L'école en libertéComment enseignent les enseignants (au collège) ?

31 juillet 20200
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Deux enquêtes de l'OCDE et de la DEPP (Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance du Ministère) révèlent des constantes dans les pratiques pédagogiques des enseignants. Fait notable : le numérique n'est pas considéré comme une priorité.

Profs de collège : Quelles pratiques pédagogiques ? (Le Café pédagogique)

“Les enseignants des collèges se soucient-ils vraiment de la réussite de leurs élèves ? Quelles sont leurs pratiques pédagogiques ? Quels profils d’enseignants peut-on distinguer ? Une nouvelle étude de la Depp apporte des réponses intéressantes à ces questions. Alors que certains opposent les « pédagogistes » aux autres, l’étude montre que les professeurs partagent beaucoup de points communs dans leurs pratiques pédagogiques. Les différences tiennent souvent au contexte dans lequel ils enseignent. Les enseignants font corps.

Pour connaitre les pratiques pédagogiques des enseignants, la meilleure source était l’enquête Talis, réalisée par l’OCDE. Voilà que la Depp (division des études du ministère de l’éducation nationale) publie les résultats d’Epode, une nouvelle enquête sur les pratiques pédagogiques des professeurs de collège. L’enquête porte sur les scénarios pédagogiques, l’évaluation et les pratiques collaboratives et éducatives. Elle a vocation à être réalisée tous les 3 ans. La prochaine est prévue en 2021.

 

Des enseignants très engagés

 

Ce que montre d’abord Epode c’est le haut niveau d’engagement éducatif des  professeurs de collège. « Huit à neuf professeurs sur dix rapportent collaborer fréquemment avec leurs collègues pour fournir une réponse collective à un problème d’ordre éducatif : 94 % d’entre eux tiennent fréquemment les tiers (CPE, services sociaux ou de santé scolaire, etc.) informés en cas de comportement à risque de la part d’un élève, 85 % collaborent fréquemment avec la vie scolaire pour le respect du règlement intérieur par tous les élèves en dehors de la salle de classe ». Tout cela montre une conscience professionnelle partagée construite au tour des valeurs de l’Ecole.

 

Epode montre aussi un souci très important de la réussite de tous les élèves. 69 % des enseignants adaptent leur pédagogie aux difficultés de leurs élèves, 74 % prennent en compte le PPS (adaptation aux élèves aux besoins particuliers). A l’opposé des « professeurs décrocheurs » présentés par certains médias, les enseignants se soucient de l’éducation des jeunes qu’on leur confie. Par contre ils sont moins nombreux à travailler avec les parents : seulement 34 % d’entre eux sollicitent souvent les parents poru réfléchir à la réussite des élèves.

 

Attachement à l’enseignement explicite

 

La deuxième caractéristique c’est que cette dimension collaborative du travail enseignant est plus tournée vers l’éducatif que vers la pédagogie. Seulement 14 % des enseignants sollicitent fréquemment des collègues pour la mise en œuvre de séquences. C’est une dimension qui avait été remarquée par Talis.

 

Autre conclusion commune avec Talis, « les professeurs plébiscitent l’enseignement explicite, c’est-à-dire un mode d’enseignement caractérisé par une démarche directe, structurée et fortement guidée. Ainsi, 81 % d’entre eux font fréquemment reformuler les consignes par les élèves pour s’assurer qu’ils les ont bien comprises…Les pratiques visant l’implication active des élèves dans les apprentissages (dimensions « Pédagogie active » et « Évaluation formative ») sont moins fréquentes et considérées comme moins faisables et moins prioritaires : seuls 54 % des professeurs proposent fréquemment des démarches d’investigation (ou des démarches inductives) aux élèves et 33 % proposent fréquemment aux élèves des outils d’auto-évaluation ». Talis remarquait que seulement 26 % des enseignants français invitent les élèves à résoudre des tâches complexes selon leur propre procédure  contre 44 % en moyenne dans l’Ocde. Ils sont seulement 26 % encore à donner des tâches où la réponse n’est pas évidente (contre 34 %). Mais Talis ajoutait que le travail de groupe est bien implanté (49 % contre 50 %) et que c’est un gros changement depuis 2013 (+12 %).

 

L’utilisation du numérique est considérée comme la pratique la moins prioritaire et la mois faisable, affirme la Depp. Talis remarquait aussi que seulement 36 % des enseignants invitent à utiliser les TICE (contre 53 % en moyenne dans l’Ocde). La crise sanitaire a évidemment fait évoluer ce pourcentage. Mais les enseignants ont pu aussi constater les limites de ces usages.

 

Des pratiques plus homogènes qu’il parait

 

La Depp tire une conclusion intéressante des résultats de son enquête. Un travail pour identifier des groupes d’enseignants montre moins des profils traditionnalistes contre  « pédagogues » que des degrés d’intensité dans les pratiques. « Une classification ascendante hiérarchique (CAH) réalisée sur les scores de fréquence relatifs à toutes les dimensions permet d’identifier quatre groupes homogènes de professeurs.  Les enseignants du groupe 1 se distinguent par des pratiques professionnelles plus fréquentes quelle que soit la dimension considérée. À l’inverse, ceux du groupe 4 déclarent des pratiques moins fréquentes pour l’ensemble des dimensions ». Il n’y a pas de distinction par la nature des pratiques mais par leur fréquence.

 

Ce qui semble orienter cette fréquence c’est la nature de la classe. « Les professeurs décrivant un profil de classe très favorable aux apprentissages rapportent davantage des pratiques professionnelles fréquemment déployées (29 %) que ceux qui sont en charge de classes présentant un profil peu propice aux apprentissages (16 %) ». C’est la situation pédagogique qui dessine le profil d’enseignant plus que des orientations pédagogiques. « Les pratiques visant le développement de l’autonomie des élèves, la collaboration avec l’équipe à finalité pédagogique et l’évaluation formative sont beaucoup plus souvent réalisées par les enseignants décrivant un profil de classe très favorable aux apprentissages ».

 

Autrement dit l’étude Epode nous apporte quelque chose d’important. Au-delà des débats médiatiques entre « Républicains » et « Pédagogistes », malgré tous les efforts faits pour diviser et opposer  les enseignants, le corps enseignant existe encore avec les mêmes références en terme de valeurs. Et ça c’est une bonne nouvelle.”


Source : lecafepedagogique.net, “Profs de collège : Quelles pratiques pédagogiques ?” , publié le 2/7/20 par François Jarraud. http ://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2020/07/02072020Article637292710406439333.aspx

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