ECOLE DU FUTURA LFI comme dans toute la gauche, la nostalgie de l’éducation populaire – Le Monde

13 décembre 20220
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La gauche veut gagner la bataille de l'éducation, après avoir abandonné le terrain des idées. Quelle pourrait être une éventuelle réponse de la droite, face au désir de renouveau éducatif des partis dits de gauche actuel ? Une chose est sûre, la liberté scolaire n'est pas, historiquement, une idée de gauche...

“La France insoumise lance une « école des cadres », Caroline De Haas réfléchit à une école de formation de la Nupes… Le souvenir du PCF parti de masse, comme des syndicats d’étudiants noyautés par les mouvements trotskistes, donne des idées.

Ah ! L’éducation populaire… En parler aux cadres les plus anciens de la gauche, c’est les projeter dans un âge d’or révolu, où, entre syndicalisme étudiant et écoles de formation, les partis bénéficiaient d’appuis et d’un vivier apparemment sans limite dans la jeunesse et au-delà. « C’est fini. C’est terminé », lâche l’ancien premier secrétaire du Parti socialiste (PS) Jean-Christophe Cambadélis, en son temps l’un des principaux animateurs du mouvement lambertiste dans les amphis.

De ce système longtemps fécond de relations entre partis et syndicats d’étudiants, souvent sous influence de l’extrême gauche, il reste une dernière génération. Elle n’est plus celle d’« octobre », comme l’a écrit, dans ses Mémoires, l’historien Benjamin Stora, ancien militant trotskiste longtemps fasciné – comme ses jeunes camarades – par la révolution d’octobre 1917. Ni celle de l’apogée du Parti communiste français, quand il réussissait encore à faire accéder des ouvriers aux plus hautes fonctions politiques. Mais quelques trentenaires viennent encore des mouvements de jeunesse et des syndicats d’étudiants, notamment les néodéputés William Martinet (La France insoumise, LFI, président de l’Union nationale des étudiants de France, UNEF, de 2013 à 2016), Benjamin Lucas (Génération.s, président du Mouvement des jeunes socialistes de 2015 à 2018).
D’autres ont fait carrière en dehors. Et réfléchissent à remobiliser les nouvelles générations, portées dans des luttes pour le climat ou l’engagement associatif mais défiantes vis-à-vis de l’engagement dans les partis. La militante féministe Caroline De Haas, ancienne secrétaire générale de l’UNEF, a lancé, cet été, l’idée d’une école de formation de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) dans une tribune publiée par Mediapart. Une formation de masse, gratuite, pour élever « le niveau de conscience et de structuration politique ».
Devant Jean-Luc Mélenchon, en marge des « amphis » de LFI, à Valence, elle a fait un rapide calcul : si chacune des formations de la Nupes réunit 6 000 personnes en présentiel et en replay, 500 000 sympathisants pourraient être formés d’ici à 2027. Un demi-million de citoyens engagés, pour une campagne, ce n’est pas rien, et le leader « insoumis » n’y était pas insensible.

Mélenchon, grand instituteur

Mais LFI n’a, pour le moment, rien fait de cette proposition pour la Nupes. Elle organise, au contraire, ses propres formations, avec sa propre école. Samedi 26 novembre, au siège du Parti ouvrier indépendant, les jeunes de LFI se sont réunis pour un week-end. Temps fort inévitable : l’explication de texte politique de l’ancien sénateur socialiste. Après cinquante ans d’engagement, M. Mélenchon est libre pour son rôle de grand instituteur, lui qui a toujours préféré discourir devant un auditoire discipliné que dans le chahut des amphis enfumés. Jean-Christophe Cambadélis « le revoi[t] encore dans une coordination à Tolbiac descendre de sa place et se faire huer. Il rabrouait tout le monde. Trois minutes debout sur une table, pour lui ça n’était pas suffisant ».

Jean-Luc Mélenchon regrettait déjà, il y a trente ans, dans A la conquête du chaos (Denoël, 1991), ces « écoles de formation où l’on se chargeait de montrer à chacun quelle était sa place dans la chaîne du temps. On y enseignait l’histoire du mouvement ouvrier et les principales données de base de la pensée socialiste, telle qu’elle s’était affûtée au cours de la lutte ». Un texte qui peut presque se lire comme le mode d’emploi de la nouvelle école de formation « insoumise ».
En fondant, en 1988, avec Julien Dray, La Gauche socialiste – un courant du PS rejoint ensuite par Marie-Noëlle Lienemann –, il avait continué d’exercer une influence au sein de l’UNEF-ID (pour « Indépendante et démocratique »). Gérard Filoche, venu de la Ligue communiste révolutionnaire, donnait des cours les vendredis soir dans un amphithéâtre à Panthéon. Celui-ci raconte qu’il faisait « toutes les révolutions en commençant par la Commune… Comment ça s’était passé, comment ça s’était terminé… Mal, en général ». Les formations de l’UNEF ont vu passer toute la gauche. Caroline De Haas s’en souvient : « C’était chiant ! Des cours en amphis comme des mandarins à la fac… Chiant, mais important, on avait une colonne vertébrale. »
« L’école du militantisme implacable »
Après la dégringolade de l’UNEF, de scandales #metoo en débats sur les réunions « non mixtes » et en opposition au gouvernement de François Hollande, La France insoumise a, un moment, tenté de prendre la place laissée vacante par le PS au sein du syndicat d’étudiants. Puis, elle s’est ravisée. « Les structures politiques investissent les facs directement. Ce n’est plus la machine de guerre UNEF, ce sont des jeunes “insoumis” qui montent des groupes d’action dans leurs facs », décrit l’eurodéputée LFI Manon Aubry.
Quant à la structuration intellectuelle héritée des mouvements trotskistes, le Parti de gauche (PG) avait repris le flambeau, faisant perdurer la tradition, y compris à travers de petits usages, comme le prestige accordé au service d’ordre, confié à des militants chevronnés. En 2011-2012, des week-ends d’étude avaient été organisés aux Lilas (Seine-Saint-Denis), au siège de campagne du PG. Dans la première promotion de cette école de formation, on trouvait notamment Adrien Quatennens et Paul Vannier, aujourd’hui députés. « Je n’ai pas fait l’ENA, je n’ai pas fait Sciences Po. J’ai fait l’école du militantisme implacable, j’ai fait le Parti de gauche ! », revendiquait, en 2018, le député du Nord, aujourd’hui en retrait après avoir reconnu des violences sur son épouse.

Bernard Pignerol, conseiller et ami de M. Mélenchon, s’occupait du compagnonnage avec les militants les plus prometteurs dès l’époque de La Gauche socialiste, il regrette encore certains livres prêtés et jamais revenus… Et résume l’esprit : « D’abord une formation de base, ensuite on sélectionne et on fait une formation des cadres. LFI est en train de le remettre en place de manière systématique. » Et d’ajouter : « Des convictions communes, on y arrive par un chemin de pensée commun. »

Une précédente tentative

Dans la future école des cadres de LFI, qui sera lancée en janvier 2023, Jean-Luc Mélenchon s’occupera en personne de l’un des enseignements, celui sur L’Ere du peuple, son livre de 2014 (Fayard), qu’il remanie sans cesse depuis sa parution. Cette nouvelle école dotée d’une ambition de masse, avec l’élaboration d’un catalogue de cours pour les militants, s’éloigne, en tout cas, par sa gouvernance très « premier cercle », de la précédente tentative de LFI en la matière.

En 2017, le politologue Thomas Guénolé et l’enseignante Manon Le Bretton avaient été chargés de créer l’école de formation du parti mélenchoniste. Ils avaient claqué la porte du mouvement deux ans plus tard, le premier accusant LFI d’être une dictature, la seconde disant sa déception après la succession de « bannissements ». Des cours diffusés en direct avaient été produits – et sont encore en ligne aujourd’hui – entre théorie (« L’Union européenne prison des peuples » ou « Vive la laïcité ») et tutos (« Ecrire une chanson “insoumise” » ou « Comment répondre à un journaliste ? »). M. Guénolé estime avoir eu le champ libre, à l’époque, pour dépoussiérer les choses : « Avant, ça s’inscrivait dans la tradition de formation des militants d’officines trotskistes, beaucoup de pavés léninistes et trotskistes et des discussions avec les aînés pour les comprendre comme il faut… »

Si elle revendique davantage l’héritage du passé, la nouvelle école des cadres du mouvement devrait afficher complet. L’appel aux inscriptions pour la première promotion de 70 personnes a déjà reçu plusieurs candidatures, avec lettre de motivation, pour assister aux dix week-ends de formation prévus. Clémence Guetté, coorganisatrice, assure que la fondation sera un espace ouvert, tant sur l’origine sociale et géographique des militants que sur l’espace confié aux intervenants extérieurs. « La clarification idéologique profonde effectuée par les scores de la présidentielle et des législatives demande qu’on structure sérieusement les liens entre monde politique et intellectuel, dans un endroit où ces derniers ont toute liberté de travail, un espace libre où l’on demande une affinité intellectuelle, pas une adhésion », assure la députée LFI du Val-de-Marne. Parmi les galaxies de chercheurs et de sympathisants « insoumis » périodiquement attirés en période d’élection puis déçus dès que les campagnes retombent, on attend de voir.”


Source : lemonde.fr, “A LFI comme dans toute la gauche, la nostalgie de l’éducation populaire”, publié le 5.12.22 par Julie Carriat. https://www.lemonde.fr/politique/article/2022/12/05/a-lfi-et-a-gauche-la-nostalgie-de-l-education-populaire_6152952_823448.html

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