L'école à la maisonAprès le confinement, faut-il acheter des cahiers de vacances aux enfants cet été ?

2 juillet 20200
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Familiers des parents soucieux de la réussite scolaire de leurs enfants, les cahiers de vacances seront-ils de la partie cette année aussi ?...

“Les ventes de cahiers de vacances pourraient bondir cet été, après trois mois de confinement et d’école à la maison. Mais faire travailler les enfants pendant les vacances, est-ce une bonne idée ? Pas forcément, selon Patrick Rayou, chercheur en sciences de l’éducation et professeur des universités émérite.

C’est une petite musique parfaitement rythmée, qui se répète tous les ans. L’été arrive, les congés approchent, et les cahiers de vacances s’installent dans les rayonnages des librairies et des grandes surfaces. Le sujet prend encore plus de résonance cette année, après trois mois de confinement et d’école à la maison : les ventes pourraient bondir, selon France Inter.

Mais ces cahiers de vacances sont-ils vraiment utiles ? Et après le confinement, faut-il continuer avec une forme d’apprentissage à domicile, ou bien laisser les enfants se reposer ? Éléments de réponse avec Patrick Rayou, chercheur en sciences de l’éducation et professeur des universités émérite.

La peur de la « jachère »

Pour comprendre les enjeux qui entourent le sujet des cahiers de vacances, il faut revenir aux mécanismes qui poussent les parents à acheter des livrets d’exercices. Au départ, il y a une peur : celle de la « jachère », explique-t-il. Autrement dit d’une « déperdition » des connaissances pendant les deux mois de congés estivaux. Dans ce contexte, « tout ce qui peut maximiser les chances » de réussite des élèves est « bienvenu de la part des familles ».

Mais… « ce qui est tout à fait curieux dans la question des devoirs de vacances, en France, c’est qu’il s’agit d’une autoprescription des parents. Je ne crois pas que les enseignants voient cela d’un mauvais œil, mais ils pensent que les devoirs suffisent et que les vacances, c’est les vacances ».

Et selon lui, les cahiers de vacances sont une véritable passion française : au fil des ans, les ouvrages aux couvertures bariolées sont devenus « un rituel dans notre pays ». Une tendance déjà soulignée par le journal Libération , en 2018.

Mais cette peur de la « jachère » pendant la coupure estivale est-elle justifiée ? Pas forcément, selon Patrick Rayou. « Je dirais que si l’apprentissage a été réel »pendant l’année scolaire, « il n’y a pas de risque de jachère », dit-il.

Alors « les enfants qui réussissent le mieux, ceux de cadres, d’enseignants, n’ont pas vraiment besoin de cahiers de vacances ». D’ailleurs, « ce sont les bons élèves qui finissent les cahiers de vacances, ils voient cela comme un jeu ».

Autre élément, ces enfants « trouvent des moyens de développer leur culture générale pendant les vacances » : lectures, conversations… C’est ce que l’on appelle la « pédagogisation de la vie quotidienne ».

Les vacances, creuset d’inégalités

Et cette manière de profiter de la vie de tous les jours pour développer des connaissances, c’est un véritable levier pour optimiser les vacances des enfants, poursuit-il. C’est aussi un creuset d’inégalités. Le chercheur renvoie d’ailleurs à une étude de l’Institut de recherche en économie de l’éducation de l’Université de Bourgogne publiée en 2001, et consacrée aux activités scolaires des élèves pendant l’été.

« Le temps des vacances n’est pas neutre au plan de la réussite scolaire des élèves, notaient les auteurs de cette étude. Il contribue, pour une part importante, aux différenciations sociales de réussite scolaire et plus largement à un accroissement notable des écarts qui se sont déjà constitués en cours d’année entre les “bons” élèves et les autres ».

Un exemple concret : « En mathématiques comme en français, les écarts entre enfants de cadres et enfants de non cadres qui se constituent pendant les congés sont, en volume, pratiquement équivalents à ceux qui se sont constitués pendant l’ensemble de l’année scolaire ».

Le besoin de repos

Alors, pour les autres élèves, ceux qui ont peut-être accusé un petit retard pendant l’année scolaire, les cahiers de vacances peuvent-ils aider ? « Je n’en suis pas sûr », reprend Patrick Rayou. Selon lui, les livrets « ne peuvent pas remplacer l’intervention de ceux qui sont supposés être des spécialistes de l’apprentissage : les enseignants ».

Et puis les cahiers de vacances peuvent, aussi, avoir leurs effets négatifs. Dans le cas d’un élève qui « travaille mais voit que les notes ne suivent pas », durant l’année, le fait de ne pas réussir à finir le livret « peut accentuer un phénomène de perte d’estime de soi ». Et, peut-être, amener à « une sorte d’overdose scolaire ».

Il y a aussi la question des parents, eux qui épaulent leurs enfants au moment de noircir les pages des cahiers. Selon Patrick Rayou, un scénario dans lequel ils ne peuvent pas aider à réaliser un exercice peut « entraîner un phénomène de délégitimation » des adultes.

Derrière toutes ces interrogations se dessinent, en creux, les débats autour des devoirs à la maison eux-mêmes, des notes et des moyennes

Un autre élément revient en toile de fond du sujet des cahiers de vacances : le repos. Dans le système éducatif français, « le montant global des heures à effectuer est très concentré entre septembre et mai-juin ». Conséquence : l’année scolaire est faite de « longues journées » qui génèrent… « un besoin de repos ».

École ouverte

La question résonne encore plus fort avec la crise du coronavirus et le confinement. « Des enfants qui ont été sous pression, dans des conditions difficiles, qui n’ont pas pu sortir… Leur remettre le couvert avec des devoirs à faire ? On peut se demander si c’est efficace, s’interroge le chercheur. Mais on n’en sait rien ».

D’autant que les situations ont été très différentes entre les familles pendant la période de restrictions de déplacement. « On peut imaginer que les cahiers de vacances vont faire du bien à certains élèves qui ont plus ou moins décroché, pendant le confinement, ajoute-t-il. En donnant de la structuration, des exercices… »

En revanche, Patrick Rayou est plus convaincu par une autre possibilité : celle de « reprendre l’école un peu avant la rentrée » dans le cadre du dispositif de l’« école ouverte ». Une manière d’assurer une transition entre les vacances et la classe, et de « commencer à se rescolariser en vacances », sans la compétition de la moyenne… Sa conclusion : « Cela peut être une solution plus intelligente que les cahiers de vacances qui peuvent gâcher les congés et faire l’objet d’un bras de fer familial »…”


Source : ouest-france.fr, “Après le confinement, faut-il acheter des cahiers de vacances aux enfants cet été ?”, publié le 2/7/20 par Nicolas Hasson-Fauré. https ://www.ouest-france.fr/education/vacances-scolaires/apres-le-confinement-faut-il-acheter-des-cahiers-de-vacances-aux-enfants-cet-ete-6891586

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