L'école dans le monde🇺🇸 San Francisco va débaptiser un tiers de ses écoles, aux noms désormais controversés (Le Monde)

1 février 20210
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Une commission devant examiner "la glorification de personnalités liées à l'esclavage, au racisme ou aux violations des droits" a décrété qu'une quarantaine d'établissements devaient changer de nom. Un pas de plus dans l'absurde.

“Quarante-quatre Ă©tablissements de la ville vont changer de nom. Ainsi en a dĂ©cidĂ© une commission chargĂ©e d’éliminer la glorification de personnalitĂ©s liĂ©es Ă  l’esclavage, au racisme ou aux violations des droits de l’homme.

Le conseil des Ă©coles de San Francisco a dĂ©cidĂ©, mardi 26 janvier, de dĂ©baptiser quarante-quatre Ă©tablissements qui portaient des noms illustres mais dĂ©sormais sujets Ă  controverse : George Washington, Thomas Jefferson, James Madison et mĂŞme Abraham Lincoln.

Un tiers des Ă©coles de la ville vont changer de nom. Parmi les bannis : les pères fondateurs de la RĂ©publique qui possĂ©daient des esclaves, les conquistadors ou missionnaires espagnols, les oppresseurs et racistes de tout poil. Mais aussi des figures contemporaines comme la vĂ©nĂ©rable sĂ©natrice dĂ©mocrate Dianne Feinstein, maire de San Francisco de 1978 Ă  1988. « On ne devrait pas donner des noms de personnalitĂ©s aux Ă©coles, a rĂ©sumĂ© le conseiller Kevine Boggess. C’est faire des hĂ©ros de simples mortels. Il faut que la manière dont nous dĂ©cidons des noms de nos Ă©coles reflète nos vĂ©ritables valeurs. »

Le school board avait décidé de créer une commission sur la question à l’été 2017 après le défilé de suprémacistes blancs armés à Charlottesville (Virginie) furieux du déboulonnage de la statue du général sudiste Robert Lee.

Le panel Ă©tait composĂ© de douze personnes, Ă©ducateurs, Ă©lèves, parents, mais aucun historien : « Surtout pas, a expliquĂ© son prĂ©sident. Les faits historiques sont bien connus et Ă©tablis. » Le groupe de travail a recommandĂ© d’éliminer toute rĂ©fĂ©rence Ă  des personnalitĂ©s ayant : « pratiquĂ© l’esclavage, opprimĂ© les femmes, fait obstacle au progrès social, menĂ© des actions ayant conduit au gĂ©nocide », ou attentĂ© « de manière significative » au droit de chacun « à la vie, Ă  la libertĂ© et Ă  la poursuite du bonheur » – une formule de Thomas Jefferson, soit dit en passant, contenue dans la DĂ©claration d’indĂ©pendance. Par six voix contre une, le bureau a entĂ©rinĂ© la purge.

Robert L. Stevenson, Thomas Edison

Outre les premier, troisième et quatrième présidents américains, le missionnaire Junipero Serra, canonisé en 2015 par le pape à l’indignation des populations indigènes, a été éliminé. Abraham Lincoln, universellement vénéré jusque-là comme un monument de rectitude, a été reconnu coupable d’avoir autorisé l’exécution de trente-huit Amérindiens condamnés à mort par un tribunal militaire pour avoir attaqué des colons dans le Minnesota en 1862. Thomas Edison, d’avoir un penchant pour l’électrocution des animaux, dont fut victime le pachyderme Topsy, « un éléphant de cirque très populaire à l’époque »,selon le dossier de la commission éducative.

Dianne Feinstein occupait la mairie de la ville en 1984 quand des militants antiracistes avaient arraché un drapeau confédéré, qui se trouvait devant le bâtiment depuis vingt ans. L’étendard avait été remis en place par le service des parcs et jardins, mais arraché de nouveau. L’édile l’avait finalement fait remiser. Mais « malheureusement », son cas est tombé sous le coup des critères établis par la commission, a précisé la présidente du bureau, Gabriela Lopez.

Dans plusieurs cas, les familles elles-mêmes avaient demandé le changement depuis des années, comme à la James Denman Middle School, nommée en l’honneur d’un superintendant du district scolaire, mort en 1909, qui s’était opposé à l’intégration des enfants d’origine chinoise.

La discussion, qui a durĂ© sept heures au conseil des Ă©coles, a Ă©tĂ© assidĂ»ment suivie sur Internet. Dans l’un des cas, le comitĂ© n’était pas trop sĂ»r : le collège Roosevelt Ă©tait-il nommĂ© en hommage Ă  ThĂ©odore, le prĂ©sident (1901-1909) naturaliste et grand chasseur, ou à Franklin (1933-1945), le hĂ©ros des annĂ©es de guerre et du New Deal ? Dans le doute, il a votĂ© pour supprimer les deux : Teddy, pour s’être opposĂ© au vote des Noirs ; Franklin pour l’internement de 130 000 Japonais et AmĂ©ricains d’origine japonaise en 1942.

A l’entrée de l’école Roosevelt Middle School, à San Francisco, le 27 janvier.

Egalement mis Ă  l’index : l’écrivain Robert Louis Stevenson et le poète pourtant abolitionniste James Lowell, pour des Ă©crits jugĂ©s racistes. « Ce n’est pas seulement symbolique, a plaidĂ© Mark Sanchez, un membre du conseil. C’est un message moral. »

Discussion « absurde »

La maire de San Francisco, London Breed, comme nombre de parents, a estimé que la discussion n’était pas la priorité du moment. « Une fois que nous aurons rouvert les écoles, nous pourrons parler plus longuement de la nomenclature », a-t-elle réagi, tout en soulignant que, pour avoir elle-même étudié dans une école rebaptisée du nom de la pionnière des droits civiques Rosa Parks, elle comprenait l’importance pour les élèves d’être fiers de leur établissement.

Moins diplomate, l’auteur et ancien cadre de Facebook Antonio Garcia Martinez a jugé « absurde » et « digne de l’Union soviétique » que le bureau scolaire ait passé des heures en palabres alors qu’il n’a même pas encore présenté un plan pour rouvrir les classes aux 52 000 élèves qui n’y ont pas mis le pied depuis près d’un an.

Les changements vont coĂ»ter 10 000 dollars (8 240 euros) par Ă©cole. Il va falloir repeindre les salles de sport, changer les uniformes, les diplĂ´mes. Les familles et le personnel de chaque Ă©tablissement ont jusqu’à la mi-avril pour proposer un nouveau nom qui sera examinĂ© par le conseil. Parmi les propositions : Obama (Barack et Michelle), Maya Angelou, Ohlone (la tribu indienne de San Francisco) et mĂŞme Roosevelt – mais pour Eleanor, l’épouse de Franklin et militante des droits de l’homme.

Certains ont estimĂ© que, Ă  ce stade du dĂ©bat public, « LycĂ©e Mickey Mouse » conviendrait très bien, ou « Politically Correct High ». D’autres encore ont suggĂ©rĂ© des lettres et des chiffres comme Ă  New York : PS 1, PS 2, PS 3, pour « public school » 1, 2, 3.. Pourquoi ne pas rebaptiser les Ă©coles Ă  l’image de ce qui reste actuellement de l’enseignement, a dĂ©sespĂ©rĂ© un parent : « Zoom school 1 », « Zoom school 2 »…”


Source : lemonde.fr, “San Francisco va dĂ©baptiser un tiers de ses Ă©coles, aux noms dĂ©sormais controversĂ©s”, publiĂ© le 1/2/21 par Corinne Lesnes. https ://www.lemonde.fr/international/article/2021/02/01/a-san-francisco-un-tiers-des-ecoles-debaptisees_6068311_3210.html#xtor=AL-32280270- %5Bdefault %5D- %5Bios %5D

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