient être mises en place « quand cela est possible » en fonction des configurations locales, le ministre de l’éducation nationale n’est pas allé assez loin, selon certains. « Dire “quand cela est possible” revient à dire que l’on fait comme on peut, donc que l’on fait comme avant, relève ainsi Jean-Rémi Girard, président du Syndicat national des lycées, collèges, écoles et du supérieur (Snalc). Pour nous, un protocole sanitaire ne doit pas dire “dans la mesure du possible, il doit identifier clairement ce qui est obligatoire, ce qui est permis et ce qui est interdit. »

D’autres rappellent aussi que le ministère de l’éducation nationale avait mis en ligne, au mois de juillet, un scénario d’organisation « en cas de circulation active du virus ». « Ce scénario prévoyait clairement de réduire la jauge et d’accueillir les élèves en petits groupes, rappelle Guislaine David, secrétaire générale du SNUipp-FSU. On est en plein dans la circulation active, et c’est à cela qu’il faudrait se résoudre, même si la mise en place serait très compliquée. »

Pourtant, les mesures sanitaires redéfinies jeudi soir sont plus drastiques que celles en usage dans les établissements et accueils périscolaires depuis la rentrée – le respect des gestes barrières ainsi que le port du masque dans l’enseignement secondaire étant les seules véritables obligations depuis septembre. Adapter le fonctionnement des établissements aux nouvelles recommandations relèvera d’ailleurs de la gageure pour beaucoup d’entre eux.

Casse-tête organisationnel

« Le ministre nous laisse une latitude, parce que l’objectif affiché est difficile à atteindre, analyse Florence Delannoy, proviseure du lycée international Montebello de Lille et secrétaire nationale du Syndicat national des personnels de direction de l’éducation nationale (SNPDEN). Au lycée, éviter le brassage est impossible à cause des cours de spécialité, où les classes sont mélangées. Echelonner la cantine par niveaux demanderait de banaliser tous les cours entre 11 heures et 14 heures. Quand on sait que les emplois du temps de lycée prennent trois semaines à construire chaque été, on voit bien que l’application stricte est impossible. »

Les enseignants s’inquiètent de voir revenir un protocole « drastique » qui rappelle les difficiles heures du déconfinement de mai. « Encore des nouvelles choses à organiser à trois jours de la rentrée !, soupire Emilie Garcia, qui dirige une école maternelle de 130 élèves à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Pour elle, le « non-brassage » et le respect des distances à la cantine relèvera du casse-tête organisationnel. « Les murs de la cantine ne sont pas extensibles, rappelle-t-elle. Les récrés échelonnées supposent aussi que chaque enseignant est responsable de sa classe toute la journée, sans pouvoir prendre une pause ne serait-ce que pour aller aux toilettes. D’habitude, on tourne pour surveiller les récrés… »

Le masque dès le CP laisse, lui aussi, les enseignants dubitatifs. « Pour l’apprentissage de la lecture et la phonologie, ça risque d’être compliqué », pointe Estelle, une enseignante de grande section de maternelle et de CP près de Niort (Deux-Sèvres), qui a souhaité garder l’anonymat. Dans sa classe de deux niveaux, l’enseignante devra expliquer pourquoi certains portent le masque, et d’autres non. Mais il posera surtout des problèmes de compréhension. « Les élèves ont du mal à nous entendre avec le masque. Qu’est-ce que ça va être pour nous ? Certains n’ont qu’un petit filet de voix, avec l’appréhension de s’exprimer devant tout le monde. » Sans parler des complications logistiques : « Ce masque, ils vont l’enlever sans arrêt, le toucher, l’égarer au retour des toilettes, de la cantine… Il faut se souvenir qu’un enfant de 6 ans n’est pas du tout autonome. Il faudra tout le temps être derrière eux. »”


Source : lemonde.fr, “Covid-19 : dans les établissements scolaires, le « protocole renforcé » inquiète”, par Violaine Morin, publié le 30/10/20. https ://www.lemonde.fr/societe/article/2020/10/30/covid-19-dans-les-etablissements-scolaires-le-protocole-renforce-inquiete_6057840_3224.html

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