Les chemins de la penséeCes 4 événements historiques qui prouvent qu’après une crise, de nouveaux leaderships émergent (Capital)

31 octobre 20200
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Enfin une occasion de se réjouir !

“Anne Vermès*, expert en analogie histoire-entreprise, nous rappelle que les périodes de guerre, de révolution ou de crises économiques ont souvent précédé des victoires ou des innovations qui ont changé le monde.

L’être humain préfère rester dans sa zone de confort. Pour s’adapter, pour changer ses habitudes, le cerveau humain consomme beaucoup d’énergie, ce qui représente un effort considérable. Il préfère ainsi “piloter” en mode automatique, garder des fonctionnements rodés et connus, miser sur l’expertise, le sûr, le fiable. Les crises et les événements inédits viennent rompre cette routine. Elles constituent en cela des soubresauts salutaires qui poussent à penser différemment, à utiliser une intelligence créative et adaptative. Coup de projecteur sur quatre moments de bascule où des leaderships innovants et résilients ont surgi dans l’Histoire.

Défaite de l’armée française, 1940

De Gaulle marque la rupture. L’homme qui va refuser la défaite de 1940 contre les Nazis est un militaire qui aime l’ordre. Mais Charles de Gaulle a élaboré un système de pensée bien avant cet événement, qui lui a permis d’adopter avec force et cohérence ce leadership de rupture. Il lit beaucoup, et son éclectisme l’amène à découvrir des philosophes ou des thèmes, comme le bouddhisme, éloignés de ses convictions et de son éducation familiale. Dans les ouvrages dans lesquels il développera une pensée libre et structurée, on peut notamment lire le credo suivant : “Pour agir, il faut apprendre à penser, et à penser contre.” Même position face à sa hiérarchie dont il s’autorise à remettre en cause les choix militaires. Dans l’entre-deux-guerres, il n’hésite pas ainsi à critiquer la façon de fonctionner de l’armée française inadaptée selon lui aux temps nouveaux.

La guerre a changé de nature : il milite pour une guerre de mouvement, valorise le rôle des chars. La position de ce jeune officier reste lettre morte auprès de l’état-major. A tort : le mois de juin 1940 signe la débâcle de l’armée française. De Gaulle ressent alors une fureur sans borne, il est terrassé par le chagrin. Il voit le gouvernement sidéré par l’événement. Même des individus brillants, comme Georges Mandel, sont paniqués ; sous l’effet du stress, leur intelligence est dégradée. De Gaulle comprend que le système est figé, que les hommes politiques sont inhibés. Son indépendance d’esprit, son courage et la certitude d’être dans le vrai lui font quitter la France pour prendre la tête de la résistance contre l’occupant. Seul et contre tous.

Révolution de 1848

L’industriel Godin s’engage dans le virage social. En 1848, la France va vivre une crise sans précédent qui mènera à une révolution. Une crise économique d’abord (le pays a connu de mauvaises récoltes), une crise politique (le régime de Louis-Philippe est contesté) et enfin une crise du capitalisme moderne (les premières grèves d’ouvriers s’organisent sur tout le territoire). Dans ce climat de contestations où l’on réclame plus de justice sociale et de démocratie, la majorité des patrons sont désemparés et déstabilisés. Ils ne comprennent pas – ou ne veulent pas comprendre – ce qui se joue.

Après cette terrible secousse, la plupart des dirigeants de l’époque décident de rester dans le chemin classique, ils ne veulent qu’une chose : produire plus pour gagner plus. Mais parmi eux, Jean-Baptiste Godin se démarque. L’industriel, lui, saisit ce qui se trame, d’autant qu’il réfléchit depuis longtemps à cette question : comment inventer un nouveau mode de développement social et économique ?

Ce fils d’artisan devenu entrepreneur a connu les difficultés de la condition ouvrière et la pauvreté. Il a quitté l’école à 11 ans pour suivre la formation des compagnons du Tour de France, en tant que métallier. Passionné par les sciences et les techniques, il a eu l’idée de remplacer, dans la fabrication des ustensiles de cuisine et chauffage, la tôle par la fonte (qui conserve la chaleur). Deux ans avant la Révolution de 1848, il a créé un atelier de fonderie, à Guise, dans l’Aisne, qui, en moins d’un an, emploie une trentaine de salariés. Pas de grèves dans son usine, les ouvriers se savent bien traités.

Une dizaine d’années plus tard, l’entrepreneur va concrétiser son grand projet : la construction du familistère, un lieu de vie “coopératif”, où se réunissent 400 familles, près de 2.000 collaborateurs. Lui-même vit dans ce “Palais social”. L’école y est proposée aux enfants, un système de protection sociale mis en place… L’idéal de cet entrepreneur social peut se résumer ainsi : ouvrir les intelligences, stimuler la découverte de ses talents par une expérimentation variée et diverse, transmettre grâce à une pédagogie novatrice. Son but ultime : faire émerger une génération de salariés, futurs entrepreneurs à qui il cédera son entreprise.

Blocus continental (1806-1814)

De nouveaux débouchés pour la Veuve Clicquot. Fille d’un petit producteur de champagne, Barbe-Nicole Clicquot n’a pas 30 ans quand son mari meurt en 1805. Loin de se laisser abattre, elle décide de reprendre le négoce familial, sous le regard avide des concurrents qui guettent le moindre faux pas de la jeune femme. Il faut dire qu’elle n’y connaît pas grand-chose. Elle apprend le métier en passant des heures aux côtés des vignerons qui lui enseignent le soin à apporter aux vignes, les secrets de fabrication…

Un an après avoir repris les rênes de la maison viticole, le Blocus continental est décrété par Napoléon. Une catastrophe pour les Champenois qui voient leur vente s’effondrer. Les voies sont bouchées vers la Grande-Bretagne ? La Veuve Clicquot envoie son représentant de commerce, Louis Bohne, “humer le terrain” pour trouver de nouvelles opportunités commerciales.

Alors que les autres maisons attendent le retour à des jours meilleurs, la femme d’affaires profite de la crise pour développer sa présence en Russie. Elle adapte même le goût du champagne à ses clients russes qui le préfèrent plus sucré. Autre défi à relever : le blocus lui impose un stockage de la marchandise qui finit par détériorer les bouteilles. Elle met alors au point un système toujours en vigueur – la table de remuage – pour éviter l’éclatement des flacons. Elle invente à cette occasion un slogan marketing : “Une seule qualité, la toute première” et signe son vin. Et lors du passage d’une comète au-dessus de la ville de Reims, elle associe l’événement à sa marque et adopte la couleur jaune pour ses étiquettes. Le blocus prend fin en 1814. Les flux commerciaux reprennent, mais la Veuve Clicquot a un coup d’avance sur ses concurrents, notamment en Russie, marché sur lequel elle a réussi à établir un leadership durable.

L’Invincible Armada en déroute, 1588

L’agilité et le pragmatisme anglais à l’honneur. Au milieu du XVIe siècle, l’Espagne toute puissante se partage le monde avec le Portugal. Mais un outsider se profile en la personne d’Elisabeth Iere, reine d’Angleterre, qui cherche à bouleverser la donne. Les deux pays se déclarent la guerre et en août 1588 va avoir lieu sur les mers une bataille décisive. Sur le papier, les Espagnols doivent vaincre. L’Armada est dite invincible : l’armée de métier est hiérarchisée et organisée, les soldats ont une solide expérience, l’artillerie est puissante, quoique lourde et longue à recharger.

Face à ce mastodonte, Elisabeth va chercher à constituer une flotte agile et réactive. Elle emploie des marins polyvalents et vifs qu’elles embarquent sur des navires petits mais stables. Les Espagnols ne voient dans ces bateaux que des petites barques inoffensives que leur Armada va facilement terrasser. Et pourtant… Une tempête et un brouillard vont aider Elisabeth à mettre la flotte espagnole en déroute. Cette victoire signe la fin du leadership centralisé et hiérarchisé de l’Espagne pour donner un rôle prépondérant à l’Angleterre. C’est la liberté individuelle et la souplesse, par rapport au process, qui triomphent. Les cartes sont rebattues.

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* Directrice du cabinet de conseil Traits d’unions, coach et formatrice en management.”


Source : capital.fr, “Ces 4 événements historiques qui prouvent qu’après une crise, de nouveaux leaderships émergent”, publié le 30/10/20 par Marie Perronau. https ://www.capital.fr/votre-carriere/ces-4-evenements-historiques-qui-prouvent-quapres-une-crise-de-nouveaux-leaderships-emergent-1384651

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