Éditos et analysesAffaire Mila : le délicat retour à l’école des élèves harcelés

6 février 20200
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Les parents d'élèves sont de plus en plus nombreux à inscrire leurs enfants dans des écoles privées hors contrat, qui sont une solution face aux violences scolaires et à l'inaction des pouvoirs publics en la matière.

L’affaire Mila illustre la difficulté pour les enfants harcelés de retrouver le chemin de l’école après l’avoir subitement quittée.

Depuis deux semaines, sa vie est “en pause”. Mila, 16 ans, harcelée -y compris sur les réseaux sociaux – est déscolarisée et vit sous protection policière, a précisé le ministre de l’Intérieur Christophe Castener lundi, à l’Assemblée nationale. Ses mots critiques envers l’Islam, diffusés sur Instagram le 18 janvier, l’ont conduit à quitter brutalement ses camarades. Si elle confie “regretter la vulgarité de ses propos”, l’adolescente fait maintenant face à un autre problème : retrouver une place dans une classe afin de poursuivre sa scolarité. Jean-Michel Blanquer assurait à son propos, lundi, sur BFM TV : “Nous l’aidons avec une certaine discrétion car l’objectif est de la rescolariser paisiblement pour qu’elle ait une vie normale.” Même si pour l’heure, il s’agit surtout d’attendre que la polémique se tarisse. Selon Richard Malka, son avocat, sa famille “n’arrive pas à trouver un établissement dans lequel la sécurité de (Mila) serait assurée”. Il ne lui reste que l’option des cours à domicile.

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Comme Mila – et même si son histoire a pris une ampleur exceptionnelle compte tenu de sa médiatisation – un jeune français sur dix est touché par le harcèlement scolaire. Soit plus de 700 000 enfants. 55 % des élèves harcelés sont aussi touchés par la cyberviolence, selon les chiffres du ministère de l’Education nationale. Un site gouvernemental lancé en 2013, “Non au harcèlement” et un numéro vert (3020), créé deux ans plus tard, recueillent la parole des élèves harcelés et les assistent dans leur combat. En 2019, ce numéro a reçu 77 742 appels, débouchant sur 2 176 signalements aux 310 “référents harcèlement” présents dans les rectorats. Ce sont eux qui mettent en place les premières mesures pour “protéger l’élève”, assure-t-on du côté du ministère. Des associations sont aussi partenaires de ce dispositif, comme e-enfance, spécialisée dans le cyberharcèlement. Mila a bénéficié de leur expertise. Mais que se passe-t-il après, lorsque la victime tente de retrouver le chemin de l’école ?

Reprendre confiance en soi

Hugo Martinez, président de l’association Hugo (prononcez “you go”), a fait de la reconstruction après le harcèlement sa spécialité. En deux ans d’existence, sa structure a suivi 300 jeunes. Parmi ses actions : l’accompagnement à la scolarisation après une déscolarisation. “Un grand vide dans le système actuel”, pense le jeune homme. Hugo Martinez, harcelé durant toute son enfance, apporte en ce moment son soutien à Loan, 13 ans. L’objectif : trouver une classe à cet adolescent, agressé sexuellement dans son ancien établissement il y a un an. “Aujourd’hui, son académie ne lui propose aucune solution… sauf celle de retourner dans son école”, s’étrangle l’associatif. Pour se reconstruire, en plus d’un soutien thérapeutique, le jeune homme guide aussi Loan vers des pratiques sportives ou artistiques. “Afin qu’il reprenne confiance en lui.”

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Hugo Martinez travaille également avec la psychologue Catherine Verdier. Selon la spécialiste, “un tiers des déscolarisations est dû au harcèlement”. La rescolarisation, quand elle intervient, demeure “compliquée”. “En classe, en présence du professeur, l’élève peut se sentir en confiance. Mais le problème reste le même : ce sont les temps morts, les petits moments hors de la classe, les battements entre les cours, les récréations où l’on côtoie d’autres élèves.” Elle suit plusieurs cas d’enfants déscolarisés et préconise parfois de reprendre l’école à temps partiel pour réapprendre à côtoyer les autres. Déjà un aveu d’impuissance, en somme. Mais “il y a ceux qui n’y arrivent pas, ou pire, qui ne veulent même plus essayer d’y retourner”, explique la spécialiste. “Ils optent alors pour des enseignements à distance, ou des écoles hors contrats”. Chaque cas est unique, selon l’âge de l’enfant, le lieu où il vit. Pour Mila, dont les propos ont eu un écho national, “cela risque d’être très compliqué”, juge la psychologue.

“Redémarrer à zéro”

La déscolarisation est souvent vécue comme un échec. La victime s’en va et les harceleurs restent. C’est ce que regrette Christine, mère de famille dans l’ouest de la France, qui a dû désinscrire sa fille du lycée, il y a quelques années. A l’époque, c’est le médecin de la famille qui pose le premier le mot “déscolarisation” en guise de solution au harcèlement qu’elle subissait. “Je l’avais trouvée détruite psychologiquement”. Christine déplore le manque de compréhension du personnel éducatif et garde en mémoire le jour où elle a accompagné sa fille rendre ses manuels scolaires : “On a eu le sentiment qu’ils étaient contents de se débarrasser du problème.”

Après avoir songé à l’enseignement à distance, Christine a finalement scolarisé sa fille dans un nouvel établissement. Mais dans un autre département. “Ce sont des nouvelles contraintes : financières, logistiques”, témoigne-t-elle. Un nouveau départ, salutaire pour la famille et la jeune fille, malgré la peur, dans le cercle familial, que “tout recommence. Elle devait redémarrer à zéro”, estime Christine, “pour ne pas garder de séquelles de cette expérience.” Un pari réussi : sa fille n’a plus jamais fait l’objet de harcèlement.”


Source : lexpress.fr, “Affaire Mila : le difficile retour à l’école des enfants harcelés”, par Maxime Recoquillé, publié le 5/2/20. https ://www.lexpress.fr/education/affaire-mila-le-delicat-retour-a-l-ecole-des-eleves-harceles_2117268.html

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