IDEESCoronavirus : les appels à alléger le protocole sanitaire à l’école se multiplient

9 juin 20200
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Les parents d'élèves sont toujours plus nombreux à réclamer la simplification des règles permettant le retour à l'école, dans ce contexte inédit.

“Le ministère de l’éducation nationale affirme que « le sujet est sur la table », alors qu’une majorité de familles attend toujours aux portes des établissements.

Le protocole sanitaire a d’abord été vécu, et c’est son rôle, comme une protection contre le risque de contagion du Covid-19. C’est « notre bouclier », résume Hervé Lalle, directeur d’une école dans le 11e arrondissement de Paris. Mais les temps changent. Et il se demande si les strictes règles de distanciation entre élèves ne sont pas devenues, aussi, une « sorte de poison », qui impose un retour à la normale plus lent qu’ailleurs.

Trois semaines après le retour en classe des premiers écoliers, une majorité de familles attend toujours aux portes de l’école de M. Lalle. Les enfants étaient quatorze à faire leur rentrée à la mi-mai ; ils sont quarante-six aujourd’hui. C’est le tiers de l’effectif ordinaire, et bien moins que ce que réclament des familles « de plus en plus sous la pression d’un retour à l’emploi », souligne ce militant du SE-UNSA.

Mais son argumentaire va au-delà : sans allègement du protocole sanitaire, c’est la « vie de la classe », les « interactions au cœur des apprentissages » qui sont remises en question. « Quand je vois les aires de jeux assaillies d’enfants dans les squares, et mon aire de jeux à moi, toujours déserte dans la cour de récréation, j’ai l’impression qu’on marche sur la tête… L’école serait-elle devenue le seul lieu encore confiné ? »

« On n’en est plus au premier rebondissement »

Il y a une semaine, le ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer, soulignait sur les plateaux télévisés que le « maintien de ce protocole sanitaire strict » était « la condition de la confiance » entre les parents et le corps enseignant. Depuis, lui qui a toujours milité pour une reprise des cours le plus rapidement possible n’exclut pas qu’un « assouplissement » du protocole puisse avoir lieu « bientôt ». « Le sujet est sur la table, souligne-t-on dans son entourage. Jean-Michel Blanquer a pris contact avec [le ministre de la santé] Olivier Véran et le conseil scientifique. »

Ce dernier vient d’infléchir sa position : dans les colonnes du Journal du dimanche, le président du conseil scientifique Jean-François Delfraissy a estimé, dimanche 7 juin, que « même en continuant à respecter [à l’école] des règles un peu lourdes, on pourrait les simplifier en périscolaire d’ici à la fin juin : pendant les repas, les récréations ou le sport ».

Pour mémoire, l’aréopage d’experts était encore, fin avril, opposé à toute réouverture avant septembre. Il doit se pencher, « courant juin », sur les conditions de la rentrée 2020 à la lumière des connaissances scientifiques actuelles. Car celles-ci ont évolué : les conclusions auxquelles sont parvenus les chercheurs français tendraient à démontrer que les enfants sont moins contagieux que les adultes, et qu’ils ne sont sans doute pas les principaux propagateurs du virus.

« On n’en est plus au premier rebondissement, réagit Katia Philippe, enseignante en maternelle dans l’arrière-pays niçois. Un retour à la normale en septembre, c’est ce que nous espérons tous. Plus tôt ? Je ne sais pas… Ce n’est pas à nous de décider. Mais si c’était le cas, ça nous simplifierait la tâche ! »

Dans sa petite école, trente-cinq enfants sont accueillis actuellement, contre quatre-vingt-deux habituellement. « Ici, la demande des familles est couverte, dit-elle. Il nous reste même deux places non attribuées. Mais permettre à des enfants de se croiser, de s’échanger un livre voire de se toucher sans qu’on ait à sortir un mètre mesureur ou une lingette désinfectante, ça nous aiderait à nous recentrer sur l’essentiel. »

Plus d’élèves dans l’enseignement privé

Depuis le déconfinement scolaire, le 11 mai, il faut 1 mètre de distance entre les élèves et 4 mètres carrés par enfant pour respecter les consignes sanitaires. « Et ce dans tous les contextes et dans tous les espaces, se désole Delphine, enseignante dans une petite école rurale de Sologne. C’est ça qui m’empêche d’accueillir plus de huit élèves dans ma classe, parce qu’il faut leur permettre de circuler à 1 mètre les uns des autres. Et puis, si l’on s’en tient strictement au protocole, on ne peut pas  ou difficilement  prêter de livre aux enfants ; on ne peut pas ramasser les copies… Un casse-tête. Il suffit de regarder par la fenêtre la vie qui reprend pour avoir encore plus le sentiment que ces règles sont artificielles. »

Avec la reprise, un seuil de dix élèves par classe a été fixé en maternelle, porté à quinze en élémentaire. Dans les faits, c’est souvent moins : exiguïté des locaux oblige, les groupes reconstitués oscillent entre dix et douze élèves. En tout cas dans le public.

L’enseignement privé s’est, lui, affranchi de ces seuils : dans une note interne du Secrétariat général de l’enseignement catholique en date du 4 juin, il est écrit noir sur blanc que « la règle limitant le nombre d’élèves accueillis dans un groupe à quinze élèves à l’école élémentaire et au collège et à dix élèves en classe de maternelle est abrogée. Seule demeure la nécessité de respecter la distanciation sociale entre élèves et enseignants. » Dans l’enseignement privé sous contrat, 30 % des écoliers et 40 % des collégiens ont rejoint leur classe ; c’est quasiment dix points de plus que dans le public, au primaire comme dans le secondaire.

Le débat n’épargne pas les établissements du second degré. « Mon collège ne fonctionne qu’à moitié », témoigne Philippe Tournier, à la tête de la cité scolaire Victor-Duruy, à Paris. En convoquant, successivement, des groupes de dix à douze collégiens, il est quand même parvenu à faire revenir les deux tiers de ses effectifs.

Elèves « privés de récré »

« Le protocole sanitaire n’est pas fait pour nous embêter, mais s’il était plus léger, on ferait encore mieux », assure-t-il. Pas tant sur le temps de classe qu’en dehors : « Le vrai problème, c’est la circulation des élèves, l’interdiction faite aux groupes de se croiser, explique ce proviseur. On a dû changer les horaires pour que les cours se suivent. Pour les collégiens, la conséquence est rude : eux qui ont tant attendu pour se retrouver se voient privés de récré. »

La deuxième phase du déconfinement prendra fin le 22 juin. Alors que rien ne dit, sur le plan médical, que le virus est derrière nous, cela a-t-il du sens de jouer une nouvelle fois, pour deux semaines de cours seulement, au chamboule tout avec les règles de l’école ?

« Oui, répond-on dans l’entourage de M. Blanquer. C’est important pour tous les enfants de reprendre contact avec leur établissement avant la pause estivale, plus encore sur le plan psychologique que pédagogique. »”


Source : lemonde.fr, “Coronavirus : les appels à alléger le protocole sanitaire à l’école se multiplient”, publié le 9/6/20 par Mattea Battaglia. https ://www.lemonde.fr/societe/article/2020/06/09/coronavirus-les-appels-a-alleger-le-protocole-sanitaire-a-l-ecole-se-multiplient_6042195_3224.html

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