L'école en liberté“A partir d’une plaque de métal, faire un objet en 3 dimensions”

28 septembre 20200
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Gros plan sur l'IFTO de Cholet, que nous vous avions présenté en juillet dernier sur Educ'France.

Cholet. L’Ifto forme des chaudronniers, mais aussi des citoyens (Ouest-France)

“La rentrée de septembre a vu apparaître une nouvelle école de production, la troisième de Maine-et-Loire, qui forme en quatre ans des 15-18 ans au métier de chaudronnier.

Le bâtiment ne paye pas de mine, un hangar de tôle situé sur le campus Eurespace de la chambre de commerce et d’industrie de Maine-et-Loire, rue Brémond, à Cholet. À l’intérieur, des postes de travail séparés par des paravents de plastique rouge. C’est là que, depuis trois semaines, Yoan Laouer y professe la chaudronnerie à onze adolescents. Âgés de 14 ou 15 ans, ils composent la première promotion de l’Ifto, l’Institut de formation technique de l’Ouest créée cette année, qui forme au CAP en deux ans et au bac pro en quatre années.

Directeur de cette école de production, troisième voie de la formation professionnelle après le lycée professionnel et le CFA, centre de formation d’apprentis, Emmanuel Rouve n’a pas eu de mal à recruter. «  C’est un métier avec 50 % de taux de tension », c’est-à-dire que quand un entrepreneur recherche deux chaudronniers, il n’en trouve qu’un. «  Si sa formation est bonne, l’élève a la garantie de trouver du travail. » Et le secteur est vaste, de l’aéronautique à la construction navale, en passant par le ferroviaire, pour une spécialité que le directeur présente ainsi : «  À partir d’une plaque de métal, faire un objet en trois dimensions. »

« L’internat est pensé comme un outil pédagogique »

Au programme, 60 % de travail en atelier, 40 % de formation technique complémentaire et d’enseignement du tronc commun : mathématiques, sciences, histoire-géo et anglais. « Les cours sont donnés par des professeurs vacataires du CFA d’Eurespace », précise Emmanuel Rouve. L’Ifto étant certes une école, mais de production, ses élèves réaliseront sous peu des pièces fruits de commandes passées par des entreprises du Choletais et des Mauges, mais aussi par «  quelques grosses entreprises nationales  ».

La formation dispensée pour un coût, selon les cas, de 200 à 400 € par mois sur dix mois comprend l’hébergement. «  L’internat est pensé comme un outil pédagogique », avance le directeur de l’Ifto, troisième école de production du département après celles de soudure à Saumur et de restauration à Angers. «  C’est une ouverture au sport et aux activités culturelles. Tous les quinze jours, il y a un atelier théâtre, pour qu’ils apprennent à s’exprimer, pour leur donner confiance. »L’autre semaine est consacrée à la lecture. «  On recherche d’ailleurs des bénévoles pour animer l’atelier.  » Appel lancé.

Une douzième et dernière place à prendre

L’accent mis sur la formation intellectuelle d’élèves promis à l’exercice d’un métier manuel tient aux spécificités du public que l’Ifto entend à terme mener vers le monde du travail : des jeunes souvent fâchés avec l’école. «  On recrute sur la motivation,observe Yoan Laouer, mais on a tout de même demandé à voir leurs notes. Quand je vois les bulletins que j’ai eus entre les mains, je n’arrive pas à les reconnaître », s’étonne ce maître de formation de 30 ans, qui a lui-même quitté l’école à 14 ans.

Recruté par l’Ifto alors qu’il était son propre patron en Roumanie, Yoan Laouer loue les débuts de ses protégés. «  Ce sont des jeunes qui n’ont jamais tenu un marteau et ils dépassent largement les attentes. Leur motivation, c’est impressionnant. Ils s’adaptent particulièrement vite et ils ont un esprit d’entraide que développe l’internat. » Pour qui voudrait les rejoindre, l’école dispose encore d’une place, après la défection pour inaptitude d’un des élèves. «  Ça n’est pas trop tard, assure le directeur, nous les formons sur quatre ans. »

« On découvre tout, c’est génial ! »

Quoi qu’on en dise, la presse locale a encore ses vertus. Pour Hortense ou Declane, c’est par le journal que ces deux élèves ont découvert la formation de l’Ifto. Alors en 3eau May-sur-Èvre, le second recherchait un métier manuel. «  Le métal m’intéressait beaucoup. Chez mes parents ou mes grands-parents, je rénove plein de choses en métal, comme une machine à laver. J’ai vu une publicité, j’ai appelé.  »Confinement oblige, l’échange se fait en vidéo. « Ils m’ont encouragé à venir ici. » L’ado de 14 ans saute alors le pas.

"A partir d'une plaque de métal, faire un objet en 3 dimensions"
Hortense, 14 ans et seule fille de la promotion de onze élèves, est originaire de Torfou. | OUEST-FRANCE

 

Originaire de Torfou et âgée de 14 ans elle aussi, Hortense, seule fille de la promotion, comptait au départ prendre une autre voie. « Je voulais me diriger vers le social, mais j’ai vu qu’il fallait faire beaucoup d’études et que finalement, ça ne me correspondait pas. » Avec un beau-père tourneur-fraiseur, la bifurcation se fait presque naturellement. « J’ai fait deux stages de trois jours, un dans une entreprise de chaudronnerie et ensuite, de métallerie serrurerie. » C’est la première qui emporte son adhésion.

"A partir d'une plaque de métal, faire un objet en 3 dimensions"
Declane, 14 ans et habitant du May-sur-Èvre, a toujours été intéressé par le travail du métal. | OUEST-FRANCE

 

Pour l’adolescente, quitter le nid familial et découvrir la vie en communauté à l’internat a été un cap à passer, mais ses appréhensions sont désormais levées et l’essentiel reste sa formation. « Ça se passe très bien. On découvre tout, c’est génial ! » Son camarade Declane ne dit pas autre chose. « Il y a un bon esprit d’équipe. On travaille sur beaucoup de machines, on commence par faire des pièces qu’on assemble », détaille celui qui, plus tard, ira « là où il y a beaucoup de travail ». Un avenir encore flou, mais l’enthousiasme est là.

Un capitaine de frégate à la barre de l’Ifto

Jusqu’au 1er septembre, Emmanuel Rouve était encore directeur de l’École des mousses, formant à Brest, entre 15 ans et 18 ans, les futurs marins de la Marine nationale. Il y a passé deux ans. « Ça me plaisait beaucoup, mais, dans la Marine, on fait rarement plus de quelques années dans le même métier. » Avec d’autres projets en tête, l’homme de 49 ans, capitaine de frégate, pense à quitter une carrière longue de trente-trois ans. Vient alors en visite l’amiral Beaussant, originaire du Maine-et-Loire, qui lui propose d’embarquer sur son projet d’institut de formation.

"A partir d'une plaque de métal, faire un objet en 3 dimensions"
Emmanuel Rouve, directeur de l’Ifto, a passé les deux dernières années à la tête de l’École des mousses de Brest. | OUEST-FRANCE

 

Pédagogue, formé tout au long de sa carrière, titulaire d’une licence en coaching et d’un master en éducation de l’University College St Mark & St John de Plymouth (Angleterre), Emmanuel Rouve vogue alors vers le Maine-et-Loire, terra incognita pour ce fils de géologue originaire de l’Aveyron. Ayant, enfant, parcouru le monde au gré des contrats de son père, il quitte la Bretagne et la mer avec quelques certitudes. « La mer ne triche pas et la Marine a des méthodes de formation fiables », observe l’homme, séduit par le modèle des écoles de production.”


Retrouvez notre article de juillet dernier sur l’IFTO ! http :// : https ://educfrance.org/quand-un-marin-fonde-une-ecole/ !

Source : ouest-france.fr, “Cholet. L’Ifto forme des chaudronniers, mais aussi des citoyens”, publié le 28/9/20 par Vincent Danet. https ://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/cholet-49300/cholet-l-ifto-forme-des-chaudronniers-mais-aussi-des-citoyens-6992047

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